Pour une Europe des travailleurs et des peuples

La courte victoire du Oui au référendum suisse, concernant l’instauration de quotas à l’immigration et remettant en cause l’accord conclu avec l’Union européenne sur la libre circulation des biens et des personnes, a suscité la satisfaction, ici et en Europe. La satisfaction de tous les xénophobes et racistes, et des partis d’extrême droite qui y voient leur propre victoire...

Indépendamment de savoir si cette mesure sera applicable dans un pays où près de 300 000 travailleurs frontaliers français, allemands ou italiens viennent tous les jours, il est clair qu’elle ne vise pas à la défense des intérêts des salariés et de la population. Bien au contraire, elle ne vise qu’à diviser et opposer les travailleurs aux uns aux autres, pour mieux les affaiblir pour le plus grand bénéfice du patronat et des banques dans leur course à la baisse du coût du travail.

Les démagogues qui jouent avec les peurs
Cette courte victoire a été obtenue parce qu’une partie des classes populaires est dupe des démagogues qui présentent le repli national, la xénophobie comme la seule issue possible au chômage, au recul du pouvoir d’achat. Ici aussi, bon nombre de salariés sont dupes du discours de Marine Le Pen sur la « préférence nationale » et voient dans l’Union européenne la cause de tous les maux. Le repli national, la défense de la souveraineté nationale contre les diktats de Bruxelles ne régleront rien, bien au contraire.
Ce n’est pas l’Europe en elle-même qui est responsable des reculs sociaux, du chômage, de la dégradation des services publics, pas plus que les travailleurs immigrés, frontaliers ou venant, au risque de leur vie, de pays lointains. Non, les responsables sont les grands groupes industriels et financiers, leur politique pour accroître, en permanence, leur profit. C’est leur Europe capitaliste qui se fait contre les peuples. La démagogie de l’extrême droite vise à dévoyer le mécontentement légitime pour l’attirer dans un piège mortel.

Une démagogie anti-ouvrière
Le Front national a salué « une victoire nette du peuple suisse contre ses élites, la technostructure de l’Union européenne et la bien-pensance qui n’épargne aucun pays d’Europe […] Cette victoire suisse renforcera les Français dans leur volonté d’arrêter l’immigration de masse et de reprendre la maîtrise de leurs frontières face à l’Union européenne » et nos prétendus démocrates de demander « un véritable référendum d’initiative populaire ». Une partie de la droite lui court après, Fillon en tête, qui a jugé le vote suisse « parfaitement naturel »… Estrosi, le maire UMP de Nice, demande « un référendum similaire » en accusant le gouvernement de vouloir « demander aux Français de s’intégrer, d’apprendre à parler les langues africaines, le mandarin, les langues arabes. Est-ce que c’est à nous de nous adapter ? » La bêtise raciste n’a pas de borne !
Mais les mêmes se gardent bien de demander un référendum sur la légitimité des cadeaux faits au patronat ou sur l’âge de la retraite… Ce ne sont pas les intérêts des classes populaires qui les intéressent. Leur xénophobie et leur racisme sont l’expression exacerbée de leur mépris social, de leur peur du peuple, des travailleurs dans lesquels ils voient une menace pour leurs privilèges.

La solidarité des travailleurs et des peuples
Combattre cette bêtise dangereuse que flattent et encouragent les partis de droite et d’extrême droite pour satisfaire leurs ambitions politiques, c’est combattre l’Europe des multinationales et des banques, en construisant une opposition sociale, ouvrière et populaire, internationaliste pour que la population victime de leur politique prenne elle-même la défense de ses propres intérêts en main, par-delà les frontières, contre tous les démagogues qui voudraient désigner l’étranger, l’autre, comme l’ennemi, le bouc émissaire. Non, nos ennemis ne sont pas les étrangers, mais les riches et les puissants, français ou non, qui sacrifient la société à leurs intérêts égoïstes et parasites, et les gouvernements qui les servent.
L’intérêt des victimes de la politiques des États et des classes dominantes, de leur Europe capitaliste est de s’unir par-delà les frontières pour construire une autre Europe : celle de la solidarité et de la coopération des peuples. C’est cette perspective que nous défendrons lors des prochaines élections européennes de mai 2014.

Yvan Lemaitre

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