Politique internationale : le zèle pro-impérialiste

En politique étrangère, les années 2007 -2012 ont été marquées par une accélération sans précédent de l’alignement de la France sur l’impérialisme nord-américain, ainsi que par la volonté de préserver la Françafrique. À la veille de l’élection de 2007, Sarkozy, le candidat de la rupture, prétendait apporter sa marque à la politique étrangère de la France. Ce furent cinq années d’un alignement de plus en plus grand sur la politique des États-Unis, cinq années d’agitation présidentielle pour tenter de créer l’illusion d’un président plein d’initiatives, indépendant, alors qu’il s’alignait sur la politique américaine au nom de l’intégration « au sein de la famille occidentale ». « Pendant les décennies de contrainte bipolaire, disait Sarkozy en 2008, comme pendant la décennie de situation unipolaire, il était juste et souhaitable que notre pays marque sa différence par rapport à Washington. Mais nous sommes entrés, depuis quelques années, dans une période radicalement différente, qui va durer plusieurs décennies et que je qualifierai d’ “ère des puissances relatives”. » Tellement relative que la France impérialiste n’a pas d’autre choix que de s’aligner sur les « formidables atouts » des USA pour se faire l’agent de leur politique tout en cherchant à donner le change à une politique indépendante.

Le « sauveur » de l’Europe à… son chevet
Élu deux ans après les « non » français et irlandais à la Constitution européenne, Sarkozy voulait sa revanche et imposer ce qui n’avait pu être obtenu par le vote. Le 4 février 2008, il fit adopter par les députés et sénateurs réunis en congrès à Versailles le « traité simplifié », remake du traité constitutionnel rejeté en 2005. En 2009, les Irlandais qui avaient une première fois rejeté le traité, l’ont adopté sous la pression. Sarkozy, alors à la présidence de l’Europe, posait au sauveur de l’Europe qui devait protéger les peuples de la crise.
également sous la présidence française, les membres de la zone euro ont adopté, en octobre 2009, le premier « plan d’action » visant au sauvetage des banques et du système financier ébranlés par la propagation de la crise des subprimes. Ce nouveau « succès » de Sarkozy présenté comme un pas en avant vers une plus grande cohésion politique de l’Europe était, en fait, le coup d’envoi du développement de la crise de la dette, menaçant l’Europe d’éclatement.

La « famille occidentale »
La vanité des prétentions de Sarkozy - « je veux une France libre et une Europe libre » - s’est pleinement montrée, au printemps 2009, tant à l’occasion du sommet du G20 à Londres qu’à celui, dans la foulée, de l’Otan, à Strasbourg, à l’occasion de son 60e anniversaire. « J’ai voulu situer, franchement et nettement, la France au sein de sa famille occidentale, restaurer une relation confiante avec le peuple et les dirigeants américains et rénover notre relation avec l’Alliance Atlantique » déclarait Sarkozy. L’UE prenait sa place dans la politique de redéploiement diplomatique et militaire des USA, pour défendre leurs propres intérêts et construire « le nouvel ordre mondial ». L’annonce par Sarkozy du retour de la France dans le commandement intégré de l’Alliance Atlantique, quitté par de Gaulle en 1966, en fut le symbole. Ce geste politique inscrivait la France dans le dispositif voulu par les USA visant à faire de l’Otan une organisation politico-militaire intervenant dans le cadre des nouveaux rapports de forces nés de la mondialisation libérale et impérialiste au service la défense des intérêts de « la famille occidentale ». C’est-à-dire, d’abord, les leurs…

Le fiasco afghan
En pleine campagne électorale, le candidat Sarkozy avait estimé que la présence militaire française en Afghanistan n’était pas « décisive ». L’élection passée, elle le devint à nouveau : la France ne « céderait pas » face aux terroristes, son statut de « grande puissance » se jouait sur le théâtre afghan ! Dès 2008, Sarkozy, après un simulacre de débat parlementaire, répondait à la demande d’Obama d’envoyer des renforts, avec une participation française aux combats plus active. Loin d’ouvrir une issue, ces renforts ont contribué à déstabiliser toute la région – Afghanistan, mais aussi Pakistan – au prix d’une dégradation des conditions de survie de l’immense majorité de la population, d’un renforcement des talibans et aussi d’une augmentation des pertes au sein des troupes d’occupation. Loin du « rétablissement de la paix » et de la « stabilisation du pays »… Devant une guerre qui coûte de plus en plus cher et devient un véritable bourbier, face une opinion publique de plus en plus hostile, les États-Unis ont annoncé un retrait progressif de leurs troupes, d’ici à 2014. Le gouvernement français vient de leur emboîter le pas. Peut-être plus, des deux côtés, un discours électoral qu’une réelle décision, car il sera bien difficile aux USA de se retirer du chaos qu’ils ont eux-mêmes engendré.

La continuité de la Françafrique à l’ombre des USA
Sarkozy avait promis de rompre la politique africaine de la France. Son ministre de la coopération (et transfuge du PS), Jean-Marie Bockel, écrivait : « La Françafrique est moribonde. Je veux signer son acte de décès. ». Il fut évincé en mars 2008, paraît-il sous les pressions d’Omar Bongo soucieux d’obtenir le soutien de la France pour l’élection d’Ali Bongo, son fils, à la tête du Gabon en 2009.
Le « drame de l’Afrique » vient du fait que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. […] Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance. […] Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès » déclarait Sarkozy, le 27 juillet 2007, dans son discours de Dakar. Le mépris colonial dans toute la morgue d’une vieille puissance qui prétend perpétuer sa domination alors qu’elle n’a plus qu’à se faire l’agent de son commanditaire américain.
Ainsi, quand la vieille colonie de la Côte d’Ivoire se retrouva avec deux présidents à l’issue de l’élection, la France abandonna le vieux despote tout dévoué (par ailleurs proche du Parti socialiste), Laurent Gbagbo, pour Alassane Ouattara candidat des USA et du FMI. Après une guerre civile larvée de plusieurs mois, l’intervention des troupes françaises, la force Licorne, sous l’égide de l’ONU, mit au pouvoir le candidat des grandes puissances.

Les droits de l’homme ou « conquérir de nouveaux marché »
Cette politique prétend « promouvoir les libertés et les droits de l’homme sur la scène internationale » dans la continuité de la propagande mensongère impérialiste, mais elle s’affirme aussi libérale : « Notre politique doit aider nos entreprises, particulièrement nos PME, à conquérir de nouveaux marchés. » C’est bien là le nœud de la question, le primum movens de toute la machine diplomatique et militaire par rapport auquel les préoccupations démocratiques ou humanitaires ne sont que des cache-misère. Ainsi ont pu défiler à l’Élysée tous les dictateurs africains amis de la France. Khadafi, après qu’il eut joué l’ouverture, a même pu y planter sa tente. Sans rire, Sarkozy pouvait déclarer dans une interview au Nouvel Obs : « Je lui ai dit : “Nous allons vous accompagner sur le chemin d’une respectabilité retrouvée parce que vous abandonnerez les démons du passé”. » Ce sera aussi, après le terrible tremblement de terre à Haïti, le 12 janvier 2010, le soutien à l’occupation du pays par l’armée américaine sous couvert humanitaire, alors que le gouvernement français se préparait à renvoyer les immigrés haïtiens.
Tout cela converge vers un but :  les ventes de Rafale au Brésil, puis aujourd’hui à l’Inde ; ainsi que les contrats nucléaires civils avec la Chine et l’Inde, la défense des intérêts de Bouygues, de Total, d’Areva…

Le choc des révolutions arabes
L’ambition « de bâtir ensemble une Union méditerranéenne qui sera un trait d’union entre l’Europe et l’Afrique » était au cœur des rêves de grandeur sarkozyste… L’irruption des peuples sur la scène de l’histoire a jeté à terre le projet, bousculant les routines diplomatiques, les relations amicales avec les dictateurs en place, les voyages et séjours aux frais des peuples… Du jour au lendemain, les amis des dictateurs devinrent de farouches partisans de « la transition démocratique ». La sanglante résistance de celui que Sarkozy prétendait accompagner sur le chemin de la respectabilité offrit à ce dernier et à son acolyte BHL l’occasion de partir en guerre pour « protéger les populations » en Libye, avec la bénédiction d’Obama. En fait, dans l’objectif d’en finir avec Khadafi, se trouvait celui de prendre le contrôle de la production pétrolière et d’avoir une place au cœur du processus révolutionnaire pour peser sur « la transition démocratique ».

Les grandes manœuvres qui se déroulent actuellement autour du régime syrien et de son dictateur El Assad emporté dans une terrible folie meurtrière pour préserver son pouvoir offre une nouvelle occasion à la diplomatie française, et à son chef Juppé, de se mettre en valeur. Il est probable que les grandes puissances attendent le moment où la dictature sera suffisamment affaiblie face à la révolte populaire pour avancer leurs pions. Derrière la question de la Syrie se profile celle de l’Iran. Israël ne cesse de multiplier les mises en garde alors que la France joue les incendiaires, l’occasion aussi de gagner la confiance d’Israël.

La politique atlantiste de Sarkozy a pour corollaire une politique pro-israélienne de plus en plus éloignée de la politique de la droite gaulliste souvent qualifiée de « pro-arabe ». Là encore, Sarkozy s’aligne sur Obama pour s’affirmer partisan de la paix, d’une paix impérialiste contre les droits du peuple palestinien, une paix pour perpétuer la domination de « la famille occidentale ».

Yvan Lemaitre

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