Photowatt et la filère solaire : pas de bonne solution sous le capitalisme

La campagne présidentielle a du bon pour les salariéEs de Photowatt dont l’entreprise est reprise par EDF. Pour autant, ce sont bien les mesures gouvernementales qui ont mis la filière en difficulté.

L’entreprise Photowatt, fabricant de panneaux solaires menacée de liquidation judiciaire, a finalement été reprise in extremis par EDF sur injonction d’un Sarkozy en campagne qui trouve là une occasion de se refaire une double virginité : sur le plan de l’emploi et sur le plan de l’écologie.

Réjouissons-nous pour les travailleurs de la boîte : il semble que la totalité des emplois puissent être sauvés, car la filiale d’EDF – EDF Énergies nouvelles – reprendrait 345 salariés de Photowatt en interne et en reclasserait 85 autres dans un rayon de 60 km.

Mais tous les salariéEs de la filière n’ont pas la chance de se retrouver au centre du show médiatique de la campagne présidentielle et beaucoup sont sacrifiéEs sur l’autel de la rentabilité capitaliste : selon l’association patronale de la filière, environ la moitié des 25 000 salariéEs du secteur photovoltaïque en France ont perdu leur emploi en 2011.

C’est la diminution des aides fiscales (aides indirectes aux installations solaires) en France et en Allemagne qui a fait reculer les commandes. Mais la principale justification avancée est la concurrence chinoise : grâce à une main-d’œuvre sous-payée, elle a bouleversé le marché et fait chuter les prix des panneaux de plus de 50 %, entraînant une surproduction mondiale estimée au double de la demande actuelle par certains professionnels de la filière.

La seule condition imposée par EDF pour la reprise de Photowatt est d’ailleurs l’exclusivité mondiale d’exploitation de la nouvelle technologie des panneaux photo­voltaïques par hétérojonction, capable d’améliorer la productivité des panneaux et de les rendre compétitifs face « aux Chinois ».

Une recherche financée par de l’argent public dont les bénéfices serviront à remplir les poches des actionnaires d’EDF...

Il est clair que si l’on accepte les règles de concurrence et de rentabilité du système capitaliste, on ne peut entrevoir aucune solution pour conserver les emplois de cette filière en France : que ce soit la libre concurrence et la loi du marché, le protectionnisme cher à certains candidats à la présidentielle, les systèmes de subventions ou le rachat par des entreprises publiques, ces « solutions » sont toutes proposées dans le but de maintenir la compétitivité et les intérêts des multinationales au détriment des intérêts des travailleurs (suppression d’emplois qualifiés, recours à la sous-traitance, délocalisations vers des pays à faibles coûts de main-d’œuvre…).

La seule solution à court terme pour les salariés de Photowatt est la bataille pour la nationalisation de leur entreprise, sous leur contrôle, parce qu’il n’y a aucune illusion à se faire sur le comportement des nouveaux actionnaires « publics ».

Seule l’expropriation des grands groupes capitalistes, sans indemnité ni rachat, et la création d’un grand service public de l’énergie pourront permettre de produire ce qui est utile à la société, sans être parasité par la recherche de profit particulier et en s’appuyant sur la coopération libre des travailleurs et non sur leur concurrence. Pour sortir du nucléaire, développer les énergies renouvelables et lutter contre le dérèglement climatique, il faut en effet se donner les moyens d’entreprendre enfin la transition énergétique dont nous avons besoin.

Claude et Maurice

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.