Pauvreté : Ayrault et ses bonnes œuvres

Le Comité interministériel contre l'exclusion a adopté, le 21 janvier, le plan de lutte contre la pauvreté, sur les bases des propositions de la conférence de décembre dernier et après six mois de concertations. Un prétendu « pacte de solidarité », quelques gestes de charité qui ne coûteront rien à l’État...
Ce plan prétend s'attaquer à l’exclusion sociale tant dans le domaine de l’emploi que du logement ou de la santé. Vaste programme pour lequel l’État dépensera 2,5 milliards d’euros par an à partir de… 2017. D'ici là, le financement des 61 mesures annoncées sera pris sur les budgets des différents ministères concernés. Ayrault a même lourdement insisté : « il n’y aura pas de nouveaux prélèvements ». Autant dire que ce plan n'est que de la poudre aux yeux destiné à donner l'illusion que le gouvernement se préoccupe de la pauvreté qui fait de plus en plus de ravage.
Des aumônes
Le RSA de base auquel ont droit celles et ceux qui n'ont aucune ressource devrait être revalorisé de 10 % d’ici 2017 et la première hausse de 2 % sera effective en septembre 2013. 2 % de 418 euros par mois, moins que des miettes !  
Le plafond de ressources permettant l'accès à la couverture médicale universelle (CMU) et à une complémentaire sera rehaussé. 750 000 personnes supplémentaires pourraient ainsi, d’après Ayrault, en bénéficier, soit 250 000 de plus que ce qui avait été annoncé en décembre, sans que personne ne puisse dire ce qui explique cette augmentation si ce n'est l'effet d'annonce.
Une « garantie jeune » devrait être testée dans dix territoires, en septembre, avant sa généralisation en 2014 et permettrait aux jeunes isolés, sans emploi ou formation entre 18 et 25 ans de toucher l'équivalent du RSA.
Même absence de mesures un tant soi peu sérieuses concernant le logement. Ayrault a confirmé l'engagement du gouvernement de construire 150 000 logements sociaux par an pendant le quinquennat. Il a promis 9 000 places d’hébergement d’urgence supplémentaires dont 4 500 Cada, centre d'accueil pour demandeurs d'asile. Parmi ces places figurent celles des centres d’hébergement qui resteront ouverts après l’hiver.
Ces quelques timides mesures sont accompagnées de multiples promesses et déclarations d'intention qui ne coûtent rien : le renforcement de l’accès des enfants de familles modestes aux crèches (avec notamment un quota de 10 % minimum dans chaque crèche) ou encore une hausse de l’allocation de soutien familial (ASF) pour aider les familles monoparentales…
Les riches, financiers et patrons, peuvent être rassurés, ces mesures ne « viendront pas aggraver le déficit public mais font partie des choix à faire », selon la formule du Premier ministre. 
Chérèque, aujourd'hui promu Inspecteur général des affaires sociales (IGAS) qui a « tourné la page du syndicalisme » a été nommé « Monsieur pauvreté ». The right man at the right place pour veiller à la bonne distribution des aumônes !  
Et dans ces jeux de rôle ridicule, le bon apôtre Wauquiez n'a pas manqué de jouer sa partition en dénonçant « le cancer de l’assistanat ». Entre les francs hypocrites et les vrais salauds, il y a le chemin de la lutte pour une autre répartition des richesses.
Yvan Lemaitre
Des statistiques accablantes 
Dans son dernier rapport, Eurostat, organisme européen de statistique, constate que « de manière générale, les pays soumis à des cures d’austérité drastiques, le plus souvent pour accompagner un plan d’aide européen, ont vu leur taux de chômage grimper en un an : il est ainsi passé de 18,9 % à 26 % en Grèce et de 14,1 % à 16,3 % au Portugal. Ces taux très élevés contrastent avec ceux observés en Autriche (4,5 %), au Luxembourg (5,1 %), en Allemagne (5,4 %) et aux Pays-Bas (5,6 %) ». 
Au total, 26 millions de personnes étaient au chômage dans l’UE en novembre, soit 154 000 de plus qu’en octobre et 2 millions de plus qu’un an auparavant. « Il semble hautement probable que le taux de chômage dépasse clairement les 12 % au cours de 2013 ». Le taux de chômage des jeunes était de 24,4 % en novembre, avec des pics à 57,6 % en Grèce et 56,5 % en Espagne.
Cette hausse continue du chômage s'accompagne d'une augmentation tout aussi continue de la pauvreté. 
En France aujourd'hui, 8,6 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté.
Y.L.

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