Pas de bébés à la consigne !

Le collectif « Pas de Bébés à la consigne » regroupe associations professionnelles et syndicats de la petite enfance, du secteur social et de l’Éducation nationale, associations de parents d’élèves et familiales. Depuis un an, il se mobilise contre le décret de Nadine Morano, secrétaire d’État à la Famille, sur l’accueil de la petite enfance.

En 2008, pour « augmenter l’offre d’accueil », la députée UMP Michèle Tabarot préconisait la baisse des coûts, la déqualification des professionnel-le-s et la déréglementation des normes d’encadrement. Dès décembre 2008, le gouvernement décidait d’augmenter le nombre d’enfants pouvant être accueillis par une assistante maternelle, passant de trois à quatre.
Cette décision confirmait la priorité accordée au développement d’un mode de garde individuel où les femmes sont les moins qualifiées (60 heures de formation avant l’accueil du premier enfant), isolées (au domicile, sans relations sociales professionnelles), dans une relation de gré à gré avec le parent employeur.
Au mois de janvier 2010, les sénateurs UMP ont poursuivi cette offensive avec un projet de loi créant des « maisons d’assistantes maternelles » permettant le regroupement dans un local de quatre assistantes maternelles, sans normes de fonctionnement ni accompagnement par des professionnel-le-s qualifiées. Les sénateurs veulent aussi réduire à 30 heures au lieu de 60 la formation initiale des assistantes maternelles !
En mai 2009, Nadine Morano, secrétaire d’État à la Famille, a lancé des jardins d’éveil pour les 2-3 ans, financés par les collectivités locales ou les entreprises gestionnaires, la CAF et les familles, avec des normes d’encadrement dégradées (une professionnelle pour douze enfants au lieu d’une pour huit actuellement).
Morano a renoncé à faire passer les normes d’encadrement dans les crèches d’une professionnelle pour cinq « enfants qui ne marchent pas » à une pour six et d’une professionnelle pour huit « enfants qui marchent » à une pour neuf. Actuellement, les crèches inscrivent 10 % d’enfants en plus la capacité d’accueil : le décret prévoit de passer cette surcapacité à 20 %. Et aussi d’augmenter à 60 % (au lieu de 50 %) le taux maximum de personnel le moins qualifié. Les jardins d’éveil sont inclus dans ce projet de décret sans aucune référence à une norme d’encadrement !

C’est l’annonce de ce nouveau décret qui a mis le feu aux poudres. Il changerait de fait les taux d’encadrement, alors que les conditions de travail des professionnel-le-s de la petite enfance sont déjà difficiles. Les normes d’encadrement existantes ne tiennent pas compte de l’amplitude horaire d’ouverture des structures, des congés et absences du personnel. À certains moments de la journée, une auxiliaire de puériculture (AP) peut se retrouver seule avec près de dix bébés ou quinze enfants de 2-3 ans. Ces normes ne tiennent pas compte non plus des évolutions professionnelles des métiers de la petite enfance (de ce qui leur est demandé !) : nécessité d’assurer une relation individuelle avec le jeune enfant, accueil de l’enfant et de sa famille, travail d’équipe et réflexions sur les pratiques, etc..

« Les bébés ne sont pas des sardines », les suites…

À la suite de la mobilisation exceptionnelle du jeudi 8 avril et à la contre-offensive engagée par Nadine Morano (lettre aux directrices, interventions dans les médias), le collectif appelle à faire du mois de mai un mois de mobilisation générale : présence dans les manifs du 1er mai, point presse devant l’Assemblée le 29 avril contre la loi sur les « maisons d’assistantes maternelles », actions, interpellation des élus, etc.
La mobilisation aura deux points d’orgue : une journée de grève générale dans la petite enfance le jeudi 6 mai avec manifestations et assemblées générales partout en France et une manifestation à caractère national le samedi 29 mai rassemblant professionnel-le-s et parents.
Une pétition est également en ligne à l'adresse du collectif : www.pasdebebesalaconsigne.com

Les propositions du NPA

Création d’un service public gratuit d’accueil des jeunes enfants,
financé nationalement, avec des professionnels qualifiés et reconnus, répondant à la demande des parents, sous des modes de garde diversifiés.

Écoles de formation publiques et gratuites
créées par les régions en partenariat avec l’Éducation nationale, pour former les milliers de professionnels qualifiés nécessaires à la création des 400 000 places d’accueil manquantes.

L’accueil des jeunes enfants est un enjeu majeur de l’égalité entre femmes et hommes.

« Morano, on est pas des robots !» 

Au sortir de la manifestation du 8 avril qui a réuni 10 000 professionnelles, entretien avec Maria Da Costa Pereira, auxiliaire de puériculture dans une crèche collective municipale de Paris et responsable syndicale pour la CGT Petite Enfance des services publics parisiens.

Cette manifestation est encore un gros succès, équivalent à celle du 11 mars...

Oui, c’est encore un succès par rapport aux professionnelles qui se sont mobilisées pour le retrait de ce décret. Aujourd’hui, les conditions d’accueil des jeunes enfants et leurs familles se dégradent dangereusement. La qualité dont, certains et certaines se targuent, n’est qu’une vitrine. Nous tendons déjà vers de la garderie. Alors si ce décret venait à passer, ce serait la mort de l’accueil de la petite enfance. Ce ne serait plus de l’accueil mais de la garderie au quotidien, et ça, les professionnelles n’en veulent pas. Parce qu’aujourd’hui, avec toutes les connaissances que l’on a sur le développement de l’enfant, sur le fait que la bientraitance est indispensable pour l’aider à grandir et à s’épanouir, ce décret modifie complètement les choses, et nous, nous refusons de travailler dans de telles conditions.


Quel est le but du décret ?
L’un de ses principes est d’augmenter la capacité d’accueil dans les établissements. Certains établissements pourraient accueillir jusqu’à 20 % d’enfants en plus, dans les mêmes locaux, avec le même nombre de professionnelles. Ce n’est pas possible. Pour répondre aux besoins des enfants, les professionnelles doivent être en nombre suffisant, elles doivent être disponibles pour les accompagner, répondre à leurs besoins spécifiques et les indivisualiser au sein de la collectivité. Si les professionnelles sont en nombre réduit, ce ne sera plus possible. C’est pour ça que nous exigeons le retrait de ce décret.

Le décret prévoit aussi de modifier les formations des personnels de la petite enfance ?

Tout à fait. Il abaisse la qualification des professionnelles. Le décret qui existe aujourd’hui n’est déjà pas suffisant, en termes de nombre d’agents qualifiés, d’auxiliaires de puériculture ou d’éducateurs de jeunes enfants (EJE). Et demain avec ce nouveau décret, on passerait de 50 % d’EJE et d’auxiliaires de puériculture auprès des enfants à 40 %. C’est également un danger, parce qu’accueillir des enfants, cela demande une formation spécifique sur les connaissances du développement psychomoteur de l’enfant, et si nous n’avons pas ces connaissances-là, nous ne pouvons pas répondre à leurs besoins. C’est pour ça que la qualification est indispensable. Il y a d’autres professionnels dans les structures d’accueil : les puéricultrices, les infirmières, les médecins, les psychologues, les psychomotriciennes, qui aujourd’hui ne sont déjà pas en nombre suffisant, mais demain ce sera pire. Il y a également les agents indispensables au bon fonctionnement : les agents techniques de service qui confectionnent les repas des enfants, entretiennent le linge et les locaux. Ces collègues sont souvent en nombre réduit. Qu’en sera-t-il demain ? Elles sont de plus en plus polyvalentes, on va leur demander, en plus de leurs missions, de pallier le manque d’effectifs auprès des enfants. Ce sont des conditions de travail déjà mauvaises, et qui demain seront pires. Voilà pourquoi la mobilisation des professionnelles de la petite enfance est forte. La bonne nouvelle, c’est que nous avons le soutien de nombreux parents. Ils comprennent tout à fait pourquoi les professionnelles se mobilisent, pour le bien-être de leurs enfants.

Vous envisagez de nouvelles actions ?
Au niveau du collectif, avec l’ensemble des organisations syndicales et les différentes associations, la seule chose qui est exigée, c’est le retrait du décret. Aujourd’hui, Mme Morano n’a pas daigné nous recevoir, la mobilisation va continuer. Il va y avoir d’autres actions, mais sous quelle forme, à l’instant présent, je ne peux pas vous le préciser. Nous avons une assemblée générale, nous verrons avec les collègues ce qu’on va mettre en place. Mais le mouvement va continuer. Il y a déjà eu deux mobilisations très fortes, on ne peut pas abandonner à ce niveau.
Le collectif « Pas de bébés à la consigne ! » existe depuis un an, depuis le 11 mars 2009. Toutes les actions menées jusqu’à présent ont pris chaque fois de plus en plus d’ampleur. La pétition en ligne est toujours en cours. Pour que l’on gagne, il est indispensables que les actions continuent, et elles continueront. On est vraiment déterminés à ce que Mme Morano nous entende et retire simplement ce décret.

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