Pacte de responsabilité : Oscar du plus mauvais scénario

La situation en Ukraine, l’affaire « Copé », l’intervention en Centrafrique font passer au second plan les attaques engagées par le gouvernement contre l’ensemble de la protection sociale. Après la présentation faite par Hollande lors de ses vœux de début 2014, il s’agit maintenant pour lui de mettre en œuvre cette politique.

Un bien mauvais film
Le scénario, le décor et la mise en scène sont éclairants. Le scénario a été écrit par Hollande et Gattaz, d’accord pour alléger le « coût du travail », débarrasser complètement le patronat de la « charge » des allocations familiales, et ponctionner le budget de la protection sociale pour compenser la réduction des rentrées et rapprocher le pays des critères de déficits européens. 
Le décor et la mise en scène sont ceux des locaux du patronat et le texte a été rédigé par le Medef lui-même. Et facile à comprendre : oui aux cadeaux, non au moindre engagement sur des contreparties en matière d’emplois ou de salaires. Quant aux acteurs, le Medef joue le rôle principal et les représentants des syndicats CFDT, CFE-CGC et CFTC jouent pleinement les faire-valoir. Ceux de la CGT et de FO, tout en dénonçant le contenu du texte, se refuse à quitter le plateau...

Des grains de sable ?
Pourtant malgré ce scénario bien ficelé, tout ne semble pas si simple. L’agenda de la « négociation » n’a pas été validé vendredi 28 février, comme cela était prévu, et sa finalisation est repoussée au mercredi 5 mars. Les différentes branches patronales (grandes entreprises, PME, TPE) restent partagées sur les modalités des réductions des cotisations patronales : le maintien et l’élargissement du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) et la révision de l’ensemble des exonération de cotisations sociales sont à l’ordre du jour.
Du côté des « contreparties », le patronat reste droit dans ses bottes en réaffirmant son refus de tout engagement chiffré. Mais pour permettre aux syndicats les plus conciliants de s’inscrire dans cette compromission, le gouvernement doit obtenir des semblants de recul : engagement sur les moyens mis en œuvre sur l’emploi, à défaut d’engagement de résultat et/ou d’objectifs négociés au niveau des branches. 

Construire la résistance
Du côté de la CGT, les déclarations de Lepaon (comme par exemple celle publiée en No comment dans le dernier numéro de l’Anticapitaliste), dans la suite du dernier Comité confédéral national et de la dernière Commission exécutive confédérale, ont fait des remous et imposent un discours plus critique contre le gouvernement. Des structures fédérales et départementales prennent des positions de dénonciation du Pacte de responsabilité et du dialogue social. Les manifestations unitaires regroupant partis, syndicats et associations du mouvement social à Marseille et Toulouse montrent l’existence de résistances, de possibilités de mobilisation. 
L’enjeu de la journée de mobilisation intersyndicale du mardi 18 mars est de rendre visible ces résistances au niveau national, de franchir une étape dans la construction d’une mobilisation mettant à l’ordre du jour arrêts de travail, grèves, faisant la jonction du public et du privé. Mais l’enjeu est aussi dans la mise en débat, dans la construction d’une large riposte, politique et sociale, dont le week-end des 12 et 13 avril peut être une étape décisive.

Robert Pelletier

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