Obama, Sarko le climat & les bonimenteurs

Les gros pollueurs n’apporteront pas de solutions à l’urgence climatique.

À quelques jours de l’ouverture du sommet international de Copenhague, le 7 décembre, les services de communication gouvernementaux et les médias dominants mettent en scène une confrontation aiguë opposant d’un côté Obama et Hu Jintao, de l’autre Sarkozy et Lula.

Si les grandes puissances, et donc les plus gros pollueurs, peuvent mener des politiques qui correspondent à leurs intérêts nationaux, aux rythmes et aux rapports de forces dans leurs États respectifs, de là à dessiner un pôle vertueux autour de la France, donc de l’Union européenne, et du Brésil, c’est aller un peu vite en besogne. Et c’est oublier que le paquet climat-énergie de l’Union européenne a fixé en 2008 des objectifs de réduction des gaz à effet de serre (GES) inférieurs aux préconisations du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat (GIEC), et que l’UE donne la priorité aux mécanismes marchands qui ont pourtant montré leur inefficacité.

Avant donc de présenter un conflit entre puissances, il faut rappeler qu’il existe désormais un large accord pour que le sommet de Copenhague n’accouche d’aucun accord contraignant les États à respecter des quantités précises de réduction de GES. Tout au plus, une déclaration politique commune permettra aux chefs d’État de noyer le poisson et de repousser encore d’un an d’éventuelles décisions plus précises. Mais dans un an, seront-ils à même de mener des politiques plus ambitieuses alors qu’aura peut-être été adoptée par le Sénat américain une loi dont les objectifs sont ridiculement bas : 17 % de réduction d’émissions de GES en 2020, ce qui est inférieur à ce à quoi les États-Unis auraient dû parvenir en 2012, s’ils avaient ratifié le protocole de Kyoto.
Une étude récente résume les impasses des projets en cours : si les objectifs états-uniens et européens servaient de base à un accord international, la température augmenterait de 3,3 à 4,9°C en 2100, bien au-dessus des 2°C au-delà desquels les risques deviennent majeurs.

Les discours écologistes et quasi tiers-mondistes de Sarkozy ne doivent aveugler personne. Il propose que les fonds d’adaptation aux pays du Sud pour faire face au dérèglement climatique s’élèvent à 450 milliards d’euros sur vingt ans, soit 22,5 milliards par an. Or selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), il faudrait 86 milliards de dollars annuels. On est aujourd’hui loin du compte avec les propositions du gouvernement français, d’autant que l’épineuse question de la gestion de ces fonds reste posée, le FMI et la Banque mondiale se portant volontaires.

Il reste à montrer que les peuples ne sont pas dupes. Que des solutions existent pour sauver le climat et assurer la justice sociale à l’échelle planétaire. Que cela ne viendra pas d’un accord entre puissants, mais de vastes mobilisations populaires, associant divers secteurs des sociétés, au Nord comme au Sud.

Le sommet alternatif de Copenhague et la manifestation internationale du 12 décembre doivent être un premier pas en ce sens.
Vincent Gay

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