NPA : le baptême du feu du candidat Poutou (nouvelobs.com)

Il avait avoué avoir la trouille de ce baptême du feu. Philippe Poutou, ouvrier-réparateur et syndicaliste CGT à l’usine Ford de Blanquefort, a effectué hier soir un exercice tout nouveau pour lui : un meeting de candidat à la présidentielle. Le rendez-vous est une tradition des universités d’été anticapitalistes de Port Leucate à chaque fin du mois d’août. Mais d’habitude, c’est Olivier Besancenot qui prenait la micro à la fin.

Hier soir, la tradition a été bousculée. C’est Philippe Poutou, le candidat que personne au NPA n’avait jamais vu sur une tribune, qui avait la pression sur les épaules. Une double pression même. Interne d’abord : alors que son parti est toujours divisé, le militant encore inconnu il y a quelques semaines devait convaincre qu’il pouvait être un bon porte-parole des combats anticapitalistes pour 2012. Externe ensuite : le camarade en jean-tee shirt et aux cheveux gris-blanc devait aussi imprimer sa marque dans les médias.

Pour les journalistes, comme pour les militants, il a d’abord fallu s’habituer à voir Olivier Besancenot - « libéré » selon ses propres termes du poids de la candidature – en maître de cérémonie. Premier à parler au micro, le facteur, désormais porte-parole de la campagne Poutou, a montré qu’il était toujours aussi efficace pour dénoncer les méfaits du capitalisme (sans jamais lire ses notes) et toujours aussi doué pour les formules : « Puisque Sarkozy flippe de sa note, le NPA peut lui proposer un quadruple B : Bye bye Bling-bling ! ».

Dans l’exercice, le novice Philippe Poutou s’est montré nettement moins à l’aise. Entamant son discours par une boutade - « Ca ne va pas être le même style que Besancenot mais je vais prouver que je sais lire » - le candidat a lu son discours, parfois entrecoupé de rires nerveux. La preuve qu’il n’est pas, selon l’expression en cours au NPA, un « politicien professionnel » comme les autres. Sur le fond, le camarade Poutou a prôné l’annulation de la dette publique, « illégitime », l’arrêt des licenciements, l’augmentation générale des salaires mais aussi un service public de la petite enfance, l’égalité des droits sociaux et politiques pour les immigrés ou encore la gratuité des transports publics. Le tout devant une assistance fournie – près de 850 militants étaient inscrits aux universités d’été – qui a repris en chœur : « Partage des richesses ou alors ça va péter ! ». « Ca va Poutou ! », a même lancé un plaisantin.

« L’ouvrier-candidat » a aussi lancé un appel « aux exploités, aux jeunes, aux victimes de la crise ». Et a rassuré ses amis : « Je ne suis pas un camarade ministrable pour un futur gouvernement de la gauche plurielle ». Dans l’assemblée, peu de gens en doutaient.

Maël Thierry - Le Nouvel Observateur

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