Nord-Pas-de-Calais : construire la grève générale à la base (par Raymond Adams)

La résolution politique et sociale adoptée le 8 mars par le conseil politique national du NPA soulignait que « l’idée d’un ‘‘tous ensemble’’ avec un mot d’ordre clair de grève reconductible, seul capable de faire céder les patrons et le gouvernement, est partagé par un grand nombre de salariés et de syndicalistes en désaccord avec les directions syndicales ». Puis elle avançait des propositions d’actions pour aller dans ce sens. Illustration pratique, dans le Nord-Pas-de-Calais, de ce qui peut se faire.

« Syndicalistes avec les salariés, les retraités, les chômeurs, les jeunes nous en avons assez d’être baladés de journées d’action en journées d’action éclatées et sans continuité », tel était le constat fait dans un appel diffusé dès avant le 29 janvier par des structures et des équipes syndicales regroupant militants de la CGT, de Solidaires et de la FSU, en direction de l’ensemble du mouvement syndical, associatif et politique du Nord-Pas-de-Calais.
« Faire front tous et toutes ensemble et en même temps, de façon prolongée, créer les conditions du tous ensemble, de la convergence et donc de l’unité pour défendre nos revendications et obtenir satisfaction », tel était l’objectif de l’appel signé par plusieurs centaines de militants et de responsables syndicaux de la région, un objectif au cœur de la première réunion de l’espace de convergence intersyndical (ECI) qui s’est tenue le soir même du 29 janvier, dans la foulée de la manifestation lilloise.

Comment œuvrer concrètement à la généralisation et à la convergence des luttes, faire des journées de grève nationale de véritables tremplins pour les luttes, comment s’inscrire dans toutes les résistances, bousculer le calendrier des états-majors syndicaux sans se contenter d’une simple dénonciation de l’inertie et des dérobades des sommets syndicaux face à l’offensive patronale et gouvernementale en cours ? Sans attendre le 19 mars, un jour après la mascarade du sommet social de Sarkozy, des milliers de manifestants défilaient à Valenciennes le 19 février derrière une banderole commune « zéro licenciement, zéro suppression de poste, 300 euros pour tous » qui résumait les revendications des secteurs en lutte, des salariés de l’automobile, de la vente par correspondance, de la Santé, aux enseignants en butte aux suppressions de postes.
Initiée par l’USTM-CGT du Nord-Pas-de-Calais, rejointe par Solidaires 59/62 et la coordination des établissements scolaires du Valenciennois, cette manifestation a regroupé plus de 3 000 métallos, lycéens, étudiants, enseignants, cheminots... La collaboration inédite entre Solidaires et l’USTM-CGT permise par l’existence de l’espace de convergence intersyndical vaudra à cette première d’être reléguée en fin de cortège le 19 mars par l’intersyndicale régionale, sous prétexte que Solidaires aurait remis en cause le cadre unitaire national !

La volonté de ne pas en rester à une journée tous les deux mois a également amené l’ECI à organiser une série de manifestations baptisée les « samedis de la colère ». C’est en particulier dans ce cadre que se sont déroulées les seules manifestations dans la région en solidarité avec la grève générale des travailleurs de la Guadeloupe et de la Martinique, les 21 et 28 février et le 7 mars à Lille. En plus de ces initiatives, l’ECI s’est inscrite dans toutes les mobilisations dans la région comme celle contre la tenue de la convention européenne du Front National, à Arras le 14 mars.

La nécessité de faire vivre l’unité à la base, dans les localités et les bassins d’emploi, au plus près des mobilisations et autour d’un programme clair répondant aux exigences des salariés, a amené l’ECI à passer à une autre étape en participant à la construction de collectifs de lutte locaux, regroupant comme à Valenciennes des équipes syndicales du public, du privé, des étudiants, des chômeurs, des retraités. Dans le Pas-de-Calais, à Béthune, c’est l’union locale CGT qui est à l’initiative d’un collectif de lutte qui a lancé des « jeudis de la colère ».
C’est à ces conditions qu’une conscience nouvelle fondée sur la communauté d’intérêt et l’intervention commune peut se forger en dépassant les routines et les clivages corporatistes et syndicaux. Prendre nos affaires en main à la base, occuper le terrain, faire vivre concrètement la convergence des luttes, construire la grève générale, c’est ce qu’il nous faut faire partout sans attendre.

Espace de convergence intersyndical : www.appelmilitant.org

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