Musique. Les platines en deuil

Nous rendons hommage à DJ Mehdi, mort la semaine dernière à 34 ans.

DJ Mehdi, de son vrai nom Mehdi Favéris-Essadi, est décédé le 13 septembre dernier à 34 ans. Peu connu du grand public, l’écho qu’a rencontrée cette triste nouvelle démontre néanmoins la place singulière –  et le vide qu’il laisse derrière lui – qu’il avait fini par occuper dans la petite famille de ce que les politiques appellent avec un peu de condescendance « les musiques urbaines ». Son parcours atypique se révélait à l’image de son ouverture d’esprit, de son insatiable curiosité intellectuelle et, pour ceux qui l’ont fréquenté, de sa gentillesse. Refusant le sectarisme et la logique hermétique des clans, ce dj (fonction qui inclut non seulement la dextérité derrière les platines mais également le sacerdoce essentiel de la production) naviguait avec la même aisance dans les divers univers qui avaient façonné sa large culture musicale. On pouvait ainsi le croiser aussi bien sur la péniche des soirées branchées « respect » qu’au fond de la salle obscure d’un concert des puristes du blues, les Bo Weavil. Fort de cette immersion tout azimut et sans purisme, son talent lui avait permis de hisser enfin le son hexagonal à la hauteur des modèles américains, sans les copier ni les caricaturer.

Dès 1992, il rejoint Idéal Junior où officie Kery James, autre futur grand, côté micro. Il sera ensuite le jeune homme derrière les manettes de la plupart des productions du collectif Mafia k1 Fry. C’est toutefois en 1998 avec les Princes de la ville et son hit Tonton du bled évoquant les vacances « au pays » d’une famille algérienne, que son avant-gardisme rencontre le succès et la reconnaissance. Il sera dès lors constamment sollicité par les cadors du flow tricolores (Booba...). On se souviendra en particulier de son inestimable apport à la fraîcheur des premiers disques de Rocé et Karlito, dans un contexte créatif plutôt morose pour le hip-hop national. Au tournant de 2005, il se tourne vers l’électro et rejoint le label Ed Banger fondé par Pedro Winter, manager des Daft Punk, officiant au sein du collectif « Club 75 », publiant ses propres disques et mixant à travers le monde. Son dernier projet Carte Blanche, avec l’anglais Riton, se voulait un retour aux sources de la house de Chicago. No Fun ! RIP.

King Martov

À écouter :
113, Les princes de la ville
Karlito, Contenu sous pression (Chronowax »
Des friandises pour ta bouche (Kourtrajme)
Dj Mehdi, Red Black & Blue (Ed Banger Records, Because Music)

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