Michael Jackson : l’icône ambiguë de la pop music 

Artiste incontestable, le « King of Pop », Michael Jackson, décédé jeudi 25 juin, est resté un personnage ambigü. 

 

Du point de vue artistique, Michael Jackson, c’est l’aventure irréelle d’un petit garçon qui explose au cœur des années 1970 dans son groupe fraternel, les Jackson Five. Avec ses hits optimistes (I Want You Back, ABC, etc.), la petite tribu originaire de Gary (banlieue ouvrière de Chicago) offre à Motown la possibilité de raccrocher le train du funk. Ensuite, émancipé de Berry Gordy et de son père tyrannique, le jeune homme rencontre Quincy Jones, jazzman surdoué et producteur génial. Ils enfantent ensemble le fondamental Off The Wall (1979) apogée du groove de son temps (à l’instar de What’s Going On?, de Marvin Gaye, en 1971 ou Voodoo, de D’angelo, en 2000). Mais l’histoire retiendra surtout Thriller (1982), l’album de tous les records (107 millions d’exemplaires vendus dans le monde). Avec des clips tournés par les plus grands réalisateurs, Michael Jackson sait également recycler un simple support promotionnel en un espace de création. Après ces summums artistiques et commerciaux, Michael Jackson essayera de coller aussi bien au hard FM (collaboration avec Slash, guitariste des Guns&Roses) qu’au new jack et au r’n’b (en travaillant avec Teddy Rilley ou R Kelly). Sans le même succès (Invicible, en 2001, « à peine » 12 millions de copies).

L’autre facette du personnage réside dans sa personnalité mutante et son identité politique trouble. Celui qui refusait de grandir (mais les adultes possède une sexualité active et ses nombreux procès pour abus sur mineurs le lui apprendront durement) pâlit d’année en année pour devenir « blanc ». Ne relevant pas de la politique «post-racial» d’un Obama, il semblait rêver d’un monde aracial, quitte à y sacrifier les réalités sociales et culturelles (son clip de Black or White propose ainsi tous les clichés d’une Afrique rayonnante de savanes, bien loin des métropoles miséreuses). Ses positionnements politiques reflèteront cette image lissée à l’absurde: lutte contre la famine (We Are The World, en 1985) et poignée de main de Reagan, visite à Omar Bongo autant qu’à Mandela, parcours religieux oscillant entre l’éducation de témoin de Jéhovah de sa mère (qui n’était pas la plus progressiste) et le soutien –tardif– à la Nation of Islam (guère davantage sympathique)… 

La disparition de Michael Jackson enterre aussi une époque : celle d’une industrie du disque fondée sur des supports solides, de la bonne conscience des années 1980, etc. Reste la magie de titres comme Don’t Stop Till You Get Enough, du temps où il était encore un somptueux prince noir de la dance music. Certains jugeront que c’est l’essentiel. 

King Martov 

 

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