MAP «Les bronzés font de la résistance»

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Culture
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Interview de H.K, du groupe Ministère des affaires populaires, à l'occasion de leur dernière tournée qui s'est achevée à Lille le 10 avril.

C'est la fin de votre tournée, comment cela s'est-il passé ? Est ce que votre public a changé ? S'est-il plus radicalisé, est-il plus militant, plus engagé ?

C’est une époque qui est plus difficile qui est plus dure, forcément lorsqu’on touche à tes droits, quand on touche à tes libertés, ta réaction est plus forte. Notre public n’a pas changé, c’est toujours les mêmes, mais eux comme nous, nous sommes perçus comme plus radicaux, plus durs, mais c’est la réalité qui est plus dure. Donc nous on est en face en réaction à défendre nos droits et nos libertés. Nous sommes pareils, nous défendons nos idées et nos convictions, mais aujourd’hui il faut les défendre avec plus de force car il est plus important de rappeler le chemin qui est le nôtre, parce que celui qui est pris par la société avec les gens qui nous gouvernent actuellement, nous estimons qu’il est dangereux. Il faut vraiment ouvrir les yeux face à cela, il faut ce mobiliser il faut que nous arrivions à être rassemblés, que nous soyons convergents et que nous arrivions à peser pour revenir sur le chemin qui est le nôtre.

Vous parlez beaucoup de la Palestine dans votre concert, vous êtes allés jouer là-bas l'an dernier, c'est donc la suite d'un engagement. Vous n'avez pas peur que cela vous ferme des portes, dans le contexte actuel en France ?

C’est sur qu’il y a ce qu’on appelle des lobbies, c’est comme ça que fonctionne la société. Ce qui est marrant lorsque l’on prend le mot «république», cela veut dire le bien commun, et les lobbies c’est des biens privés. C’est en contradiction totale avec l’idée de république. Les gens qui nous en parlent le plus sont ceux qui sont le plus partie prenante de ces lobbies-là. Quand on parle de Palestine, il y a un lobby pro israélien qui fait que tu peux parler de droit de l’homme pour tous les pays au monde sauf quand tu parles de la Palestine. Cela pose problème et nous, quand nous en parlons, nous disons des choses très simples, du droit des libertés fondamentales, du droit à l’autodétermination des êtres humains et des peuples, du droit à l’indépendance. La liberté c’est un grand mot. Il est important. La déclaration des droits de l’homme dit «que les hommes naissent libres et égaux en droit», aussi en Palestine. Il faudrait le rajouter, car nous avons l’impression que cela s’arrête à la frontière d’Israël. Nous nous fermons peut-être des portes, mais nous sommes sûrs d’être sur une ligne sûre, claire et droite, qui est celle du droit international, qui est celle des droits de l’homme et de la justice. Il ne faut pas transiger avec ses valeurs, avec ses convictions, peu importe l’histoire des portes. Dès que tu va parler d’Israël, on va te taxer d’être raciste, tous cela c’est de l’escroquerie intellectuelle. C’est ce que nous disons, nous sommes droit dans nos valeurs et dans le chemin que nous prenons. Quand nous parlons de la Palestine, nous parlons de choses qui sont universelles.

C'est quoi être un artiste engagé aujourd'hui ? Est ce que vous imaginez faire de la musique sans parler de politique ?

Je dirais oui. Il n'y a pas de raison. J’ai aimé de grands artistes qui faisaient par moment de la politique et d’autre fois faisaient de belles chansons tous simplement. L’art, la musique, la culture servent aussi à cela. Nous estimons être des artistes engagés. C’est le chemin que nous avons choisi, mais cela ne veut pas dire que les autres chemins ne nous parlent pas ou ne nous plaisent pas. Être un artiste engagé c’est ne pas être dans la norme. Le système où l’on vit c’est comme une grande autoroute dans laquelle on est tous embarqués, c’est une grande course où il faut arriver le premier. On est en compétition les uns avec les autres. Nous, dans cette société-là, nous disons que l’artiste engagé, les hommes engagés en règle générale, sont ceux qui veulent passer ce grand mur et quitter cette grande route pour aller explorer des chemins un peu plus sinueux, un peu plus dangereux, un peu plus bordéliques, un peu plus humains. Beaucoup plus humains en fait, parce que cette histoire de la grande course, c’est la perte d’humanité la plus totale. Pour nous c’est cela être un artiste engagé.

Qui sont les artistes engagés en France ?

Nous avons été nourris et nous avons grandi à l’époque du mouvement hip-hop qui arrivait en France avec ses grands groupes cultes qui étaient IAM, NTM, Assassin. Il y avait Zebda qui faisait de la musique rock. C’était festif mais il y avait aussi un vrai propos citoyen, politique, et un vrai engagement. Ce sont les gens qui nous ont nourris. Après nous avons conscience aujourd’hui de faire partie modestement de cette dynastie-là. Cela fait partie de notre héritage. Il y a nous, mais aussi plein d’autres groupes de la scène alternative qui sont Keny Arkana, les Mouss et Akim qui sont les gars de Zebda . Il ne suffit pas de dire que l’on est engagé, de le crier fort, d’avoir le poing levé pour être un artiste engagé. T’as plein d’artistes qui sont engagés, j’aime bien les Ogres de Barbak, la rue Kétanou. Ils ont chacun leur caractéristique. C’est peut être des gens qui sont moins virulents, qui sont peu être moins dans le propos politique comme nous mais qui sont dans cette idée-là, d’un autre chemin.

Votre premier album date de 2006, votre second de 2009, qu’avez-vous fait pendant ces trois ans ?

Nous avons tourné, nous avons fait pas mal de concerts, nous sommes allés en Palestine. Nous avons tourné beaucoup en France mais aussi un petit peu à l’étranger. C’est ce que nous avons fait pendant trois ans, nous n’avons pas arrêté de faire des concerts. Pour nous, notre métier, notre passion, c’est cela. Les disques c’est bien et il faut le faire. C’est un support de notre temps. La musique ça a toujours existé, les groupes qui se produisait sur une scène ou dans la rue c’est vieux comme le monde. Cela ce fait partout dans le monde et c’est ça notre métier. C’est écumer les scènes, voguer de ville en ville et aller propager notre parole, notre propos, notre musique et notre discours.

Dans la Lettre au ministère, Jeanne Moreau vous à prêté sa voix. Que cela représente-il pour vous?

En fait, c’est une lettre qu’elle avait lu pour RESF, autour de la cause des sans-papiers en France. Nous avions entendu cette lettre, nous avions aimée ce qu’elle disait. Effectivement Jeanne Moreau c’est aussi une voix et elle portait bien cette lettre. Cela nous avait touchés et nous voulions aussi véhiculer ce propos, surtout que nous avions une chanson qui s’appelle «la chasse est ouverte» qui, d’une certaine manière disait la même chose. Nous sommes beaucoup dans la convergence des actions, les convergences des luttes. C’était notre manière de dire, il y a cela qui existe, c’est lu par Jeanne Moreau, c’est véhiculé par le RESF et il y a nous avec notre chanson. Alors nous pouvons les mettre sur le même support parce qu’au final nous disons la même chose. C’est un symbole de notre état d’esprit.

La suite pour vous ? Un nouvel album ? Vos projets personnels ?

Nous avons tourné pendant cinq ans sans s’arrêter, nous avons fait deux albums. Nous avons été au bout d’un premier chapitre de MAP. Cela veut dire qu’il y aura un deuxième chapitre. Nous finissons cette tournée à Lille, à la maison, et après nous nous donnons une bonne année, nous allons faire une pause, et puis nous allons pouvoir partir chacun dans nos projets. Saidou a le projet ZEP, un projet solo. Et moi j’ai mon projet HK et les saltimbanques. Nous voulons nous donner le temps et l’énergie pour bien faire les choses.

Quand tu fais les choses, il ne faut pas les faire à moitié. Ce sont des projets auxquels nous croyons et auxquels nous avons envie de donner une chance. Nous nous donnons le temps de les développer et de pouvoir se retrouver par la suite. La vie est faite de chapitres, Nous écrivons notre histoire le jour le jour, et là il y a un premier chapitre de l’histoire de MAP qui s’achève et maintenant il y a le chapitre de nos projet solos que nous allons essayer de bien écrire. Et puis tout reste a faire.

Propos recueillis par Louka Houlgatte Bustamante, Franck Houlgatte et Linda Sehili

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