Loi Nome : une menace pour la sécurité des centrales nucléaires

La loi Nome adoptée par le Parlement français fin 2010, en application des directives européennes d’ouverture à la concurrence du marché de l’énergie, entre en application le 1er juillet 2011.
Elle programme la disparition des tarifs réglementés de l’électricité et institue une Commission de régulation de l’énergie. Tout est à nous !1 a déjà dénoncé cette loi qui organise un véritable hold-up sur le service public au profit des actionnaires avec, pour les usagers devenus clients, inflation des tarifs, multiplication des coupures et dégradation du service. Du point de vue écologique, on savait que la loi Nome augmentait les obstacles au développement des énergies renouvelables. On constate maintenant que son application risque d’aggraver la menace d’accidents dans les centrales nucléaires françaises.

Le partage du gâteau nucléaire
La loi Nome impose le partage de 25 % de l’électricité issue des centrales nucléaires entre les fournisseurs d’électricité. EDF se voit contraint de céder l’électricité à ses concurrents à un prix bradé. Pour les organisateurs de l’opération, ce prix doit rester nettement inférieur à celui facturé aux usagers afin de permettre aux distributeurs de réaliser de substantiels profits. Mais comment estimer le coût de l’électricité nucléaire à partir du moment où le « libre marché » n’est plus que le prétexte à un partage du gâteau ?

Profit et misère du nucléaire
Le nucléaire nécessite des investissements initiaux très lourds qui, dans le cas des centrales d’EDF, ont été à la charge des contribuables.
Le coût d’exploitation lui, est bon marché, en comparaison des centrales fonctionnant au pétrole et au gaz. L’exploitation de centrales amorties depuis longtemps génère donc des marges importantes : la « rente nucléaire » dont EDF et ses actionnaires sont les bénéficiaires.
Voilà pour la théorie.
En réalité, les coûts du nucléaire sont largement sous-estimés : gestion des déchets, démontage
et décontamination des centrales en fin de vie, entretien des centrales vieillissantes nécessitent des dépenses colossales. Si on les prend en compte, le coût de l’électricité nucléaire s’en trouve singulièrement renchéri.

La Commission de régulation de l’énergie
C’est bien pourquoi le patron d’EDF réclame une augmentation des tarifs de l’électricité vendue aux particuliers, mais aussi un prix pour ses concurrents qui prennent en compte les investissements indispensables à la mise en sécurité de son parc nucléaire.
Le gouvernement lui a accordé 40 euros par MWh à partir du 1er juillet.
Mais ces messieurs de la Commission refusent d’approuver le décret.
Pour eux, l’ouverture à la concurrence prime sur tout, même sur la sûreté nucléaire, et les prix doivent coûte que coûte être tirés vers le bas. Cette décision ne trouble pourtant pas le PDG d’EDF dans sa marche vers le leadership mondial en matière de production électrique.
Le nucléaire sous gestion bureaucratique a donné Tchernobyl à l’humanité.
Le nucléaire sous gestion privé nous lègue Fukushima.
Avec le nombre de ses centrales vieillissantes, avec la privatisation et l’ouverture à la concurrence, la France est sur les rangs pour la prochaine catastrophe nucléaire.

Jean-Louis Marchetti
* Voir Tout est à nous ! n°93 du 10 mars 2011.

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