Livre : "Les étoiles noires" de Lilian Thuram

 

Un jour de 1968, Charles Trenet avait affirmé à la télévision française, que «les noirs étaient de grands enfants, qu’ils n’ont rien inventé, pas même construit les pyramides d’Egypte». C’était dire à quel point le fou chantant avait une méconnaissance des cultures et du monde Nègre. Pourtant Cheikh Anta Diop, dans son ouvrage «Nations Nègres et Cultures» paru en 1954, avait déjà démontré que les Pharaons, issus de la haute Egypte-Nubie (Soudan actuel) étaient des Nègres. Mais aujourd’hui, qui connaît et peut citer un savant, un philosophe, une résistante noirs? Pas grand monde. Les livres d’histoires sont muets à ce sujet. Or, avoir des repères historiques, philosophiques c’est important pour chaque peuple. Un peuple sans histoire, c’est comme un arbre sans racines, il ne peut que s’assécher et ne pas évoluer ou pire encore, on peut aussi lui inculqué une histoire qui n’est pas la sienne. Donc l’acculturer et selon que l’on soit le chasseur ou le lion celle-ci n’a pas le même sens pour tout le monde.

C’est partant de ce constat que Lilian Thuram, a souhaité parler de ses Etoiles Noires, connues ou inconnues. Certes, l’homme du Mondial 98 n’est pas historien. On peut lui en faire le reproche, mais au moins cet ouvrage, accessible à tous, à le mérite de donner l’envie d’en savoir plus sur ces hommes et ses femmes qui ont donné leur lettre de noblesse à ce peuple noir, qu’on a jeter en pâture aux 4 coins de la planète. De Lucy à Barak Hussein Obama, en passant par Poutchkine, Harriet Tubman, Sheikh Modibo Diarra, Mumia Abu Jamal etc., que de chemin(s) parcouru(s) au prix d’une lutte acharnée, à l’instar de cette vieille dame âgée de 96 ans, née aux States pendant l’apartheid et qui un soir de novembre 2008 pleurait d’émotion et de fierté en voyant «son petit-fils Président du Monde». L’histoire moderne de la diaspora noire peut aussi se résumer dans le parcours de vie du rappeur Tupac Shakur. Né en prison d’une mère membre du Black Panthers Party, il nous cria la stricte vérité sur notre société, qu’il paiera prématurément de sa vie. S’il y a juste un oubli, ce sont les Dumas grand-père (Général des armées révolutionnaires), père et fils dont on voudrait aujourd’hui que les auteurs respectifs de d’Artagnan et de La Dame aux Camélias, soit purement blancs.

On comprend donc la nécessité d’un tel ouvrage, surtout en direction des adolescents. Non pour affirmer une suprématie mais pour (r)établir une vérité occultée. Apprendre son histoire pour mieux se connaître, apprendre l’histoire de l’autre pour mieux le connaître et pour mieux se comprendre. Le savoir est une arme, l’enrichissement par nos différences est un pari, et Thuram n’est pas homme à perdre ses paris. Il nous l’a prouvé en 1998, il nous le démontre encore aujourd’hui à travers sa fondation.

Lilian Thuram, Mes Etoiles Noires, éditions Philippe Rey

Fondation Lilia Thuram – Education contre le racisme:www.thuram.org

Mariam Seri Sidibe

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.