Les sciences, l’élitisme et le genre

Le bac S reste le plus performant des baccalauréats généraux quant aux possibilités de poursuivre ses études. Il en est de même des bacs STI par rapport aux autres bacs technologiques.

En 1999, en fin de seconde, 24 % des filles et 38 % des garçons ont demandé une orientation en S. 1 % des filles et 16 % des garçons une orientation en STI. La mixité des classes n’est pas équilibrée, elle n’est plus qu’un mythe dans certaines filières. Cette situation n’interpelle pas l’école qui considère les élèves ou les jeunes en général, sans distinguer les filles et les garçons.

L’orientation des filles reproduit et anticipe la concentration de la population active féminine sur un petit nombre de métiers auxquels conduisent les filières de for­mation qu’elles choisissent traditionnel­lement. Peu d’ingénieures, de techniciennes dans les entreprises ou administrations, y compris dans le domaine des nouvelles technologies. En aspirant très majoritairement aux emplois administratifs, de la santé ou des services, les femmes connaissent plus que les hommes le chômage et la précarité.

Réticence des filles

Pourquoi cette réticence des filles à l’égard des formations scientifiques dans lesquelles les mathématiques et la physique occupent une place stratégique ? Pourtant la plus grande réussite des filles est un fait établi : elles redoublent moins et sont plus nom­breuses à être bachelières que les garçons, leurs résultats étant supérieurs aussi bien dans les matières scientifiques que dans les matières littéraires.

Le conditionnement culturel commence dès la petite enfance. Les filles et les garçons se voient proposer des activités différentes. Aux garçons, l’exploration de l’espace et les jeux de création, aux filles, les jeux d’imitation à proximité de la mère. Ces centres d’intérêt différenciés sont confortés par la famille, les médias… À l’école, les programmes scolaires et les manuels ne remettent pas ces schémas en question. On ne parle pas de la participation des femmes aux progrès des sciences.

Les mathématiques, pourtant enseignées dans des classes mixtes par 78 % de fem­mes en collège et 48 % dans l’ensemble du secondaire, acquièrent une image masculine en relation avec le type d’activité professionnelle qu’elles induisent. Les filles sous-estiment leurs résultats dans cette discipline alors que les garçons ont tendance à les sures­timer. Elles s’autocensurent avant de demander une orientation en S.

Différence de traitement

Les filles et les garçons sont traités différemment : les enseignants aussi par­ticipent à ce partage. Deux modèles distincts de bons élèves en mathématiques sont décrits : le garçon qui réussit grâce à ses capacités, la fille qui réussit grâce à ses efforts. En classe les garçons interviennent facilement sans y être invités, plus souvent que les filles qui restent davantage dans le cadre des questions personnalisées. Et les élèves qui n’interviennent jamais sont plus souvent les filles que les garçons. D’autres travaux ont montré que des copies identiques sont jugées différemment lorsqu’elles sont censées émaner de garçons ou de filles.

Les filles anticipent avec un certain réalisme l’état du marché du travail, en intégrant les discriminations dont elles sont victimes, quel que soit le secteur où elles s’insèrent. Les employeurs, à niveau de diplôme égal, privilégient les garçons pour recruter des cadres supérieurs ou intermédiaires et leurs offrent des salaires supérieurs à diplôme égal.

Des études récentes ont montré des changements. Le nombre de filles souhai­tant faire des études scientifiques est en augmentation et on notait une petite progression du nombre de filles dans les écoles d’ingénieurs. Mais cette progression s’est brutalement arrêtée, et on note pour l’an prochain une régression. Que les femmes soient les premières touchées, en temps de crise, se confirme.

Au niveau de l’école, il est important que les filles sentent que leur présence est prise en compte dans les sections où elles sont très minoritaires. L’enjeu est porteur de progrès social et concerne la moitié de la population scolaire.

Colette Le Goïc

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