Les postiers de Bédarieux et de La Grande-Motte choisissent la lutte

Depuis le 24 mars, les personnels de la poste de Bédarieux sont en grève pour s’opposer aux effets dans leurs bureaux de la privatisation de la poste qui se traduit par une forte dégradation de leurs conditions de travail et du service public.

Dans l’Héraut, le personnel de la poste des Hauts-Cantons est en grève illimitée depuis le 24 mars, et pourrait être rejoint par celui de La Grande-Motte si ses revendications ne sont pas satisfaites. Ils demandent principalement :
- la titularisation de CDD pour combler les postes vacants (cinq à Bédarieux et trois dans les autres bureaux) ;
- la suppression des semaines de sécabilité consistant à répartir deux tournées du centre-ville entre les autres facteurs afin d’économiser des agents remplaçants ;
- le maintien de l’horaire de  prise de service qui devrait être retardé d’une heure pour faciliter la mécanisation du tri, ce qui amènerait les facteurs à distribuer et à collecter le courrier de plus en plus tard. Le courrier risquerait de ne plus partir le jour même.
Les postiers de Bédarieux avaient obtenu satisfaction sur leurs revendications, en 2007, dont certaines particulièrement honteuses pour la direction qui donnait la tournée la plus difficile à une factrice handicapée par un accident du travail afin qu’elle démissionne. Depuis, La Poste a fait plus que reprendre ce qui avait été acquis après seize jours de luttes marqués par un soutien financier et matériel très important de la population et des commerçants exaspérés par la dégradation du service postal. La plateforme de Bédarieux (qui comprend les bureaux de Bédarieux, Lamalou-lès-Bains, Olargues, Saint-Gervais et Le Bousquet-d’Orb) affichait, en 2009, un bénéfice de 15 000 euros qui iront rejoindre les 530 millions d’euros réalisés officiellement par l’entreprise capitaliste La Poste au niveau national, dont seuls des privilégiés verront la couleur. L’ancien service public postal est divisé en quatre branches : courrier, colis, services financiers et services transversaux (une forme de coordination provisoirement inévitable), ce qui favorise un contrôle fin de la productivité et divise le personnel.
La Poste va bénéficier d’une injection d’argent public de 2,7 milliards d’euros de la part de l’État et de la Caisse des dépôts et consignations. La rentabilisation des services s’accélère avec la poursuite de l’allégement de la présence en milieu rural, en dépit de l’obligation européenne de maintenir 17 000 points de contact sur le territoire. La direction « dégraisse » l’ex-service public en comprimant les emplois. Elle va profiter des capitaux de l’État pour moderniser son équipement et le rendre compétitif avant de lancer l’entreprise La Poste dans la jungle capitaliste.
Cette politique a des incidences violentes pour les personnels qui refusent entre autres les « semaines de sociabilité » consistant à diviser les tournées des agents de sorte que les titulaires redeviennent des remplaçants deux jours par semaine et vingt-deux
semaines par an. Certaines mesures comme par exemple l’organisation des « semaines de sécabilité » ne servent qu’à perturber gravement et alourdir le travail des agents pour réaliser une économie très discutable et marginale. La Poste prépare ainsi, à sa façon, la disparition des employés titulaires pour s’acheminer vers un parc de salariés corvéables et licenciables à merci sans protection sociale. Pour accélérer la casse du service public et activer la concurrence, des administrations comme les préfectures utilisent les services de la Deutsche Post pour le traitement des plis ! Des situations inconnues dans le passé apparaissent, comme le surmenage d’un nombre grandissant d’agents avec des personnes qui ne supportent plus la charge de travail. Les tensions sont perceptibles chez tout le personnel et les usagers pâtissent aussi de ces désordres voulus.
De nombreuses grèves locales des postiers se déroulent sans jamais d’appels à la grève générale par les syndicats. Souvent leurs sites départementaux tiennent à peine compte des luttes voisines.
C’est dans ce contexte que les postiers de Bédarieux entament leur grève avec la volonté d’obtenir complète satisfaction de leurs revendications.
Yves Dachy

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