Le soutien à la grève étudiante s’amplifie au Québec

«Il ne s’agit plus seulement d’éducation. C’est notre liberté qui est en jeu. » Ces mots ont été prononcés il y a trois jours par un militant au Québec, où se déroule la plus grande grève étudiante de l’histoire du Canada.

Il ne s’agissait au départ que d’une petite mobilisation contre le projet d’augmenter de 85 % les frais d’inscription à l’université, mais elle est devenue une révolte politique et sociale de masse, voyant des centaines de milliers d’étudiants et de militants de la gauche radicale participer aux actions dans toute la province. La réponse du gouvernement fut d’imposer la semaine dernière le « Bill 78 », loi scélérate qui interdit les rassemblements, manifestations et piquets de grève au Québec sans autorisation préalable. D’après les statistiques de la police, plus de 2 500 personnes ont été arrêtées (plus de 1 000 pour la seule semaine dernière), deux étudiants ont perdu la vue et un autre a manqué perdre la vie, souffrant d’une grave fracture du crâne.

Cette affaire a eu d’importantes conséquences sur l’opinion publique dans la province. Le soutien au gouvernement est passé de 51 à 27 % en quatre jours, et l’approbation de la mesure concernant les frais d’inscription de 68 à 27 % en six jours. Ce déclin a même dû être admis par les médias capitalistes.
Le débat s’est déplacé de l’opposition étudiante face à l’augmentation des frais d’inscription à une lutte plus fondamentale pour les droits humains élémentaires.

Des gens de tous âges qui ne s’intéressaient pas à la question des frais d’inscription, il y a encore quelques jours, ont été très choqués par les mesures répressives et antidémocratiques du gouvernement libéral – qui, et c’est un autre épisode sans précédent de la vie politique canadienne, fait l’objet d’une enquête à propos de liens avec la mafia et d’autres organisations criminelles au Québec.

Comme des militants des droits de l’homme l’ont dit dans le passé, « Quand l’injustice devient loi, la résistance est un devoir ». Et samedi, un demi-million de personnes ont participé aux manifestations dans la province, y compris dans des bastions de la bourgeoisie libérale et anglophone, comme la région résidentielle de West Island, près de Montréal.

Il s’agit d’un nouveau chapitre de la politique néolibérale. L’échec du capitalisme globalisé et les crises qu’il a créées alourdissent le poids supporté par les étudiantEs, les pauvres et les salariéEs. Pourtant, comme on l’a vu dans bien des endroits du monde, des dizaines de millions de personnes refusent d’accepter les politiques d’austérité promues par une idéologie en faillite, et avancent leurs propres solutions basées sur la justice sociale et l’égalité.

Ces idéaux se reflètent dans les structures très démocratiques et participatives des étudiants et des groupes de gauche radicale au Québec. Et la mobilisation rassemble comme jamais auparavant des étudiants et des salariés francophones et anglophones. C’est ce que les classes dominantes craignent le plus.

J’ai grandi à Montréal, au Québec, dans les années 1980, et je me souviens que mon école avait dû séparer les étudiants anglophones et francophones dans des bâtiments différents pour éviter les affrontements. Je n’ai jamais vraiment compris ce genre de divisions, venant d’une famille où l’on parlait les deux langues et où l’on se reconnaissait dans les deux cultures.

Tout ceci semble de l’histoire ancienne au regard de ce qui se passe aujourd’hui. Les jeunes du Québec sont en train de montrer à quel point l’unité et la solidarité sont des valeurs importantes – et belles – dans le combat pour un monde meilleur.

Sean Cain* (traduction Ingrid Hayes)

* Sean Cain est originaire de Toronto (Canada), il vit à Avon et milite au NPA dans le 77.

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