"Le NPA présente ses nouveaux visages mais Besancenot prend toujours la lumière". Par Stéphane Alliès, Mediapart.fr

En cavalier seul. Le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) a officialisé, lundi 9 mars, ses têtes de liste pour les prochaines élections européennes.

Au lendemain du meeting du Front de gauche, réunissant le PCF et le PG de Jean-Luc Mélenchon, la désunion est donc consommée, et le NPA entend «mener campagne pour donner un écho aux luttes en cours et profiter de l'occasion pour faire émerger de nouvelles voix», selon les termes d'Olivier Besancenot.

Le porte-parole voulait la jouer modeste et en retrait, après un week-end consacré au premier conseil politique de la nouvelle organisation. Aucun autre porte-parole n'a été désigné, contrairement à ce qui avait été annoncé au congrès fondateur de février. «On a eu beaucoup de travail, entre l'analyse de la situation en Guadeloupe et les européennes, explique l'une des dirigeantes Christine Poupin, mais d'une certaine manière, les têtes de liste désignées feront office de porte-paroles temporaires, jusqu'aux européennes.»

Ces têtes de liste sont le reflet d'une stratégie assumée par le NPA: «Incarner par des nouveaux visages les militances et les engagements divers.» Chacun porte donc un combat cher à la "LCR dépassée". Omar Slaouti (42 ans) en Île-de-France, «pas pour faire un coup de diversité mais représenter les quartiers qui sont le plus touchés par la crise», ainsi que l'explique cet enseignant en lycée professionnel à Argenteuil (Val-d'Oise). Une militante toulousaine de RESF (Myriam Martin, 40 ans, enseignante) ; un militant creusois de la convergence des services publics de Guéret (Christian N'Guyen, 40 ans, enseignant-vacataire) ; un ouvrier CGT de PSA à Mulhouse (dont le nom n'a pas encore été dévoilé) ; une technicienne dans l'industrie chimique dans le Nord (la Rouennaise Christine Poupin, 51 ans) ; la figure altermondialiste et promoteur d'un socialisme écologiste (dit "écosocialisme") Raoul-Marc Jennar, 62 ans, dans le Sud-Est…

Le reste des listes sera connu «plus tard, après consultation des différents comités NPA de chaque eurorégion, qui prenne déjà le temps de se connaître», tempère-t-on. A priori, on retrouvera une infirmière de Carhaix qui fut en pointe de la récente mobilisation de sauvegarde de l'hôpital dans l'Ouest, ou Alain Mosconi, le leader du Syndicat des travailleurs corses, qui avait détourné le bateau de la SNCM en septembre 2005 (pressenti un temps comme tête de liste).

Besancenot, troisième sur la liste Île-de-France

Question alliances, un accord semble «en bonne voie, dans la foulée des municipales de 2008», avec l'association toulousaine des Motivé-e-s. Dans l'Ouest, la tête de liste est réservée au mouvement Les Alternatifs, dont les 700 adhérents devront décider de leur stratégie le 22 mars prochain, par un vote incertain, qui pourrait aussi les faire rejoindre le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon et du PCF, qui leur a réservé une tête de liste dans l'Est, ou les faire décider de se mettre en retrait de la campagne.

Quant à Christian Picquet, ex-opposant interne de la tendance Unir du temps de la Ligue, il a lui arrêté son choix de «faire front». Si au NPA, on se garde bien de parler d'exclusion, Besancenot dit «enregistrer son départ, avec une minorité de son courant». Christian Picquet «assume (s)es responsabilités» et regrette «l'attitude stalinienne» de ses anciens camarades. Considère-t-il avoir quitté le NPA? «J'ai toujours ma carte, mais ce n'est pas mon problème, dit-il. Je ne conteste pas que la majorité du parti a voté pour le refus du Front de gauche, mais je ne peux accepter cette décision, car elle est trop contraire à ma conception de la politique et qu'elle participe à l'éparpillement de la gauche, au moment où on a besoin d'une alternative crédible». Désormais, il se considère avec ses amis fondateurs de l'association Gauche unitaire, comme «la troisième composante du Front de gauche» et entend bien «sans aucun doute être candidat en position visible».

Reste que si Olivier Besancenot vante la mise en avant des nouveaux visages du NPA, il assure qu'il sera «sûrement en troisième position en Île-de-France», bottant en touche quand on sous-entend qu'il n'avait aucune envie d'être élu à Strasbourg, s'éloignant ainsi de son bureau de poste des Hauts-de-Seine, où il mène une grève qui s'enracine. Davantage à l'aise pour évoquer «l'extension du mouvement, qui commence à prendre dans une dizaine de bureaux de l'Essonne», ou pour apporter son soutien à Elie Domota, «qui est bien plus responsable dans ce mouvement que le gouvernement et les Békés, et qui subit lui-aussi la volonté de criminalisation du mouvement social de Sarkozy».

Le NPA n'aura pas de candidat en Outre-Mer, car «nous ne considérons pas qu'il s'agit de la huitième circonscription française. Là-bas, nous travaillons avec des organisations de façon internationaliste, sur des bases indépendantistes», dit Olivier Besancenot, avant d'annoncer un meeting de lancement de campagne spécialement dédié à la Guadeloupe, le 2 avril prochain. Toutefois, il ne néglige pas l'enjeu européen, énoncant trois priorités de campagne: «Faire en sorte d'avoir des élus et être le porte-voix des mobilisations à Strasbourg, expliquer les mauvais coups qui se passent dans les coulisses du Parlement et construire un réseau anticapitaliste européen.»

Pendant que le leader du NPA répond longuement aux télés et radios, tandis que les têtes de listes suscitent l'indifférence médiatique, on s'enquiert de la construction du mouvement, après son premier conseil exécutif. Un bureau exécutif d'une trentaine de membres a été élu, avec plus de femmes que d'hommes. Le titre du nouvel organe de presse a été trouvé («Tout est à nous»), sera vendu sur les marchés d'ici un mois et devrait coûter 1,20 euro. Enfin la grille de cotisation mensuelle, elle est fixée à 0,5% des revenus, soit entre 2 et 5 euros pour les revenus de moins de 1000 euros/mois, et entre 10 et 20 euros pour les revenus entre 1.000 et 1.700 euros/mois, avec pondération en fonction du nombre d'enfants à charge et de la situation familliale. «On est obligé de s'adapter à nos nouveaux militants, qui nous demandent des facilités pour encourager les adhésions», explique l'une des dirigeantes Sandra Demarcq. Pour permettre toujours plus l'émergence de nouveaux visages. En attendant qu'ils sortent de l'ombre d'Olivier Besancenot.

 

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