Le dilemme électoral du mouvement antinucléaire nippon

La population japonaise reste majoritairement en faveur d’une sortie du nucléaire, mais les élections se jouent avant tout sur d’autres terrains : économie, tensions régionales ou, à Tokyo en particulier, préparation des Jeux olympiques de 2020. Ainsi, les Tokyoïtes ont élu le 9 février à 42,86 % un nouveau gouverneur, Yoichi Masuzoe, soutenu par la coalition au pouvoir. Bien que s’engageant à faire passer à 20 % le poids des énergies renouvelables dans la capitale, il a de fait été le candidat préféré de la droite pro-atome.

Yoichi Masuzoe a ciblé sa campagne sur les JO de 2020 et sur son expérience d’ancien ministre de la santé, ce qui lui a permis de donner un visage « humain » à sa candidature. Il a aussi pu se targuer du soutien de la principale confédération syndicale, Rengo.

Le choc provoqué par la catastrophe de Fukushima a été tel que plusieurs anciens Premiers ministres se sont engagés à renoncer à cette source d’énergie. C’est le cas de Morihiro Hosokawa, lui aussi candidat à l’élection de Tokyo.

Un second candidat antinucléaire était en lice, Kenji Utsunomiya, avocat connu pour l’aide qu’il a apportée aux personnes lourdement endettées. Il a intégré dans sa campagne la question de l’atome et d’une alternative au néolibéralisme.

Le mouvement antinucléaire s’est divisé. Disons en simplifiant que l’aile « citoyenne », moins « politisée », a soutenu par « réalisme » Hosokawa. L’aile « gauche » a appelé à voter pour Utsunomiya, jugeant qu’il n’était pas possible d’appuyer un candidat incarnant une politique néolibérale. En ce qui concerne les partis, Utsunomiya a ainsi reçu le soutien du PC, du Parti social-démocrate ou de courants d’extrême gauche comme la Ligue communiste révolutionnaire.

Le « réalisme » n’a pas payé. L’avocat Kenji Utsunomiya est arrivé en seconde position avec 19,93 % des voix, un poil devant Morihiro Hosokawa, en troisième position avec 19,39 % (il y avait 16 candidats, tous des hommes).

La victoire de Morihiro Hosokawa ne constitue pas un désaveu de l’opposition à l’atome, vu le profil de sa campagne et le score combiné des deux candidats antinucléaires (près de 40 %). Mais elle montre que des élections ne se jouent pas sur la seule question nucléaire – et qu’au Japon comme ailleurs, malgré Fukushima, une alternative plus globale sur le plan électoral reste largement à bâtir. Quant au mouvement antinucléaire, il va lui falloir maintenant reconstruire son unité. 

Pierre Rousset

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