La République des mallettes. Enquête sur la principauté française de non-droit (Pierre Péan)

On sait que le capitalisme, par sa nature, génère inéluctablement la corruption, mais on n’imagine pas concrètement les formes que cela prend car, en temps normal, elle est censée rester secrète. Le livre de Péan qui se dévore comme un roman d’espionnage, soulève le voile. Il donne de véritables haut-le-cœur, tant le système est pourri jusqu’au sommet, tant les sommes des rétrocommissions semblent « stratosphériques ».

Ce livre sort au même moment que le déballage de Bourgi sur les mallettes venues d’Afrique et l’affaire Guérini à Marseille, mais va bien plus loin en détaillant un autre versant de la corruption et du financement clandestin des campagnes politiques. Il retrace les guerres que se sont menées les différentes cliques politiques, afin de mettre la main sur des centaines de millions d’euros. L’enquête de Péan nous fait découvrir un personnage inquiétant et dangereux : Alexandre Djouhri. Inconnu du grand public, il s’est installé au sommet du pouvoir depuis une vingtaine d’années, « ondulant avec la même aisance dans les réseaux pasquaïens, chiraquiens, villepinistes, strauss-kahniens et maintenant sarkozystes ».

Le livre illustre le cynisme de la classe dirigeante, qui dénonce les banlieues comme zone de non-droit alors que les plus grands gangsters sont au sommet de l’État. Il décrit un système en véritable décomposition, gangréné par l’argent, où de sinistres individus comme Djouhri dirigent de véritables mafias, en relation privilégiée avec celui qui est devenu le « premier flic de France », Claude Guéant. En la matière, Sarkozy qui prétendait incarner la « rupture » avec le système Chirac a simplement récupéré le magot à son profit et maintenu ce système.

Cela sent la fin de règne. Le FN va se faire une fois de plus le pourfendeur de la corruption, dénonçant le système « UMPS », comme les ligues fascistes dénonçaient la corruption à l’occasion de l’affaire Stavisky dans les années 1930. Ils sont pourtant mouillés de la même manière que les autres, comme le montre Péan. Ce livre renforce la colère, à nous d’être capables de la transformer en résistance. Même s’ils ont le pouvoir, ils ne sont, comme le rappelle l’auteur, que quelques centaines alors que nous sommes des millions.

Antoine Boulangé

Fayard, 484 pages, 23 euros

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