La Poste : privatisation et régression 

Mardi 16 juin, Luc Chatel, secrétaire d’Etat à l’Industrie, a présenté les « grandes lignes » du changement de statut de La Poste. Mais, sans attendre, la direction du groupe a annoncé que le courrier allait être distribué avec un délai supplémentaire. 

Dans le contrat de service public signé par la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, avec le président de La Poste, Jean-Claude Bailly, en juillet 2008, ce dernier s’était engagé à respecter un délai de 24 heures dans la distribution du courrier. C’est ce qu’on appelle le J+1. Désormais, ce sera J+2, soit 48 heures… théoriquement. Cette régression sans précédant précède de peu une série d’autres mesures qui sont déjà dans les tiroirs de la direction : la distribution du courrier cinq jours sur sept au lieu de six par semaine, des batteries de boîtes aux lettres à l’entrée des villages, ou encore la fin du tarif unique du timbre…

L’objectif est d'économiser près de 200 millions d’euros afin de redresser les marges de profits, qui ont tendance à s’amenuiser avec la diminution du trafic. C’est aussi, aux yeux de la direction, le meilleur moyen de préparer l’ouverture totale du courrier à la concurrence, en 2011 et, bien sûr, la privatisation. Celle-ci, après avoir fait l’objet de déclarations plus ou moins contradictoires, est désormais dans les tuyaux.

L’enjeu est de transformer le groupe La Poste en société anonyme. Le gouvernement prétend hypocritement qu’il ne s’agit pas d’une privatisation, puisque ce sera une société à capitaux publics via la participation de la Caisse des dépôts et consignations. Mais tout le monde sait que cette institution est elle-même en grande difficulté depuis le début de la crise. Sous prétexte de financement supplémentaire, une augmentation du capital pourrait avoir lieu dès 2010, en s’ouvrant cette fois au capital privé.

C’est d’ailleurs un scénario que l’on connaît bien : Sarkozy, en 2004, et Jospin avant lui, s’étaient engagés, pour Gaz de France et France Telecom, à ne pas privatiser, ou à ne pas le faire au-delà d’un certain seuil. On connaît la suite. Pour l’heure, une phase de consultations va avoir lieu avant que la loi ne soit examinée au Parlement. Mais soulignons que, depuis longtemps, un processus de privatisation rampante a déjà eu lieu et va continuer. Toutes les filiales du groupe La Poste et 43 % de son personnel sont sous statut privé aujourd’hui !

Côté personnels, les réorganisations sont incessantes, la charge de travail ne cesse de s’alourdir, les salaires restent particulièrement bas, les réductions d’effectifs se poursuivent et, bien sûr, les bureaux continuent de fermer… Ce qui n'est pas sans conséquences pour les usagers. Sans attendre le « D Day » de la privatisation, une riposte coordonnée s’impose donc dès maintenant, en s’appuyant sur des résistances qui existent déjà, malheureusement souvent éparpillées, avec le soutien également des usagers. La perspectives de faire converger les luttes est plus que jamais d’actualité. 

 

 

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