La Poste 92 : répression sans précédent !

Les postiers des Hauts-de-Seine sont entrés en lutte contre les suppressions d’emplois engendrées par le processus de privatisation.

Il n’y a pas un jour sans qu’une grève n’éclate quelque part à La Poste, sans qu’une lutte locale ne se développe. Pourtant, malgré une réactivité évidente, jamais ces divers mouvements n’ont été unifiés.
La Poste est en transition vers la privatisation, la transformation en société anonyme n’étant qu’une étape impliquant des réorganisations globales et brutales. Entre 2003 et 2009, l’entreprise a supprimé plus de 40 000 emplois à temps plein. 8 000 suppressions de postes sont prévues cette année.
En 2009, dans les Hauts-de-Seine, une grève de 78 jours a fait partiellement reculer la direction. Mais ces acquis locaux n’ont pas suffi à mettre un terme au projet national. Le 15 avril dernier, une nouvelle bagarre des postiers du 92 a démarré contre les restructurations, touchant la distribution, l’enseigne et le tri. 450 emplois vont être détruits dans les centres de tri du département. Dans la distribution, le plan « Facteur d’avenir » prévoit la suppression de 20 000 postes sur tout le territoire en instaurant l’auto-remplacement des facteurs en cas d’absence, supprimant le principe d’attribution d’une tournée à chaque facteur. Le 15 avril, puis le 20 mai, plus de 200 postiers des centres de tri et de la distribution ont manifesté dans les rues de Nanterre contre ces restructurations.
Entre ces deux manifestations, trois bureaux du département se sont mis en grève majoritaire, le 26 avril à Châtillon, le 30 à Clamart et le 5 mai à Asnières, contre des suppressions de tournées, donc de postes de facteurs, et pour un report des réorganisations.
L’entreprise a répondu par le lock-out, empêchant l’entrée et la tenue d’AG dans les locaux, n’hésitant pas à faire appel à des gros bras, des vigiles et des maîtres-chien. Mieux, elle impose comme condition aux négociations que les grévistes cessent tout rassemblement aux abords des établissements postaux, bref, qu’ils cessent toute activité !
En partie mise en échec l’année dernière, la direction refuse de négocier et frappe fort : 20 blâmes, 11 suspensions et mises à pied, visant notamment deux membres du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) départemental, Laurent Pisani et Yann Le Merrer, ainsi que deux représentants départementaux de SUD-PTT, Bertrand Lucas et Gaël Quirante. Ce dernier est également convoqué à un entretien préalable au licenciement, le 14 juin, pour ses « agissements lors de la grève ».
Forts du succès de la manifestation du 20 mai, les grévistes du 92 se sont adressés le lendemain à leurs camarades de Paris pour défendre l’idée d’un « tous ensemble » et casser les barrières artificielles élevées par le patronat entre les différents secteurs géographiques. Après une prise de parole à Paris 17e et une rencontre avec les grévistes de Paris 8e, ils ont proposé à l’assemblée une manifestation devant le siège national de La Poste.
Rien ne pouvait faire plus peur à la boîte que cette jonction dans la lutte et l’occupation du siège par une action conjointe des grévistes du 92, de Paris 8e  et 17e. Cela a forcé la direction à accepter l’ouverture de négociations.

À l’heure où nous écrivons, l’issue de la lutte des facteurs du 92 n’est pas connue. Une seule chose est sûre, l’avenir des luttes passera par des jonctions telles que nous avons pu les vivre, seul chemin vers la convergence des luttes, seule possibilité pour imposer un véritable rapport de forces.
Léa Nolan, Marie Leroi et Isa Asripe

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