La loi « Bachelot » et le combat de Carhaix par Laurence de Bouard, tête de liste dans l'Ouest

« Bien gérer, c’est bien soigner » : voilà comment Roseline Bachelot justifie sa loi HPST.

Cette loi, basée sur le principe de rentabilité du système des oins français, n’est que le prolongement d’une série de réformes initiées depuis des décennies par les gouvernements successifs. Le modèle entrepreneurial inspire depuis longtemps nos dirigeants.
La réforme hospitalière de 1991 inscrit l’efficience (le meilleur au moindre coût) dans ses principes. Par la suite, les ordonnances dites « Juppé » créent les Agences Régionales d’Hospitalisation, la démarche d’accréditation des hôpitaux (sur le modèle norme ISO des entreprises) et prônent déjà le recours à la fusion entre hôpitaux.
Le plan « Hôpital 2007 » instaure, quant à lui, la nouvelle gouvernance avec, à la tête des pôles d’activités, des médecins qui deviennent alors des gestionnaires. Il faut juste nous expliquer depuis quand la gestion est au programme des études médicales! Le système de budgétisation passe d’une dotation globale à la tarification à l’activité. Un exemple pour comprendre le principe : une appendicectomie coûte (et donc rapporte) X euros à l’hôpital, sauf qu’au fil des ans, cet acte vaut de moins en moins. Conclusion : pour conserver un budget équivalent, il faut pratiquer de plus en plus d’appendicectomies!
Par ailleurs, la construction des hôpitaux peut désormais ête confiée à des entreprises privées, et les regroupement d’hôpitaux sont ouverts aux cliniques privées.

Le rapport Larcher, sur lequel s’appuie largement la loi HPST, porte le coup de grâce à l’hôpital public. Les établissements seront dirigés par un « patron -chef d’entreprise » nommé par le Ministre et pas forcément issu du domaine de la santé. Les instances tels que le Conseil d’Administration, le Comité d’Hygiène de Sécurité et de Conditions de Travail, sont remodelées et le pouvoir décisionnel des médecins, représentants du personnel, usagers, réduit à peau de chagrin. La logique de réduction des coûts encourage l’externalisation des services annexes (linge, ménage, cuisine..) au profit du privé et pour couronner le tout, on parle de transfert de compétences des médecins vers les paramédicaux : à l’avenir, une infirmière sera habilitée à pratiquer des actes jusqu’alors réservés aux médecins. C’est comme ça que nos dirigeants espèrent régler la question de la diminution du Numérus Clausus décidée il y a plus de vingt ans et qui explique aujourd’hui la pénurie de médecins.

Le principe de cette réforme est malheureusement repris aujourd’hui dans tous les domaines. On peut faire un « copier-coller » de ces principes et les appliquer à l’Université par exemple.

Le combat de Carhaix :

Le mode opératoire de l’Etat est sans surprise. Pour justifier la fermeture de services hospitaliers de proximité tout est bon ! Une fois c’est le déficit budgétaire, une autre fois c’est la sécurité des patients : Carhaix n’a pas échappé à la règle.
En décembre 2007, la situation budgétaire est catastrophique : 1 million d’euros ! Les syndicats de l’hôpital interpellent les élus du Pays Centre Ouest Bretagne (Pays COB). Un Comité de Défense est monté à l’initiative de la CGT de l’hôpital, des groupes de travail sont organisés, en particulier un, portant sur une proposition de projet médical. Il est fait appel à un cabinet d’audit, le cabinet ALTAO.
Très vite la mobilisation des habitants et des personnels s ‘organise : une première manifestation regroupe près de 10 000 personnes dans les rues de Carhaix.
En parallèle, la Direction de l’hôpital demande une expertise, diligentée par la Direction des Hôpitaux de Paris. Le rapport est accablant : manque de médecins, absence de sécurité des soins, rapport dont va se servir un journal national pour faire sa Une : " Etaient-ils au courant, ces milliers de manifestants qu’il y avait un taux de mortalité de 50% à l’hôpital de Carhaix ?"... Chiffres bien évidemment sortis de leur contexte, car il  s’agit d’interventions bien particulières, pratiquées sur des sujets âgés dont l’état de santé était fragilisé.

Les carhaisiens se rendent à Rennes chez Monsieur Perrin, directeur de l’ARH. Après des heures de discussion, ils seront évacués avec violence par les forces de l’Ordre sans sommation.
Le 26 mai 2208, Perrin annonce par fax et sur le répondeur du Maire de Carhaix, la fermeture des services de chirurgie et de maternité pour le 6 juin.
La mobilisation des défenseurs est sans faille, les manifestations se succèdent à Quimper, Paris, Rennes tout le mois de mai et juin. Les élus sont sur le devant de la scène, en particulier Christian Troadec, Maire de Carhaix. Tous les jours, on assiste au déploiement toujours plus important de forces de l’ordre qui n’hésitent pas à gazer et frapper femmes, enfants et élus.
Un collectif des femmes enceintes est créé, ces femmes revendiquent le droit d’accoucher à Carhaix.
Les services sont fermés le 6 juin à 18h, mais pas question perdre de l’argent !! Les patients avant d’être transférés, doivent rapporter à l’hôpital!!! On les garde donc suffisamment longtemps au nom de la rentabilité…

C’est la détermination de tous, parfois spectaculaire (catapulte et canon défilent dans les rues quimpéroises) qui  va  faire plier l’Etat.

Le 25 juin 2008, le Tribunal de Administratif de Rennes ordonne la réouverture des services.

Pendant ce temps, le projet médical avance à grand pas avec le concours du cabinet ALTAO qui depuis un moment avance l’idée d’une fusion  avec le CHU de Brest. Mais le loup est dans la bergerie !!! Dans une contribution retrouvée sur le Net, ce fameux cabinet présente une diapositive intitulée « Ce que les hypermarchés apprennent aux hôpitaux ». Voilà sa considération de la personne humaine : nous ne valons, pour eux,  pas plus qu’une vulgaire salade !!
Tout l’été, les médecins Carhaisiens et Brestois travaillent ensemble par petits groupes. Fin août les 2 présidents de CME ( Commission Médicale d’Etablissement) font connaître leurs conclusions par voie de presse !! Ces conclusions ne reflètent en rien la nature des travaux réalisés et comme par hasard aboutissent à la nécessité d’une fusion avec le CHU de Brest…

A ce jour, la fusion est annoncée officiellement pour le 1er juillet prochain.

Mais l’Etat de Sarkosy ne digère toujours pas le camouflet du 25 juin et comme à son habitude, tente de criminaliser la lutte. Ainsi, 6 personnes interpellées lors des manifestations de juin sont convoquées devant le Tribunal de Quimper en février dernier. En mars, la relaxe est prononcée. Mais deux jours avant la décision du Tribunal, 23 personnes sont convoquées à la gendarmerie et à la police judiciaire, sur plainte, entre autres de notre Député UMP, Christian Ménard !! Il s’agit d’un véritable acharnement judiciaire à l’encontre de personnes qui ne faisaient que défendre un des droits fondamentaux de tout être humain : naître et se soigner au Pays.

La vigilance est plus que jamais d’actualité face à cette politique libérale qui entrainera, si on la laisse faire, la désertification de toutes les zones rurales du territoire."

Intervention faite lors d'un meeting du NPA à Lorient (56) le 30 mars.

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