"L’activisme du NPA dans les usines fait peur aux syndicats" (Le Monde du 21/03)

Olivier Besancenot et son Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) commenceraient-ils à donner des sueurs froides à François Chérèque ?

Quatre jours avant la mobilisation interprofessionnelle du 19 mars, le secrétaire national de la CFDT a reproché au porte-parole du NPA son attitude dans les conflits sociaux, affirmant que « les militants NPA font le tour des entreprises en difficulté ». « Ça fait un peu rapace, on attend la misère pour agir », a-t-il ajouté. « Si François Chérèque est surpris de voir des militants anticapitalistes à la sortie des entreprises, il va falloir qu’il prenne sur lui parce qu’il va en voir de plus en plus », a rétorqué le jeune leader révolutionnaire.

Voilà des années que les militants politiques de la gauche radicale interviennent à la porte des entreprises. Et si Olivier Besancenot s’est fait une spécialité de campagne électorale de visiter les entreprises en lutte, on y croise aussi, souvent, Marie-George Buffet pour le PCF ou Arlette Laguiller pour LO.

« TRAVAIL OUVRIER »

Par deux fois, en 1974 et 1980, la LCR a tenté de « s’implanter » dans les usines, en y faisant embaucher quelques dizaines de militants chevronnés. Sans grand succès. Avec la popularité d’Olivier Besancenot et l’afflux de nouvelles recrues, la donne a changé. « Les militants du NPA ne sont plus simplement à la porte des usines, ils sont aussi à l’intérieur », note Florence Johsua, doctorante au Cevipof. Le « travail ouvrier » est désormais organisé par une « commission d’intervention sur les lieux de travail ».

Le recrutement est visible notamment dans l’automobile avec de nouveaux adhérents tant à Renault, Citroën, Peugeot, Ford que dans les secteurs les plus ouvriers des services publics comme La Poste ou la SNCF. Mais pas encore suffisant pour constituer des bastions. « On s’est renforcés mais nous n’avons pas encore de grandes sections d’entreprises », tempère Basile Pot, un de ses responsables. Mais l’influence des mots d’ordre de Besancenot est, elle, bien réelle. C’est peut-être cette radicalisation qui fait peur à la CFDT.

La sortie de M. Chérèque intervient dans une situation sociale particulièrement tendue. Avec l’aggravation de la crise économique et la multiplication d’annonces de fermetures d’usine et de licenciements, le climat social vire à l’exaspération. Les débrayages se multiplient dans les usines et les blocages de sites se répandent ; les conflits sociaux risquent de partir plus vite avec des salariés qui n’ont plus rien à perdre, analysent de nombreux syndicalistes. « Les propos de M. Chérèque traduisent une inquiétude qui va croissante au fur et à mesure que l’audience d’Olivier Besancenot augmente », remarque Jérome Fourquet, directeur de l’institut IFOP.

La cote de confiance du leader du NPA ne faiblit pas : selon le dernier sondage de BVA pour BFM et La Tribune, paru le 14 mars, il est jugé « capable de changer les choses » par 35 % des Français interrogés, soit seulement trois points de moins que Nicolas Sarkozy.

Cette crédibilité politique inquiète aussi à la CGT mais Bernard Thibault se garde bien d’attaquer M. Besancenot. Il s’est contenté, le 10 mars, de contrer toute tentative de « d’importation » du conflit guadeloupéen, comme le souhaite le leader du NPA. Mais, comme le souligne Dominique Mezzi, permanent au NPA, « le mot d’ordre des 200 euros pour tous comme en Guadeloupe a un vrai écho dans les boîtes ».

* Article paru dans le Monde, édition du 21.03.09. LE MONDE | 20.03.09 | 15h40.

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