Howard Zinn

Howard Zinn, l'auteur de Une Histoire populaire des États-Unis est mort le 27 janvier dernier à l'âge de 87 ans. Ambre Ivol, qui l'a bien connu dans le cadre de sa thèse nous éclaire sur son parcours.

Pourquoi as-tu eu envie de réaliser une thèse sur Howard Zinn ?

J'ai découvert Une Histoire populaire des États-Unis en 2002, quand je travaillais sur l'histoire de la gauche américaine. Son approche de l'histoire, histoire par en bas, du socialisme par en bas, sa manière de repartir des dynamiques des luttes avant de se poser la question des manifestations politiques m'a inspirée surtout sur la période années 1930 et 1940. Zinn mêlait aussi dans son livre des voix artistiques, d'écrivains et de poètes, et d'universitaires qui en faisait une approche riche.

De plus, on était dans le contexte de la guerre contre le terrorisme et au plus fort du mouvement antiguerre français. J'ai décidé de faire ma thèse sur lui, mais sans connaître son parcours de vie, son engagement politique. Je savais qu'il était la voix de la contestation de l'après 11 septembre. Je l'ai alors invité à venir s'exprimer à la fac de Censier dans le cadre du mouvement antiguerre au moment du G8 à Évian. L'ouvrage de Zinn venait d'être traduit en français et il était partant pour venir. Cela a été un grand événement et un succès pour des raisons qui tiennent à son approche d'historien mais aussi parce qu'il était inspirant et permettait à beaucoup de jeunes de s'emparer de l'histoire des luttes aux États-Unis. On a fait quelque chose de large et démocratique mais qui permettait aussi aux profs et aux étudiants de participer.

Pour Zinn, c'était aussi inspirant qu'une jeune chercheuse l'invite, mais dans le cadre de la mobilisation. Il avait la particularité d'être très à l'écoute de ce dont les gens avaient besoin lorsqu'ils le rencontraient. Il y a une nébuleuse de gens autour de lui, aux quatre coins du monde, qui sont en lien avec lui sur différentes questions mais toujours en rapport avec les stratégies de luttes aujourd'hui. J'ai eu la possibilité de poursuivre mes recherches aux États-Unis dans les mois et les années qui ont suivi, je l'ai donc revu régulièrement entre 2003 et la fin de ma thèse en 2009. Cela a été une relation longue et régulière, avec des entretiens, mais j'ai aussi eu accès à ses archives à l'université de Boston où il enseignait. L'actualité immédiate a fait que sa voix d'intellectuel engagé est devenue de plus en plus audible en France.

À mon échelle, j'ai participé à développer une audience pour lui en France, en lien avec Daniel Mermet sur France Inter, au moment où les Amis du Monde diplomatique lui ont décerné le prix du meilleur ouvrage engagé, en décembre 2004, et plus récemment lors des élections présidentielles en 2008, lors de la campagne d'Obama, Télérama s'est aussi intéressé au personnage et j'ai été sollicitée pour traduire.

Les éditions Agone qui ont traduit une bonne partie de l'œuvre de Zinn en France étaient toujours partantes pour collaborer et organiser des choses, pour que je les aide à décrypter l'œuvre de Zinn afin qu'elle soit pertinente pour un public français, notamment en ce qui concerne sa biographie sortie en 2006, L'Impossible neutralité.

C'était donc une relation longue et qui a une histoire et n'a pas toujours revêtu les mêmes formes. J'ai commencé à trouver dans mon travail universitaire des points d'entrée qui n'étaient pas seulement pertinents comme militante mais qui avaient aussi un intérêt au point de vue de la recherche, et cela a aussi changé notre relation, car mon approche a changé. Je ne voulais pas faire de biographie de Zinn, je me positionnais politiquement par rapport à ses analyses historiques et idéologiques, mais j'ai commencé à me rendre compte que dans son parcours de militant beaucoup d'épisodes étaient restés dans l'ombre, y compris dans la façon dont lui se racontait. Cela tournait autour des années 1940, la période pré maccarthiste, je me suis aperçue qu'il appartenait à une génération oubliée et c'est devenu l'hypothèse de mon travail de recherche. En explorant ses archives, j'ai découvert tout ces clairs obscurs et je lui posais des questions sur une période qu'il avait lui-même oubliée.

En quoi cette période était-elle intéressante ?

Les années 1940, sont très importantes dans ce qui fait qu'il est un historien engagé anti-impérialiste, mais l'après-guerre les années 1945/1946 sont beaucoup plus confuses, en partie parce que le maccarthisme a déstructuré les organisations de la gauche américaine et Zinn s'est retrouvé orphelin politique. Ceux qui se sont immergés dans les mouvements des années 1960/1970 ont été sauvés.

Par exemple, pendant la campagne présidentielle de 1948, il est jeune chômeur, ancien combattant touchant une aide sociale et très engagé. C'est l'un des pics de son militantisme et il y avait beaucoup de réseaux politiques, en partie innervés par le Parti communiste américain, mais pas seulement. Le candidat à la présidence s'appelait Henry Wallace, il avait été vice-président sous Roosevelt et avait travaillé avec les syndicats. Il avait rompu avec le Parti démocrate parce qu'il s'opposait à la stratégie consistant à appeler à une guerre ouverte, une opposition militaire ouverte avec l'Union soviétique. Wallace refuse la militarisation du monde et fait campagne contre la guerre froide et avec des positions très courageuses notamment sur l'antiracisme. Il fait campagne dans le Sud et appelle à la déségragation complète. C'est le seul candidat indépendant et c'est la dernière fois qu'on a un candidat qui rompt avec le bipartisme à l'américaine. C'est un moment oublié de l'histoire de la gauche. Ceux qu'on appelait les liberals, progressistes sur une ligne social-démocrate et les radicals qui sont plutôt sur une ligne socialiste, communiste, gauche indépendante se retrouvent autour d'un même candidat, Wallace. Il faut attendre Nader, en 2000 pour que cela se reproduise.

Zinn s'investit pour Wallace et était le chef de la campagne à Brooklyn.

J'ai retrouvé des traces de son engagement dans son dossier du FBI. Selon le FBI, il avait une proximité avec le PC, mais c'est une source qui n'est pas très fiable...

Zinn était un témoin de cette période oubliée de la gauche américaine qui permet de remettre en cause la vision très caricaturale de la gauche américaine avec la Old Left des années trente et la nouvelle gauche des années 1960. On a l'impression de deux générations ennemies avec rien au milieu, alors qu'en fait il y avait une continuité. L'autre aspect est la place de cette génération marquée par la Seconde Guerre mondiale et qui émerge publiquement dans les années 1960. On les retrouve dans le mouvement antiguerre, de libération des femmes ou des droits civiques. On peut citer Norman Mailer, James Baldwin ou encore les frères Berrigan qui étaient des frères jésuites pacifistes, très prompts à l'action directe non violente contre la guerre du Vietnam ou Betty Friedan très impliquée dans le mouvement féministe.

Il s'agissait de personnes en rupture d'organisations politiques et qui se sont révélées dans les années 1960. Elles deviennent visibles grâce aux réseaux qui se reconstituent quinze ans plus tard et trouvent une place dans ces luttes.

L'influence de Zinn explose dans les années 1960/1970 ?

Zinn reprend ses études à l'université grâce au GI Bill, qui est une aide fédérale destinée aux vétérans. En 1956, il obtient un doctorat d'histoire à Colombia, puis son premier poste à Atlanta en Géorgie, en pleine ségrégation raciale et au début du mouvement pour les droits civiques. Il est très vite happé par le mouvement à majorité noire et jeune dans le sud et devient graduellement un universitaire engagé dans le mouvement. D'abord parce qu'il met son expertise d'historien et de politologue, en particulier sa connaissance du droit constitutionnel américain au service du mouvement des droits civiques pour tout ce qui était contestation directe de la ségrégation raciale, en particulier dans les lieux publics. Il joue un rôle spécifique en dénonçant l'État fédéral qui juridiquement était en mesure d'intervenir pour imposer l'égalité raciale mais qui a préféré s'en remettre aux États du sud. Aujourd'hui, les historiens reconnaissent que Zinn avait raison et que l'État aurait pu imposer cette égalité, y compris militairement.

Il a un rayonnement régional au sein des structures des droits civiques et il influence Luther King. Il est aussi le premier à écrire un ouvrage d'histoire sur le SNCC.

La deuxième étape est l'opposition à la guerre du Vietnam et son ouvrage de 1967 qui appelle au retrait des troupes américaines : Vietnam, la logique du retrait. Cela a eu un effet incroyable. Jusque là, l'opinion publique n'avait le choix qu'entre deux options popularisées par le gouvernement : bombarder jusqu'à imposer la volonté américaine à Hanoï ou négocier en bombardant. Zinn apporte une troisième possibilité qui est le retrait total des troupes américaines. Dans différents États, des journaux organisent des sondages et systématiquement la position de Zinn est privilégiée par les lecteurs. Cela montre que l'opinion est aussi fonction des solutions proposées.

La petite maison d'édition qui avait publié le livre organisait la tournée des manifestations et des diffusions militantes. Certains lecteurs en achetait 100 exemplaires pour les envoyer aux membres du Congrès. Le mouvement antiguerre commençait à prendre de l'importance.

On le retrouve aussi à Hollywood ou dans la presse indépendante. Cela permet d'en retracer les dynamiques.

À cette époque, il perd son poste à Atlanta, du fait de son engagement. Le mouvement pour les droits civiques a lui-même nourri des contestations locales sur les universités, et on retrouve des traces de soubresauts féministes. Par exemple, une des étudiantes de Zinn est Alice Walker, qui écrit pas la suite La Couleur pourpre. Les jeunes filles qui organisaient des sit in en centre-ville ne voulaient pas devenir mères au foyer ou secrétaires et cela a nourri leur contestation du système universitaire noir.

Ensuite, le mouvement des droits civiques débouche sur le mouvement antiguerre.

Zinn est alors à Boston dans les mouvements mais pas dans un parti politique ?

La dernière organisation politique dans laquelle il est impliqué est le SNCC. Au début c'est une organisation impliquée sur les droit des Afro-Américains mais qui très vite généralise sur la politique étrangère. C'est la première organisation de la nouvelle gauche. Souvent, on pense qu'il s'agit du SDS qui est l'élite étudiante blanche et joue un rôle très important. Mais il ne faut pas oublier que les racines de la contestation vient de l'organisation afro-américaine, le SNCC. Certains du SDS ont passé six mois dans le sud avec le SNCC et lorsque ces étudiants retournent dans le nord ils ne s'arrêtent pas. Les organisateurs de free speechs movement, par exemple, ont fait leurs armes dans le sud. On retrouve la stratégie de mobilisation des droits civiques dans le mouvement contre la guerre du Vietnam.

Zinn était conseiller adulte du SNCC, avec une femme noire Ella Baker, qui était petite-fille d'esclave. La terminologie utilisées par les organisations pour se définir n'est pas idéologique, on parle de soupes alphabétiques, on est dans le contexte de la guerre froide : étudiants pour une société démocratique (SDS), coordination des comités d'étudiants non-violents (SNCC)... Mais le SNCC représentait pour Zinn un espoir de structuration politique du même niveau que ce qu'il y avait dans les années 1940.

Zinn n'a jamais rejoint le PC même s'il était mais d'accord. À 17 ans, son premier emploi était sur les chantiers navals, il organisait des réunions de lecture de livres marxistes – du Capital mais aussi de romans. Pour lui c'était la meilleure éducation.

J'ai retrouvé ses notes sur le Capital, c'était très minutieux. Il est toujours resté foncièrement marxiste même si dans les traductions organisationnelles cela a pu varier. Il est souvent considéré comme libertaire, mais je maintiens qu'il est resté marxiste. Les anarchistes le revendiquent comme l'un des leurs. Mais rien à voir avec Noam Chomski qui est un des intellectuels les plus proches de Zinn. Chomski vient à l'anarchisme dans les années 1950 alors que Zinn, c'est beaucoup plus tard et plutôt par défaut. Il est très déçu par l'échec du SNCC qui a une durée de vie très courte, commence en 60/61 et continue avec le Black Power, et ne tient pas ses promesses, scissionne en 1965-1966. Après les acquis constitutionnels des Afro-américains, il y a un durcissement des stratégies qui se traduit par une approche des problèmes plus identitaire et le problème devient la communauté blanche et pas les structures sociales. Zinn est un des rares à être favorables au Black Power, à comprendre et trouver sain les positions d'autonomie, de contrôle de ses propre luttes.

Mais lui n'avait plus d'organisation politique et cela représentait ce qu'avait de meilleur à proposer le radicalisme américain, la gauche indépendante. Pour lui c'était plus qu'un organisation spécifique aux Afro-américains.

Comment Zinn a-t-il passé les années Reagan ?

Son engagement est à l'image des dynamiques contestataires américaines. Avec le reflux des mouvements des années 1960/1970, il s'implique dans le mouvement féministe. Il est de ceux qui sont favorables à la démultiplication des fronts de résistance.

On croit souvent qu'il ne se passe plus rien pendant les années 1980, mais c'est surtout qu'il n'y a plus de structuration nationale, mais la résistance ne disparaît pas. Un des fronts les plus forts est l'Amérique latine et l'Amérique centrale, mais cela n'a pas les mêmes formes et ce ne sont pas les mêmes mobilisations de masse. Il existe aussi une contestation contre la course aux armements avec de grosses mobilisations comme par exemple une manifestation d'un million de personnes à la fin des années 1980. Il faut regarder comment Zinn raconte ces années là dans son livre. Il devient journaliste de la contestation et le combat syndical est important pour lui. Il y a une grande grève à Boston University, en 1979, sur la question des augmentations de salaires. C'est une grève à la IWW, une grève générale avec le personnel administratif, les enseignants chercheurs et les étudiants. Elle a été longue et victorieuse. Cela dit quelque chose sur la combativité syndicale dans un milieu particulier, par le plus rapide à s'engager dans des actions de solidarité. Cela a été son dernier grand combat en tant qu'universitaire avec une position sociale de salarié. Il prend sa retraite en 1988. Pendant le reflux des grandes luttes, il se met à écrire en particulier Une Histoire populaire publiée en 1980. C'est la troisième vague de son influence. Son livre soulève beaucoup de polémiques. Il a contribué à changer la façon dont l'histoire est enseignée aux USA car il est synthétique et très facile à utiliser dans enseignement secondaire et universitaire. Cela a coïncidé avec une forte contestation indigène dans la fin des années 1970 qui a duré jusqu'à la commémoration de 1492. Son ouvrage a été très utilisé dans ce contexte. En 2003, le livre s'était vendu à 1 million d'exemplaires. Il était cité dans des films comme Will Hunting, dans la série Les Soprano et Bruce Springsteen a fait un album inspiré du livre. Depuis 2003, un autre million d'exemplaires ont été vendus.

Avec la Première Guerre du Golfe, Zinn se réinvestit les mouvements antiguerre ?

Il est alors dans la région de Boston et dénonce constamment les guerres menées par les États-Unis, par exemple au Kosovo. Alors que le gouvernement dit «on va bombarder les tyrans», en fait on tue les victimes des tyrans. Il attache beaucoup d'importance à rendre concrète les pertes humaines. Par exemple après le 11 septembre, il y avait l'incarnation de toutes les personnes qui était mortes dans l'attentat, dans la presse américaine. Zinn fait la même chose pour mettre des visages sur les Afghans tués par les américains. C'est très difficile en 2002, car une grande partie de la gauche américaine soutenait l'intervention et patriotisme était très fort, mais Zinn a toujours été sans concessions là-dessus.

Quelle était son opinion sur Obama ?

Lors de ses dernières prises de positions politique et électorales, il était ambivalent. Il traitait du pouvoir dans les mouvements sociaux mais aussi dans les élections. Je lui demandé à plusieurs reprises «pour qui tu votais en 1964 ?», il ne s'en rappelait pas, mais en 1972, il a voté pour McGovern, démocrate mais antiguerre. Il a toujours voté, jamais considéré que la sphère électorale n'était pas pertinente.

En 2000, il est dans le mouvement altermondialiste, il écrit et considère que c'est un tournant qualitatif pour qu'une nouvelle génération militante émerge, il prend ça très au sérieux. Il adhère complètement à la campagne de Nader en 2000, il y contribue et intervient publiquement. Nader était incroyablement populaire, Michael Moore faisait des discours devant 10 000 personnes, mais en 2004, il considère que c'est un traitre. Pour Moore, les 3 % de votes pour Nader ont permis à Bush d'être réélu. Zinn n'est pas si hostile. Nader avait sollicité Zinn en 2004 pour lui demander s'il pensait qu'il devait se présenter et Zinn lui avait dit de ne pas le faire mais avec un argument intéressant : ce n'est pas dans la sphère électorale que le rapport de forces pourra être construit, le système n'est pas fait pour ça. Nader, n'est pas sur ce parcours. Ancien du parti démocrate, il avait essayé de changer les choses de l'intérieur et considère que ce n'est plus possible.

2004 prépare 2008 et il n'y a pas de retournement dans la gauche américaine. Zinn appelle à voter pour Obama et vote pour lui avec un discours contradictoire : on vote pour lui et on s'oppose à lui. Pour l'ensemble de la gauche américaine ça a été paralysant de voter pour Obama et depuis, le bilan de la première année est étrange de la part des organisations : trouvons les moyens pour qu'Obama puisse être le président pour lequel on a voté. Zinn jusqu'à sa mort dans différentes interventions publiques disait qu'il n'était pas déçu parce qu'il n'avait jamais cru à sa possibilité de changer les choses.

Pour lui, l'assurance maladie n'était pas une avancée, car Obama partait sur une position de compromis et manquait de volonté politique. L'option publique est différente de l'assurance maladie universelle, ça ne veut pas dire que c'est nationalisé, ça peut être privé et universel.

Quelle a été sa réaction lorsque Obama a reçu le prix Nobel ?

Il a écrit un article incendiaire pour The Gardian. L'angle était «Qui sont ces gens qui distribuent les prix Nobel et à qui ? Il a été publié dans Le Monde en France. D'autres comme Michael Moore se sont félicités car c'était selon eux un encouragement à ce qu'il fasse mieux. Cette position est partagée dans la gauche.

Après sa disparition, existe-t-il une relève intellectuelle, militante...?

La réponse est évidemment oui, la relève existe et est déjà incarnée par Amy Goldman, journaliste indépendante américaine, mais aussi Naomie Klein qui étend son champ de réflexion, après le mouvement altermondialiste. Depuis, elle a développé une approche assez orignal de l'économie, de l'écologie, elle était à Copenhague. C'est une autre culture militante. Il ne faut pas plaquer les cases qu'on a en France, avec une continuité qui n'existe pas aux USA. Il faut changer de lunettes pour comprendre. Des choses peuvent se cristalliser autour de journaliste comme Naomie Klein. La grosse différence est que Zinn a développé une expertise en amont de la massification de l'enseignement supérieur. Aujourd'hui il est difficile de devenir intellectuel engagé en dehors du système scolaire, des institutions qui forment les futures générations de salariés et cela transforme la manière dont on devient expert dans différents domaines. Les journalistes semblent être les plus visibles, mais aussi toute la génération des années soixante engagée dans les mouvement des droits civiques et contre la guerre du Vietnam, ouvertement anti-impériaistes et qui sont en poste à l'université. Ils restent engagés et continuent d'avoir des réseaux structurés par institution, plus local mais pas toujours. Par exemple l'association des historiens contre la guerre en Afghanistan a repris comme modèle l'association contre la guerre du Vietnam, et c'est un réseau national.

Propos recueillis par Dominique Angelini

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