Grande-Bretagne. Un mois après les émeutes, une victoire contre les fascistes et la répression

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À Tower Hamlets, les racistes de l’EDL ne sont pas passés
Le syndicat des traminots1 avait prévenu : « si les racistes de l’English Defence League2 entrent dans les stations de métro pour aller manifester, nous les fermerons et arrêterons les trains ».
Et ce samedi 3 septembre, c’est ce que les traminots ont fait. Grâce à une forte mobilisation des organisations politiques et antifascistes, des syndicats et des associations locales, les 600 « thugs » (nervis) fascistes de l’EDL n’ont pu défiler dans le quartier de Tower Hamlets, un quartier populaire et multi-ethnique de l’est de Londres. 
La présence policière a certes été massive mais celle-ci n’avait jusqu’à présent pas empêché l’EDL de se répandre dans les centre-ville pour en chasser les « terroristes islamistes », c’est-à-dire semer la terreur dans la population musulmane, comme à Bradford ou Stoke-on-Trent en 2010.

La mobilisation antifasciste a cette fois passé un cap
À la suite de la demande d’interdiction du défilé de l’EDL, toute manifestation avait été interdite dans le quartier de Tower Hamlets... pour le mois à venir !
Les associations et la gauche radicale ont immédiatement condamné cette décision comme une tentative de cadenasser toute expression politique dans le quartier sous prétexte de maintien de l’ordre.
L’utilisation de l’extrême droite par le gouvernement, en vue de s’attaquer aux droits politiques des populations pauvres, ne pouvait être plus transparente.

L’extrême droite, produit de l’austérité conservatrice et de la capitulation social-libérale
Depuis les émeutes qui ont éclaté dans plusieurs quartiers et villes en août, les quartiers populaires sont soumis à une surveillance et à une discrimination insupportables.
La tuerie d’Oslo dont le responsable avait des liens étroits avec l’EDL, ainsi que sa localisation, donnaient une portée symbolique forte à ce défilé.
Les émeutes ont donné l’occasion au « club des millionnaires »3 de montrer qu’il était décidé à garder la population sous contrôle et qu’aucun débordement ne serait toléré.
Pour faire payer la crise aux travailleurs britanniques, le gouvernement Cameron a mis en place des mesures d’austérité et de coupes budgétaires sans précédent. Il est considéré comme le plus dur et le plus répressif depuis Thatcher.
L’extrême sévérité des peines de prison infligées aux émeutiers et à leurs proches rappellent l’Angleterre victorienne où la pauvreté était considérée comme une tare congénitale que seule une répression féroce ou une compassion religieuse sélective pouvaient traiter.
Convoqué par Cameron à une session extraordinaire de la chambre des Communes, Ed Miliband, que l’on avait hâtivement présenté comme « Red Ed »4 quand il a été élu à la tête du Labour en septembre 2010, a-t-il dénoncé cette criminalisation de la pauvreté ? Pas plus qu’il n’a rappelé que les véritables pillards sont les capitalistes et spéculateurs que l’État britannique, sous les travaillistes puis les conservateurs, a été le premier en Europe à renflouer par des milliards de deniers publics. Le dirigeant travailliste a non seulement emboîté le pas de Cameron, mais il a même dépassé son concurrent conservateur dans la course à la « loi et l’ordre ». Ed Miliband a exigé de contrôler à l’unité près le nombre de policiers déployés par les conservateurs dans les quartiers populaires, tout en saupoudrant sa matraque d’une poignée de talc « social », et d’une autre appelant à la responsabilité « du sommet jusqu’en bas » de la société britannique.
En 30 ans, le Parti travailliste s’est vidé de sa substance militante. Il ne dispose plus des relais dans les quartiers populaires lui permettant de contenir les révoltes. Quant aux marges de manœuvre économique qui permettraient une relative redistribution et donc maintiendraient un semblant de paix sociale, elles ont aussi disparu.
Avec la crise économique, toute l’architecture idéologique et économique du social-libéralisme s’effondre. Le seul recours envisageable pour les partisans d’Ed Miliband, même dans l’opposition, est donc l’utilisation de la répression.
Le mirage blairiste de la croissance éternelle s’est évaporé. La libération du business et des marchés n’a jamais produit la justice sociale promise par les « modernisateurs » et a accéléré la polarisation de la société. Dans les années 1990, les néo et sociaux-libéraux ont promis l’avènement d’une « nouvelle Grande-Bretagne », celle-ci est en train de revenir au xixe siècle.
Les groupes fascistes comme le British National Party, et plus récemment l’EDL, s’engouffrent dans cette brèche dont la gauche radicale est encore trop faible pour bénéficier.
À l’exaspération des victimes de la crise, le gouvernement Cameron a répondu par la férocité de classe et la stigmatisation. Mais s’il a pu rétablir le calme dans les rues des quartiers populaires d’Angleterre, celui-ci sera de courte durée.
La prochaine fois, le sentiment d’injustice s’ajoutant aux inégalités sociales fera exploser la colère plus fortement encore. Contrairement aux racistes de l’EDL qui s’en prennent aux plus vulnérables parmi les victimes de la crise, le défi sera alors de viser vers le haut, où se trouvent les véritables responsables du désespoir social.

Fred Falzon

1. National Union of Rail, Maritime and Transport Workers (RMT)
2. Ligue de Défense Anglaise
3. Nom donné au gouvernement Con-Dem qui compte 23 millionnaires sur
29 membres dans ses rangs.
4. Ed le rouge.

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