Grève des précaires de l’ENS

À l’École normale supérieure (Paris 5e), le mouvement contre la réforme des retraites s’est prolongé en lutte offensive contre la précarité et pour les salaires, grâce à l’unité étudiants/personnels, le volontarisme d’une avant-garde large, des blocages et des grèves.
Après les vacances, les précaires de la cantine et du ménage sont passés à l’étape supérieure : la grève reconductible. La tentative de la direction d’ouvrir la cantine avec les seuls non-grévistes, voire des intérimaires, a échoué : nous avons de nouveau bloqué.
La grève s’est installée depuis le 11 janvier et la caisse de grève constituée au préalable joue un rôle décisif. Son renouvellement est assuré par le soutien des élèves, enseignants, chercheurs et usagers de l’ENS, par la vente de sandwiches et boissons préparés chaque matin, puis vendus de façon bien visible dans l’entrée, au pied des bureaux de la direction. La réquisition d’un frigo et d’un micro-ondes permet des préparations plus variées, les ventes prennent de l’ampleur : c’est un embryon de cantine autogérée ! Les travailleurs, hier encore insultés et harcelés par un chef odieux, ne veulent plus seulement le chasser, mais font l’expérience d’un travail collectif sans chef. Les étudiants mettent la main à la pâte. On cuisine dans la bonne humeur et ce travail volontaire prend d’autant plus de sens que les gens sont heureux de se restaurer en soutenant la lutte, en discutant avec les grévistes. Les discussions informelles se politisent : syndicalisme, capitalisme, autogestion, Côte d’Ivoire, Tunisie... Les assemblées générales réunissent personnels et étudiants, la parole est libre et respectée, les décisions sont prises au consensus ou par vote. Tout le monde est transformé par la lutte.
Cette grève, bien qu’elle ne touche qu’une quinzaine de précaires, perturbe toute la vie de l’ENS, voire du quartier car les personnels des établissements voisins y mangent d’habitude. La cantine est un lieu stratégique : 1 100 couverts par jour, des dizaines de milliers d’euros sont perdus. Enfin, il y a un enjeu national : l’ENS se veut prestigieuse et sa directrice Monique Canto-Sperber est directement nommée par le président de la République. Or son image est flétrie quand la presse explique que les travailleurs y enchaînent les CDD, sont exploités, voire maltraités. La directrice a tenté d’instrumentaliser la lutte en pleurnichant à tout va sur la précarité... pour se faire la porteuse d’eau du ministre Georges Tron qui veut imposer une loi banalisant les CDI dans la fonction publique, au mépris des statuts. Mais nous rappelons que nous exigeons la titularisation de toutes et tous.
De fait, cette grève, après celle victorieuse des femmes de ménage précaires de Jussieu contre leur licenciement, a contribué à mettre à l’ordre du jour la question de la précarité dans la fonction publique (lire aussi page 12).
Mais le ministère et la direction refusent de satisfaire les revendications. Ils n’ont cédé qu’une prime de 1 000 euros pour les contractuels, une grille salariale alignée sur celle des fonctionnaires et l’engagement à embaucher en CDI les seuls précaires présents depuis plus de six ans. En conséquence, il s’agit d’étendre la grève reconductible aux autres services comme la bibliothèque et de développer la cantine autogérée. Mais au-delà de l’ENS, il faudrait un mouvement d’ensemble contre la précarité, donc un appel national des syndicats à la grève.
Le comité NPA de l’ENS

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