Fuite en avant chez les anticapitalistes (Libération du 7 février)

La fuite militante se poursuit chez les anticapitalistes. Deux ans après sa fondation, le NPA continue de compter les départs, sur la pointe des pieds, de camarades déçus par les premiers pas de la formation menée par Olivier Besancenot. Plus de 9 000 cartes revendiquées lors de la création du parti en février 2009, 8 000 annoncées dix mois plus tard, les adhérents du NPA ne seraient plus qu’entre 5 000 et 6 000 à la veille de leur premier congrès qui se tiendra de vendredi à dimanche à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Un congrès prévu en novembre et repoussé deux fois pour cause d’engagement sur le front des retraites. Signe de cette désaffection militante : appelés à se prononcer sur différentes «positions» pour définir l’orientation future du NPA, 4 000 militants seulement auraient participé au vote. Juste au-dessus du niveau de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) dont est issu le NPA.

Querelles.«Je ne crois pas à des départs. Nos effectifs sont stables»,oppose Pierre-François Grond, de la direction du parti. Si le NPA s’est«réduit sur le plan numérique», depuis 2009 «le phénomène de déception est passé», assure ce proche de Besancenot. Pourtant, les défaites électorales (4,9% aux européennes, 2,4% aux régionales), le choix de partir seul aux européennes, les cultures militantes différentes et la polémique autour d’une candidate portant le foulard aux régionales ont alimenté querelles et désillusions au sein des troupes. Le départ en novembre de douze militants des quartiers d’Avignon (Vaucluse) illustre les difficultés d’une formation qui se voulait «de masse» mais qui n’arrive pas à faire la synthèse de cultures politiques et militantes différentes.«Je ne prends pas ces départs comme définitifs. Eux-mêmes ne le pointent pas comme ça, assure Olivier Besancenot à Libération.Le NPA est recalibré de manière plus humble que lors de sa formation, quantitativement et qualitativement. Il reste un processus dont les portes sont ouvertes.» Mais celle de sortie est davantage empruntée. Après le congrès de ce week-end, plusieurs militants, qui jugent leur parti trop «isolé»,«prendront leurs responsabilités». Surtout si les résultats partiels du vote interne se confirment : la majorité sortante n’obtiendrait que 40% contre 30% pour les courants «identitaires» et «révolutionnaires» et 27 à 28 % pour les plus «unitaires». D’autres défections devraient suivre après les cantonales de mars, puis en juin en fonction du candidat choisi pour 2012. Pour aller où ? Accompagner le Front de gauche ou retourner à leurs activités syndicales et associatives.

«Aveuglette». D’autres «unitaires» comptent, eux, rester pour peser de l’intérieur. «C’est une erreur que d’aller à un congrès en pensant partir,oppose Hervé, militant à Paris. C’est même très manœuvrier. Le combat doit se mener en interne.» «On n’est pas à l’échelle de la dynamique fondatrice, mais je ne crois pas à une scission ou une cassure. Ce sont des départs individuels», fait valoir Danièle Obono, représentante de la minorité unitaire au sein de la direction. «Des tas de gens sont venus à l’aveuglette en n’ayant jamais fait de politique», observe Jacques Fortin, ancien de la LCR et militant dans le Vaucluse. «C’est vrai qu’on vient d’une culture livresque. Tous les publics ne s’y retrouvent pas forcément,concède Pierre-François Grond. Il a été difficile d’accueillir un public militant qui n’a pas dans son bagage la culture d’extrême gauche.» Un objectif que s’était fixé le NPA à sa naissance… Un échec ? «Un ressac», défend Jacques Fortin. Et une critique :«Nous sommes certes un parti anticapitaliste, sourit un membre de la direction. Mais le "nouveau", on ne l’a pas vu.»

Lilian Alemagna.

 

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.