Front national : derrière la « rediabolisation », la réalité

La politique de « dédiabolisation » du Front national semble connaître depuis quelques jours des difficultés dont nous nous réjouissons.

À trop vouloir trop en faire, Marine Le Pen a sans doute pensé, un peu vite, qu’il suffisait d’appliquer la méthode Coué, s’affranchissant des écarts de langage paternels, accommodant patiemment ses discours de sauces moins épicées, et répétant inlassablement que le FN n’est pas d’extrême droite, menaçant même de poursuivre en justice ceux qui diraient le contraire…

Racisme décomplexé
Mission impossible, car l’appareil du parti ne suit pas la timonière dans sa tentative de révolution culturelle. Comme le dit le proverbe chinois, « le poisson pourrit toujours par la tête », ce sont les frères ennemis, Gollnisch et Philippot, qui se lâchaient dans les médias à propos de Marseille, le premier déclarant « c’est sympathique, les villes africaines, mais il y a le club Med pour ça », le second affirmant que « Bruno Gollnisch était très en dessous de la manière dont parlent les Français »… Après de telles paroles d’un racisme ouvert et décomplexé, on se demande bien comment ­Marine Le Pen pourrait exclure sa candidate des Ardennes qui a comparé Christiane Taubira à une guenon.
La distorsion entre le discours policé pour les médias de la présidente du parti, et celui beaucoup plus « direct » de l’appareil, amène une série de désistements dans ses rangs, notamment parmi de nouveaux militants issus d’autres formations politiques, un temps séduits par les promesses démagogiques du FN, et confrontés à la réalité de terrain. Dans le Nord-Pas-de-Calais, c’est cet ex-UMP choqué par des frontistes arborant des croix gammées en tatouage ; à Saint-Alban en banlieue toulousaine, c’est cette future tête de liste d’origine algérienne qui craque, ne pouvant supporter le racisme ambiant ; à Marseille, c’est cette ancienne militante du Front de gauche, effrayée par la « brutalité » du discours, les plaisanteries autours du viol, l’empressement des responsables locaux à lui faire prendre directement sa carte au FN plutôt qu’au Rassemblement Bleu marine, jugé « trop doux » alors qu’ « il faut utiliser la manière forte »…

Enrayer la machine frontiste
En embuscade, l’UMP, toujours ravagée par une guerre des chefs qui n’en finit pas et une absence sidérale de programme, entend bien profiter des difficultés actuelles du FN pour s’en démarquer, et faire revenir au bercail les électeurs « républicains » effrayés par la radicalisation du discours frontiste. Oubliant sa stigmatisation des petits voleurs de pains au chocolat, Copé nous assène que « le discours de dédiabolisation de la famille Le Pen semble ne pas avoir de prise sur les cadres du parti et apparaît comme une véritable tromperie pour ses électeurs ». Quand l’hôpital se fout de la charité !
Ces différents « coming out » et prises de distance à caractère électoralistes n’ont d’intérêt que comme révélateurs des limites rencontrées par le F-Haine dans sa politique de dédiabolisation. Mais la seule façon de faire reculer l’extrême droite, les fascistes, de les délégitimer, c’est la mobilisation. C’est ce qu’ont fait les étudiantEs de Sciences Po la semaine passée, qui par une campagne active, ont réussi à faire annuler une réunion où Philippot devait prendre la parole. Ce sont ces salariéEs de Tilly-Sabco qui, en assemblée générale, ont exprimé qu’ils s’opposaient à la visite de Marine Le Pen. C’est l’appel de ces intellectuelLEs martiniquaisEs, dont Ina Césaire et Patrick Chamoiseau, qui a contraint la présidente du FN à annuler son voyage prévu en décembre en Guyane et aux Antilles. Ce sont ces 400 manifestantEs à Digne contre Marine Le Pen venue inaugurer un local du parti. Ce sont ces militantEs parisienNEs du collectif antifasciste Paris Banlieue qui ont relooké le local du siège parisien frontiste…
Tous ces exemples montrent que la mobilisation est une arme décisive pour enrayer la machine F-Haine. Leurs campagnes électorales (municipales et européennes) commencent. Notre lutte antifasciste continue !

Alain Pojolat

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