Front national : Bleu marine, le poison municipal

Vue de l’extrême droite, la récolte 2014 est très riche. Son principal parti, le FN, vient ainsi de prendre le contrôle d’une dizaine de mairies. Après avoir conquis celle d’Hénin-Beaumont dès le premier tour des municipales (50,26 %), le parti a ajouté une série d’autres victoires électorales au second.

En région parisienne, dans le 78, le FN a ainsi pris la mairie de Mantes-la-Ville (30,26 %), à l’issue d’une quadrangulaire, la gauche social-démocrate étant divisée en deux grands blocs : l’un conduit par le PS « officiel », l’autre par l’ancienne maire ex-socialiste Annette Peulvast-Bergeal (qui avait été violemment agressée par Jean-Marie Le Pen le 30 mai 1997, des images restées tristement célèbres). Et en Picardie, le FN a pu prendre la mairie de Villers-­Cotterêts (41,5 %). Le futur maire Franck Briffaut milite depuis 1977 au FN, c’est-à-dire depuis la période où le FN était encore un groupuscule avec des courants ouvertement néonazis.
Mais certains des futurs maires ont été gagnés plus tardivement à l’extrême droite. C’est le cas de Fabien Engelmann (34 ans), élu maire à Hayange en Lorraine, ancien militant d’extrême gauche et exclu en 2011 de la CGT. C’est aussi le cas de Robert Ménard, ancien militant LCR dans les années 1970, puis fondateur de « Reporters sans frontières », élu maire de Béziers au second tour (47 %), sans avoir sa carte au FN, mais avec son soutien...
Le Sud et le Sud-Est de la France comportent plusieurs mairies désormais dirigées par le FN : Fréjus et ses 52 000 habitantEs (45,6 % pour David Rachline, 26 ans), Cogolin sur la Côte d’Azur (53,1 %), Beaucaire dans le Gard, Le Pontet – à proximité d’Avignon – ou encore Le Luc dans le Var. Le FN a aussi conquis la mairie du septième secteur de Marseille, et totalisé une moyenne de 27,2 % au second tour à l’échelle de la ville toute entière.
La réalité sociale des villes concernées est assez différente, comme l’est la composition de l’électorat du FN en général. Souvent plus prospère dans le Midi (par exemple dans le Var), sa situation est davantage marquée par la crise sociale dans le Nord et l’Est de la France. Dans le Midi, un autre parti d’extrême droite, la Ligue du Sud de Jacques Bompard, détient  trois mairies.

L’union remise à plus tard...
Les listes d’union entre droite et ­extrême droite étaient peu nombreuses. Alors que l’UMP s’est idéologiquement radicalisée depuis 2007 et encore plus depuis 2012, cela n’a pas conduit à un nombre important d’alliances locales, contrairement à ce qui était attendu d’ailleurs. Au final, il n’y a eu que deux listes d’alliance droite-extrême droite : à L’Hôpital, une petite commune dans la Moselle, et à Villeneuve-Saint-Georges (94). Cette dernière, conduite par Philippe Gaudin, a cependant été battue au second tour… de justesse, avec 49,8 % des voix contre 50,2 % pour la maire sortante Sylvia Altman (PCF). La liste avait été désavouée par les directions nationales de l’UMP et de l’UDI.
Alors que le terrain idéologique était préparé à droite, cette quasi-absence d’alliances peut s’expliquer tout d’abord par les forts scores de l’UMP et de l’UDI au premier tour. La droite conservatrice et libérale n’avait ainsi pas besoin de nouer des alliances qui auraient un coût politique certain, plus élevé que le bénéfice électoral à en attendre. Deuxièmement, le FN n’était pas très demandeur, lui non plus, de sceller des alliances. Comme il entend devenir la première force politique aux européennes de fin mai, il serait apparu contradictoire qu’il s’allie localement avec des bribes de l’UMP… pour attaquer « l’UMPS » dans les semaines qui viennent !
Quoi qu’il en soit, qu’ils soient seuls ou accompagnés, la progression de ces ennemis mortels de la gauche sociale et politique est réelle.

Bertold du Ryon

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.