"Front de gauche" aux européennes : les militants du NPA divisés

LA PLAINE-SAINT-DENIS (Seine-Saint-Denis), 6 fév 2009 (AFP) - Les militants du Nouveau parti anticapitaliste, en cours de création à la Plaine Saint-Denis, sont divisés sur la question d'un "front de gauche" avec le PCF et le Parti de Gauche (PG) pour les européennes.

Si la plupart ne croient pas à la pertinence d'un tel "front", une minorité grandissante pousse pour que le NPA s'y rallie.

Malgré les appels répétés du PCF et du PG, Olivier Besancenot (NPA) a plusieurs fois affirmé qu'il n'était "pas d'accord" pour un "bon coup électoral" aux européennes de juin, défendant un "front durable" basé sur une indépendance totale vis-à-vis du Parti socialiste. Ne voulant pas faire du NPA "une boutique électoraliste", il appelle à des "débats de fond".

Parmi les 9.100 militants du NPA, anciens de la LCR dissoute jeudi ou tout nouveaux adhérents, cette ligne politique est majoritaire. Le jeune Charlie qui se dit "proche de la LCR depuis cinq ans", demande des "clarifications politiques" aux "partenaires potentiels". "On sait bien que le PCF s'alliera au PS aux régionales (2010)" pour "sauver ses élus", assure-t-il. Et puis au PG, "ils viennent presque tous du PS, les fruits ne tombent jamais loin de l'arbre", dit-il à propos de la formation de Jean-Luc Mélenchon.

Alors qu'on sondage commandé par le PG crédite un hypothétique "front commun" de 14,5% des voix, Alain Pilnière, qui a quitté le PS en 2003 avant d'être "orphelin" de parti jusqu'au NPA, estime que "le PCF aimerait qu'on soit avec eux à cause de notre potentiel de voix", mais au fond "ils n'adhèreront pas à notre socle, que ce soit sur l'interdiction des licenciements ou sur l'anticapitalisme". A 50 ans, Franck Mousset (LCR-NPA) est "sceptique": "on a vu ce que ça a donné en 2007", avec l'échec de la candidature unique antilibérale à la présidentielle. "Si c'est pour s'allier avec des vrais anticapitalistes, pourquoi pas", mais il ne croit "pas trop" que ce soit le cas du "front" d'aujourd'hui.

De son côté, la minorité de la LCR favorable au front et emmenée par Christian Picquet se réjouit de l'arrivée de nouveaux militants au NPA, avec qui "l'aspiration unitaire gagne en influence". Selon M. Picquet, si 13 à 15% des adhérents de la LCR étaient favorables au front commun, le chiffre devrait grimper à 25% parmi les militants du NPA. Un refus du front serait "un désastre politique", argue-t-il. Julien Vicaine, qui avait rejoint la LCR quelques mois avant le "non" au Traité européen en 2005, pense que le NPA, "à la pointe des luttes", "ne peut pas prendre la responsabilité de tourner le dos au rassemblement". Ce serait un "non-sens" alors que "l'action unitaire dans le champ social et politique" a permis la mobilisation d'ampleur du 29 janvier. "Sur le fond, on n'a pas de désaccord", analyse France Coumian, 32 ans, récente adhérente au NPA. Elle dit craindre des "arguments de mauvaise foi" de M. Besancenot et des siens. "J'ai du mal à comprendre ce qui bloque", dit-elle, trouvant "nul" d'avoir "toujours quatre ou cinq candidats à la gauche de la gauche". Catherine Jouanneau, une "ancienne" du PCF aujourd'hui au NPA, "ne comprend pas" non plus. Si le congrès ne se prononce pas pour le "front de gauche" samedi lors du vote, "ça peut poser la question de mon engagement au NPA", dit-elle.

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