Thé Fralib, les bons comptes font les grévistes....

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Depuis le 8 mars, 80 % des salariés de l’usine Fralib (Thé Lipton et Éléphant – filiale d’Unilever) à Gémenos, près de Marseille, sont en grève pour 200 euros d’augmentation. Deux élus du comité d’entreprise, Dominique et Olivier, font le point sur leur mouvement après cinq semaines.


Pourquoi êtes-vous en grève ?
Les salariés de Fralib se sont mis en grève à la suite des négociations annuelles obligatoires (NAO) de 2010. Depuis deux ans, la dégradation générale des conditions de travail était palpable au quotidien : chronométrage, rétrogradation des opérateurs en mécaniciens, surcharge de travail, problèmes psychologiques... La direction nous a proposé 0,8 % d’augmentation et le changement de statut de notre mutuelle. C’était inacceptable, d’autant plus qu’entre 2007 et 2008 Unilever a versé plus d’un milliard d’euros de dividendes à ses actionnaires.
Le 8 mars, les salariés réunis en AG ont voté la grève reconductible pour 200 euros d’augmentation. Après
trois jours de grève, la direction a proposé 16 euros et l’embauche de trois opérateurs pour pallier les surcharges
de travail.

Pourquoi ne pas avoir accepté ces offres ?
Nous avons étudié l’évolution depuis vingt ans de la grille des salaires, des effectifs et de la productivité par salarié. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le salaire brut d’un opérateur est de 1 515 euros, 3,5 % au-dessus du salaire minimum de l’entreprise. Il y a vingt ans, il était supérieur de 46 %. Aujourd’hui le salaire brut minimum est de 1 464 euros, il est attribué à des postes qui étaient à 31 % au-dessus du salaire minimum en 1989.
En 1989, nous étions 286 salariés répartis sur deux sites. Aujourd’hui, il n’y a plus que le site de Gémenos où nous sommes 185. Ils font donc l’économie du coût d’un site et de 101 salariés pour une production égale d’environ un milliard de sachets de thé ou d’infusion par an.
La production annuelle de boîtes de 25 sachets par employé est passée de 221 000 à 331 000 boîtes. En vingt ans la productivité par salarié a augmenté de 50 % alors que nos salaires ont diminué.
Enfin, nous avons appris que le salaire annuel du PDG du groupe Unilever était de 4,7 millions d’euros en 2008 (395 000 euros par mois), soit 273 fois le Smic. Alors, leurs discours sur les problèmes de coûts, on ne veut plus les entendre.

Quelle incidence aurait une augmentation de 200 euros ?
Si on appliquait cette augmentation, le coût salarial d’une boite de thé (vendue dans le commerce entre 1,65 et 2,60 euros) passerait de 17 à 18 centimes. Les agriculteurs qui font pousser le thé en début de chaîne sont aussi exploités mais les actionnaires se gavent.

Comment se passe la grève ?
Jusqu’à la troisième semaine de grève, une AG votait chaque jour la reconduction. Ensuite, nous sommes passés en grève illimitée et pour reprendre le travail, il faudra s’asseoir à la table de négociations et signer des accords de fin de conflit.
Nous n’occupons pas l’usine, ce qui permet à chaque salarié de choisir de continuer la grève ou pas. Pour l’instant personne n’a repris. Le directeur a tenté de fermer l’usine et a renvoyé les non-grévistes chez eux. Il y a deux semaines, il a frappé une salariée. Il n’y a eu aucune suite à la plainte déposée, par contre aujourd’hui il est arrivé avec des gardes du corps. L’accumulation de tous ces mépris est insupportable.

Quelles actions menez-vous pour populariser votre lutte ?
Nous avons eu de nombreux soutiens politiques, notamment du NPA et du PCF. De nombreux médias ont couvert nos actions. Nous rencontrons tous les élus pour qu’ils fassent pression sur le gouvernement afin qu’il exige l’ouverture de négociations.
Le 2 avril, nous avons organisé une journée de solidarité dans l’usine à laquelle ont participé des centaines de personnes ainsi que des délégations d’autres usines Unilever. Depuis une semaine, nous nous rendons dans les hypermarchés et nous vidons les rayons de tous les produits Unilever.
Nous entamons la sixième semaine de grève avec 80 % de grévistes et on ne faiblit pas. Nous faisons tout pour poser le principe du partage des richesses avec calculs à l’appui. Nous sommes déterminés à faire aboutir nos revendications légitimes.
Propos recueillis par Marie Orengo et Frédéric Plicque

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