Ford Blanquefort, un parfum de victoire

C’est fait, Ford Europe vient de confirmer que l’usine FAI de Blanquefort (Gironde) fabriquera une nouvelle transmission automatique. Nous revenons de loin (voir Tout est à nous ! n° 98). Cette usine aurait dû fermer en avril 2010 (fin initiale de la production). D’ailleurs Ford s’était débarrassé du site en 2009 en vue d’en faire sous-traiter sa fermeture. C’est la mobilisation tenace des salariés pour la défense des emplois depuis février 2007 qui a réussi à contraindre les dirigeants Ford à racheter l’usine en décembre 2010, puis à réinvestir et sauvegarder 1 000 emplois. Cette pression exercée par la résistance a réellement changé la donne, en obligeant Ford à bousculer son calendrier pour finalement modifier sa stratégie industrielle.
Il faut souligner un élément important : depuis quelques mois, la situation financière de Ford (comme dans l’ensemble de l’industrie automobile) n’est plus la même : 6 milliards de profit, des perspectives de ventes en hausse, des investissements, des nouvelles productions pour les années qui viennent. Du coup, l’usine de Blanquefort est devenue une opportunité pour Ford qui a ainsi préféré la Gironde à la Chine pour réaliser la future transmission. D’autres fabrications moins importantes (carter moteur, double embrayage…) se feront aussi à FAI plutôt qu’en Allemagne ou en Angleterre.
Mais c’est bien grâce à la bataille menée depuis plus de quatre ans que l’usine semble pérennisée pour le moment. Ce résultat montre que cela vaut le coup de ne rien lâcher, de contrer la résignation générale parmi les salariés. Il n’y a pas de bataille utopique ou irréaliste. Bien sûr, nous avons plusieurs facteurs « chance » : nous sommes la plus grosse usine du privé dans la région, ce qui facilite la médiatisation très importante pour établir un rapport de forces, pour sensibiliser la population et… les élus politiques.
La bataille est loin d’être terminée et le bras de fer devra continuer pour maintenir la pression sur Ford. Déjà, le chantage commence, deux jours après la « bonne nouvelle », par la « demande » de faire des concessions sur les salaires et les conditions sociales. L’indécence patronale n’a pas de limite. Le problème est qu’il leur est difficile d’exercer le même chantage qu’à GM Strasbourg ou Fiat Turin. Les dernières grèves ont tout chamboulé et rien ne s’est passé comme prévu. Du coup nous avons eu la production avant que Ford ne mette ses conditions. Il faut dire qu’en même temps, il y a eu des « négociations » avec l’État qui ont débouché sur 35 millions d’euros d’aides publiques. C’est aberrant mais le fait est que Ford n’a pas su tout gérer en même temps.
Rien n’est vraiment acquis et l’avenir reste à construire. Cela dit, il y a une « victoire » indéniable de l’équipe militante CGT-Ford et des salariés qui se sont opposés à une fin prétendue inéluctable. Nous sommes encore « vivants », l’histoire continue en attendant d’autres rebondissements.

Vincent et Philippe

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