FMI : une candidature alternative

-A +A
International
actualité

La course à la succession de Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI s’est transformée en face à face entre Christine Lagarde et Agustins Carstens.
Mais l’association Attac avait elle aussi présenté une candidate, Aurélie Trouvé, comme un pied de nez à un organisme antidémocratique qui domine le monde sans rendre de compte à personne.

Pourquoi cette candidature au FMI ?
L’association Attac a décidé de proposer ma candidature sous forme de provocation, pour alerter sur la politique libérale du FMI et montrer que des alternatives existent. Depuis l’éclatement de la crise financière en 2008, ni le FMI ni une quelconque autre institution n’ont pris de mesures pour réduire significativement l’instabilité des marchés financiers internationaux. La spéculation fait rage sur les titres des dettes publiques. Dans le même temps, le FMI (en totale complicité avec l’Union européenne et ses États membres) a imposé, sous la direction de Dominique Strauss-Kahn, des plans d’austérité drastiques aux pays endettés : Hongrie, Ukraine et Lettonie en 2008, Islande en 2009, Grèce, Espagne, Portugal, Irlande en 2010… Chaque fois, ce sont d’énormes baisses de salaire, des privations massives, des hausses d’impôts les plus injustes comme la TVA... Ces plans d’austérité sont à la fois inefficaces économiquement et profondément injustes. Inefficaces car ils engendrent encore plus de régression économique et qu’ils n’empêchent aucunement la finance de continuer à spéculer sur les dettes et à s’engraisser sur le dos des populations. Injustes car ce sont les salariés, les retraités, les chômeurs qui payent, via le remboursement des dettes publiques et les plans d’austérité, une crise économique qui a été provoquée par la finance. Tandis que les profits des grandes banques et des investisseurs repartent de plus belle. Le FMI contribue ainsi à une avancée très importante du néolibéralisme économique et du transfert de richesses des salariés, retraités et chômeurs vers les grands détenteurs de capitaux. Il refait le même coup que celui qu’il avait fait avec les pays du Sud à partir des années 1980 : en lien avec la Banque mondiale, il les avait soumis à des « plans d’ajustement structurel » se soldant par des régressions sociales, le démantèlement de l’État, des hausses de taux d’intérêt, des diminutions de droits de douane... qui ont tous mené à des catastrophes sociales et économiques. À tel point que les pays qui en avaient les moyens, comme le Brésil et l’Argentine, se sont dépêchés dans les années 2000 de rembourser le FMI.

Que proposez-vous à la place ?
Nous proposons une refondation du FMI. La stabilité financière mondiale est un bien public qui doit être démocratiquement géré par la communauté internationale dans son ensemble. À court terme il faut entre autres :
- l’arrêt des plans d’austérité ;
- le désarmement des marchés financiers par leur très stricte régulation et la mise en place d’une taxe sur les transactions financières, suffisamment importante pour dégager les centaines de milliards d’euros nécessaires aux politiques sociales et environnementales
(ce qu’Attac propose depuis sa création) ;
- la restructuration et l’annulation partielle des dettes publiques, mettant à contribution les gros créanciers (ce que l’Allemagne a commencé à proposer... mais qui est combattu entre autres par Christine Lagarde) ;
- la coordination des politiques économiques au plan international, amenant les pays présentant des déséquilibres excessifs à se rééquilibrer de façon coordonnée par des ajustements des taux de change ainsi que des politiques budgétaires et salariales actives ;
- le développement d’une monnaie internationale basée sur un panier des principales devises, comme alternative au dollar ;
- la démocratisation du FMI, par l’élargissement de son conseil d’administration à tous les pays de la planète et l’intégration du FMI dans un système onusien réformé, avec une voix pour chacun des 187 pays membres du Fonds : il s’agit d’en finir avec le pouvoir exclusif des grandes puissances.

Où en est la candidature et comment continuer à dénoncer cette politique libérale ?
Toute candidature devait être présentée par un des gouverneurs du FMI. Nous nous sommes adressés (sans aucune illusion !) à Christine Lagarde, actuel gouverneur du FMI pour la France, évidemment sans succès. Il reste à présent deux candidats en lice : Christine Lagarde, qui risque de faire encore pire que Dominique Strauss-Kahn vu la politique de son gouvernement, et Agustins Carstens, pur produit de l’école de Chicago et libéral patenté. Il reste à poursuivre dans la rue la mobilisation, en écho aux soulèvements sociaux contre les plans d’austérité un peu partout en Europe, en écho en particulier au mouvement des indignés, initié en Espagne puis en Grèce. Une coalition très large d’associations, syndicats et partis politiques appelle à une mobilisation massive et internationale contre le G20 de Cannes début novembre. Le G20 et le FMI sont deux piliers du néolibéralisme mondial. C’est d’ailleurs le G20 qui a permis en 2009 de revigorer le FMI en alimentant considérablement ses capacités de prêts. La dénonciation du FMI et celle du G20 ne font qu’une : il s’agit de refuser que la crise soit payée par les citoyens.

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.