Exposition : « La cime du rêve. Les surréalistes et Victor Hugo »

Maison de Victor Hugo, place des Vosges, Paris 4e, jusqu’au 16 février.
Encore Hugo, encore les surréalistes ! Tout n’a-t-il pas été déjà dit et montré à leur propos ? Non, même du point de vue de l’histoire et de la sensibilité, comme la nouvelle exposition de la Maison de Victor Hugo à Paris a le mérite de le révéler.

«La cime du rêve », c’est une image utilisée par Hugo en 1863 pour célébrer les pouvoirs de l’imagination humaine – « tout songeur a en lui ce monde imaginaire », ajoute-t-il –, et par Breton, 85 ans plus tard, à propos des visites d’un Vaché bien vivant dans ses rêves, « hélas à intervalles de plus en plus longs ». Au-delà de l’importance attachée au rêve par le premier et d’autres romantiques (Nerval, Aloysius Bertrand, etc.) comme par le second et ses amis surréalistes, quels autres parallèles établir qui ne fassent pas de l’un un simple précurseur ou des autres de simples suiveurs, mais qui mettent en lumière ce qu’ils ont à la fois de commun et d’inconciliable ? Déjà connu pour de belles présentations de diverses thématiques surréalistes au Pavillon des Arts, Vincent Gille, le commissaire de la présente exposition, ne se contente pas d’éviter les nombreux écueils impliqués par un tel sujet, il offre aux visiteurs (et aux lecteurs de son excellent catalogue) une compréhension à la fois plus profonde et plus fine de ce qui rapproche et sépare Hugo et les surréalistes, artistes « multimédia » avant la lettre.
Le médium qui leur est le plus évidemment commun est la tache d’encre « interprétée », soit pour en faire surgir des hantises familières, comme le plus souvent chez Hugo, soit « sans objet préconçu », comme l’écrira Breton à propos des « décalcomanies du désir » mises au point par Óscar Domínguez et développées notamment par Bellmer, Max Ernst et Tanguy. À côté du rêve, il s’agit d’explorer toutes les voies pouvant déboucher sur des surprises éclairant la vie diurne, et les jeux de mots de toute sorte, calembours, rébus, associations spontanées sinon « automatiques » ont là aussi des ressources inépuisables, aussi bien pour Hugo que pour les surréalistes. Mais, V. Gille y insiste justement, c’est où le matérialisme athée des seconds s’écarte du spiritualisme du premier, qui ne conçoit le passage de la réalité au rêve que de façon verticale, par ascension ou plongée. Pour les autres, il se fait de plain-pied, comme « le cuivre s’éveille clairon », selon le mot fameux de Rimbaud. 
« Surréaliste quand il n’est pas bête »
Le premier Manifeste du surréalisme offrait cette formule restée célèbre : « Hugo est surréaliste quand il n’est pas bête ». L’exposition et le catalogue montrent quelles circonstances conduisirent Breton et ses amis à mieux apprécier les recherches de Hugo – surtout celui de l’exil et des dernières années – à propos des « aide-imagination » ou des thèmes de rêveries qui leur étaient communs (le catalogue en illustre plus d’une vingtaine). Mais toujours sans complaisance pour ce qu’il y subsistait de « bête », sa philosophie, sa politique, son « vers patriote » repris à leur compte par les Éluard et autres Aragon devenus staliniens, V. Gille a raison de le rappeler aussi.
Gilles Bounoure

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.