Egypte : création d'un syndicat indépéndant

Le 21 avril, le Syndicat indépendant des employés des impôts fonciers (Ureta) a été officiellement créé. Une première, depuis 1958, qui se place dans le cadre de la montée des luttes en Égypte ces dernières années. 

L'Égypte est un pays clé du Moyen-Orient pour deux raisons contradictoires. D'un côté, le président, Hosni Moubarak, est un grand allié des États-Unis et d'Israël mais, de l'autre, il a face à lui une classe ouvrière massive capable de le renverser et donc de changer la donne pour toute la région, notamment la Palestine. Le pouvoir dictatorial est mis à mal de tous côtés. Le peuple n'a pas supporté la collaboration militaire et économique de Moubarak avec l'offensive israélienne de Gaza, notamment la fermeture du poste frontière de Rafah. A ce mécontentement s'ajoute une crise institutionnelle, dont le point culminant est la succession préparée du fils, Gamal Moubarak, encore plus néolibéral que son père.

En plus l'opposition incontournable des Frères musulmans, un front politique, nommé Kefaya (Assez!), s'est constitué depuis 2004 contre l'état d'urgence et pour la démocratie.

Mais le changement qualitatif dans l'opposition au pouvoir c'est la montée des luttes sociales avec des protestations massives sans précédent.

En 2006 s'est déclenchée la première grève dans la plus grande usine du pays, située au centre textile de Mahalla-al-Kubra, en Basse-Egypte. La victoire qui a suivi a été un signe fort de la faiblesse de l'État. Cette nouvelle donne a entraîné une vague de manifestations, grèves et sit-in dans un pays où toute forme de protestation est violemment réprimée. Cette colère sociale a culminé, le 6 avril 2008, avec la grève générale appelée par toutes les forces en lutte.

Inspirés par la victoire des travailleurs de Mahalla, les employés des impôts immobiliers enclenchèrent une grève de trois mois. Ils organisèrent ensuite un sit-in, en décembre 2007, devant le siège du ministère des Finances au Caire. Au bout de onze jours, ils obtinrent 325% d'augmentation, l'égalité salariale, le paiement des jours de grève, et deux mois offerts ! Durant la grève, ils se sont heurtés, tout comme à Mahalla, à l'hostilité des syndicats affiliés au pouvoir.

L'expérience de la lutte a rendu nécessaire l'organisation d'une structure qui défende les intérêts des travailleurs. L'Ureta existait dès décembre 2007 mais son officialisation n'a pas été simple. Elle a été arrachée, le 21 avril, auprès du ministère du Travail, grâce à une manifestation organisée devant leurs bureaux. On dénombre 30 000 signataires de la pétition sur un total de 50 000 employés environ. Un pas important et durable a été franchi pour les mobilisations futures.

Nous félicitons les camarades de l'Ureta, leur adressons notre soutien, et leur souhaitons de bonnes luttes. C'est une nouvelle à diffuser autour de nous et des organisations syndicales. Des messages de soutien peuvent être envoyés à : http://ctuws.jeeran.com.  



 

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