Éducation nationale : la mobilisation s’amplifie en région parisienne

Jeudi 13 février, les enseignantEs du second degré étaient en grève contre les faibles moyens qui leur sont une fois de plus alloués cette année. Les collèges du 93 étaient particulièrement mobilisés (40 % de grévistes dans le département), à l’instar de ceux du 92 qui sont depuis un mois déjà en mouvement.

La réforme des ZEP mise en place par Peillon a mis le feu aux poudres. En Seine-Saint-Denis, sur 64 réseaux (collège + écoles des alentours) d’éducation prioritaire, seuls six (il y en aura 14 de plus l’année prochaine) seront concernés par la nouvelle classification REP+ et aucun dans les Hauts-de-Seine. Les lycées sont exclus de ce nouveau dispositif. Les enseignantEs, à qui on avait annoncé à grands renforts de communication une réforme ambitieuse de l’éducation prioritaire, se sont rendu compte qu’il s’agit en réalité de « donner moins à ceux qui ont déjà moins »...

Après la vacances, ça continue !
Dans un contexte d’austérité, la réforme se fait à budget constant, les moyens donnés aux REP+ sont  pris sur ceux des ZEP. Plus de 2 000 personnes ont donc manifesté jeudi dernier sous les fenêtres du ministère. Une AG des établissements grévistes s’est tenue dans la foulée et s’est majoritairement prononcée pour reconduire la grève dès le 4 mars (fin des congés de la zone C), appel relayé par l’intersyndicale des 3 académies de la région parisienne.
La mobilisation est donc appelée à s’amplifier dès la rentrée autour de la question des moyens. Un mot d’ordre susceptible de rallier le primaire également durement frappé par les mesures gouvernementales, et qui s’est déjà mobilisé sur la question des rythmes scolaires. De façon similaire au second degré, la majorité des écoles ZEP devront se serrer davantage la ceinture pendant que le dispositif REP+ sera mis en place sur 10 % des écoles ZEP environ. Autre facteur de convergence, la question des statuts qui s’est invitée dans les débats des grévistes.

Le statut attaqué
La veille de la grève du 13, on apprenait que le gouvernement était parvenu à un accord concernant le statut des enseignants du secondaire, avec plusieurs syndicats dont le SNES. Pourtant, la dernière mouture du projet Peillon, rejetée par les enseignants en décembre, garde les même fondements : intégrer dans le service toute une série de « missions » actuellement facultatives, qui s’exerceront de fait dans le cadre de l’annualisation et seront définies à l’échelon local.
La disparition des décrets de 1950, à la base du statut, ferait voler en éclats l’ensemble des verrous qui permettaient aux enseignants de résister aux contre-réformes (lois Fillon et Peillon notamment) : désormais leur liberté pédagogique serait encadrée par le projet d’établissement, le caractère disciplinaire des enseignements serait ouvertement remis en question.
Dans la continuité de sa politique (rythmes scolaires, formation professionnelle), le nouveau décret préparé par le gouvernement pour le 27 mars, cible le cadre national de l’enseignement et ouvre la voie à une définition locale des services. Toutes sortes d’attaques (et d’importantes économies) seraient alors rendues possibles.

Exercer notre pression
Au contraire de ce que fait le gouvernement, ce qu’il faut pour répondre aux difficultés rencontrées par les enseignants pour garantir une éducation de qualité pour toutes et tous, c’est diminuer le temps de travail et le nombre d’élèves par classe, augmenter les salaires, titulariser tous les personnels et garantir le cadre national des statuts.
Il s’agit de convaincre nos collègues et nos camarades militants syndicaux que la lutte pour les moyens est liée à la défense du statut et qu’il faut exercer notre pression commune sur la direction des syndicats, de la FSU en particulier qui participe aux concertations autour du « Pacte de responsabilité », pour l’amener à rompre avec le gouvernement.

Camille Jouve

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