EDF-GDF : un mouvement parti de la base....

La grève des agents GDF et EDF se poursuit depuis  trois semaines. Nous avons rencontré deux grévistes, Arthur et Gérard, gazier et électricien haut-savoyards. L'un est syndiqué à la CGT, l'autre non syndiqué. 

Comment a démarré votre action ?

Les gaziers des terminaux méthaniers sont partis les premeirs. En apprenant les augmentations de salaire que se sont octroyées les dirigeants de GDF Suez (+ 183%) et les montants faramineux de leurs stock-options (7,8 millions d'euros pour le PDG de GDF Suez, Gérard Mestrallet), ils ont bloqué les terminaux méthaniers. Ils ont eu gain de cause assez rapidement et les patrons ont dû renoncer à leur stock-options.

Un petit peu partout, cet exemple a donné des idées et de nombreux autres agents se sont ralliés au mouvement, d'abord les gaziers puis les électriciens. En Haute-Savoie, ça fait bientôt trois semaines qu'on est en grève. 

Quelles revendications ?

L’augmentation des salaires. On n’arrive pas à suivre dans la région, en particulier les jeunes embauchés, avec un salaire de 1080 euros et un loyer de 800 euros. Concrètement, on réclame ce qu'ont obtenus les méthaniers : une prime de 1500 euros et 5% d'augmentation.

D'autres revendications ont rapidement émergé, notamment en terme d'emploi et de classification. La suppression de 15000 postes depuis la privatisation a beaucoup dégradé les conditions de travail et amené à externalisé beaucoup d'activités.

Le projet d'externalisation de l'astreinte – qui permet un dépannage 24 heures sur 24 –, s'attaque au coeur du métier, à l'essentiel de notre mission de service public. 

Quelles sont les forme d'action ?

Nous faisons des piquets de grève pour bloquer les sites, des coupures ciblées sur certains points, et des actions comme au péage de l'autoroute. Les actions sont beaucoup plus dures qu'habituellement et l’on met la pression en touchant l'outil de travail. 

Quelle a été la réaction des directions ?

Elles ont d'abord essayé de minimiser le mouvement en disant qu'il n'y avait pas beaucoup de grévistes. Puis, devant l'extension du mouvement, elles sont passées à la provocation, avec appel des flics et dépôt de plaintes, cherchant le moindre prétexte, comme à Annecy, pour refuser toute discussion. Elles ont fait aussi des propositions ridicules comme une prime de 450 euros, refusant d'aborder le problème des augmentations de salaire. Quant au reste, elles n’ont quasiment rien amené sur le tapis. 

Que pensez-vous de l'attitude des organisations syndicales ?

Localement, elles sont très solidaires du mouvement. Des gars en colère, ce n’est pas évident à gérer pour elles. Mais elles assument toutes les actions mises en œuvre. Nationalement, on a l'impression qu'elles ont été dépassées car, pour une fois, le mouvement est réellement parti de la base. En ce qui concerne l'information qui redescend, c'est un peu léger. On ne se sent pas vraiment appuyés. On n'est pas trop informés sur ce qui se passe sur l'ensemble du pays. Il y a un manque évident de coordination nationale, d'impulsion pour permettre de gagner. 

Comment voyez-vous l'avenir ?

Pour l'instant, les grévistes restent déterminés. Le mouvement ne s'effrite pas et a plutôt tendance à encore rallier d'autres agents. Jusqu'où ira-t-il ? On ne sait. Mais il laissera des traces. Les directions auront intérêt à se tenir à carreau. Les agents ont retrouvé la force de la solidarité et l'envie de décider de leurs luttes, notamment à travers les assemblées générales.   

Propos recueillis Le Petit Ramoneur Rouge, bulletin du NPA de Haute-Savoie. 

 

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