Écosocialisme : des alternatives dans le lieu du crime !

À l’initiative du groupe écosocialiste de l’organisation suisse SolidaritéS, l’association « Alternatives face aux défis écologique » a organisé des rencontres européennes, du 24 au 26 janvier, à Genève. Avec plus de 140 inscritEs se réclamant de l’écosocialisme, mais aussi de la décroissance ou de l’écologie libertaire, ces premières rencontres ont été un succès. 

Le ton était donné dès la conférence d’ouverture le vendredi soir avec Michael Löwy, Daniel Tanuro et Mari Carmen Garcia Bueno, un ton radicalement anticapitaliste, féministe et internationaliste. Le week-end s’est partagé entre des travaux en ateliers, des plénières, des temps de convivialité et même une visite guidée de la Genève des multinationales.

Écologie, anticapitalisme et féminisme
L’intervention « l’écoféminisme, une alternative pour la société » de Yayo Herrero, a passionné et interpellé de nombreux participantEs. Loin de tout essentialisme d’une prétendue « nature des femmes », l’écoféminisme anticapitaliste propose une compréhension du système comme un iceberg. Le marché en serait la partie visible, mais il repose sur la masse du travail invisible assigné aux femmes dans la sphère privée et le pillage destructeur de l’environnement. L’écoféminisme permet de repenser la conception de la richesse et les priorités, de souder écologie, anticapitalisme et féminisme, et de rendre enfin justice au rôle fondamental des femmes dans les luttes et à celui des luttes des femmes.
La soirée de solidarité avec les journaliers agricoles d’Andalousie avec Mari Carmen Garcia Bueno du syndicat andalou des travailleurs (SAT-SOC) et de Via Campesina, et Juan Manuel Sanchez Gordillo, maire de Marinaleda, a été un autre temps fort. Ce dernier est condamné à 7 mois d’emprisonnement ferme pour l’occupation de las Turquillas, une terre de 1 200 ha appartenant à l’armée qui n’en utilise que 20 ha. Tous deux sont revenus sur douze années de combat pour la terre, pour la souveraineté alimentaire et pour la réforme agraire. Un combat pour redonner travail, nourriture et perspectives de vie dans une Andalousie qui subit un chômage massif. Un combat contre les gouvernements à genoux devant la troïka.

Préparer les luttes de 2015 sur le climat
Trois séances de chacune trois ateliers simultanés ont permis d’échanger, de confronter et d’approfondir la réflexion commune sur des réponses à la fois sociales et écologiques : la transition énergétique, l’agriculture et l’alimentation, l’aménagement du territoire, que produire et comment, mais aussi les dimensions culturelle et démocratique articulant planification écologique, autogestion, les liens aux luttes du Sud et à la dette écologique, le rôle des syndicats dans une perspective écosocialiste, et la place des alternatives et expérimentations concrètes.
La rencontre a aussi été l’occasion de faire le point sur les luttes en Europe. L’analyse des conditions de préparation de la Conférence climat (COP21) qui se tiendra à Paris fin 2015, montre la nécessité et l’urgence de s’atteler à la construction d’un cadre de mobilisation le plus large pour la justice climatique maintenant. 
Enfin, la rencontre s’est terminée sur l’engagement de continuer à travailler ensemble sur différents thèmes – lutte contre les gaz de schiste, précarité et pauvreté énergétique, articulation lutte pour l’emploi et transition écologique… –, et de tenir une nouvelle rencontre début 2015 qui sera une étape importante dans la préparation d’un pôle radical pour les mobilisations de la fin de l’année. Un succès stimulant, encourageant et prometteur.

Christine Poupin

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.