Des listes anticapitalistes aux élections municipales

Dossier coordonné par Roseline Vachetta

Hollande, toujours plus au service d’un patronat qui demande toujours plus de cadeaux et de facilités pour licencier et précariser. Une austérité de plus en plus sévère et des réactions du mouvement ouvrier qui ne sont pas à la hauteur des attaques. Des réactionnaires racistes, homophobes, sexistes, qui occupent la rue et le gouvernement qui recule sur l’égalité des droits. Un Parti socialiste et ses alliés discrédités et le Front national en embuscade... Voici le tableau peu réjouissant à la veille des élections municipales.

Alors s’il y a urgence, l’impératif, lors de ces élections, les premières depuis la défaite de Sarkozy, c’est de faire apparaître dans le plus de communes possible des listes d’opposition de gauche au gouvernement, des listes contre l’austérité et le patronat, contre la droite et l’extrême droite. L’enjeu politique national de cette échéance est bien là : ne pas laisser le Front national dévoyer et usurper la colère que provoque la politique de Hollande. Pour cela il faut qu’un maximum de listes défendent un programme contre l’austérité, contre la hausse de la TVA et la fiscalité injuste, contre la destruction de la protection sociale, contre le chômage et la précarité, contre les grands travaux inutiles, pour le partage des richesses, pour l’interdiction des licenciements et la baisse du temps de travail, pour l’égalité des droits, le droit de vote pour touTEs les résidentEs... 
Le NPA cherche partout à faire exister de telles listes, avec d’autres forces (Parti de gauche, Ensemble, PCF, groupes locaux...) quand les conditions sont réunies, et dans tous les cas en rassemblant celles et ceux qui veulent construire cette opposition de gauche au gouvernement. Les enjeux sont aussi locaux. Les politiques antisociales, anti-écologiques, anti-­démocratiques sévissent aussi dans les villes et communes. Le Parti socialiste et ses alliés y mettent en pratique les mêmes orientations qu’au gouvernement ou au Parlement. Les listes dans lesquelles le NPA s’engage ne peuvent qu’être  totalement indépendantes du Parti socialiste. Les candidatEs sur ces listes, une fois élus, ne géreront et ne participeront pas à des majorités municipales avec le PS, ne voteront pas leurs budgets, se feront les relais des résistances concrètes et des propositions alternatives portées par les mobilisations. On ne peut pas prétendre combattre l’austérité du gouvernement et accepter de la mettre en œuvre localement.
La campagne pour les élections municipales offre aussi l’occasion de faire de la politique concrète, appliquée aux problèmes quotidiens. C’est l’occasion de partager plus largement l’expérience faites par celles et ceux d’entre-nous qui sont ou ont été éluEs conseillerEs municipaux, celle de réfléchir, de construire et de défendre des réponses anticapitalistes, écologiques, solidaires, aux problèmes de logement, de transport, d’accueil pour la petite enfance, d’aménagement de l’espace public, d’accès à l’eau, à la santé, à l’éducation, à la culture... Ce travail se fait avec les habitantEs – qu’ils et elles aient ou pas le droit de vote –, les associations, les syndicats... Si les expériences sont variées, il y a beaucoup de constantes : le refus de la privatisation et l’exigence de régies publiques pour l’eau, les parkings, les cantines scolaires, le théâtre, la collecte et le traitement des déchets... ; le combat contre des projets inutiles qui ne servent que les profits des bétonneurs comme Bouygues ou Vinci et le « prestige » des responsables politiques, ici une Ligne à grande vitesse, là un contournement routier ou une autoroute, ailleurs un grand stade... et en contrepoint l’exigence des transports publics gratuits comme réponse à la fois sociale et écologique pour en finir avec les temps et coûts de transports exorbitants, pour lutter contre la pollution et le réchauffement climatique. 
Tout cela contribue à faire des municipales une campagne politique à la fois indispensable et passionnante.

Christine Poupin

De véritables services publics
Non à l’école à plusieurs vitesses

Partout les effectifs par classe augmentent et les Rased pour les élèves en difficulté sont quasiment supprimés. Seule innovation, la réforme des rythmes qui concernera toutes les écoles publiques dès la prochaine rentrée. Tous les acteurs de l’école sont mobilisés contre cette réforme qui empire les conditions de travail des enseignantEs et d’apprentissage pour les enfants. Ils dénoncent la confusion organisée entre scolaire et périscolaire et les horaires variables d’un jour sur l’autre. Sur le fond, le décret encourage l’intrusion du pouvoir des communes dans les écoles. Il permet la mise en place de règles locales de gestion, ce qui ne peut aboutir qu’à une aggravation des inégalités : les enfants se voient proposer des activités culturelles ou sportives encadrées par du personnel formé ou pas, en nombre insuffisant la plupart du temps. C’est la réduction des dépenses d’État qui est visée, cela passe par la remise en cause drastique du service public national et du statut d’enseignantE.
Nous défendons :
- le refus des municipalités d’appliquer la réforme des rythmes
- l’abrogation du décret d’application sur les rythmes scolaires 

Pour un service de santé de proximité

Le gouvernement s’inscrit dans la continuité de la casse de notre système de santé. Les hôpitaux, maternités, centres IVG, centres de santé, ferment. Les personnels vivent des conditions de travail extrêmement dégradées. Il est de plus en plus dur de se soigner : un tiers des Français renoncent ou reportent certains soins. Les attaques contre le service public sont mises en œuvre au profit du secteur privé dans lequel les groupes financiers investissent largement.
Nous exigeons :
- la fin des fermetures d’établissements, de maternités, de centres IVG et de centres de santé
- des investissements communaux dans la création ou l’extension de centres de proximité regroupant les services de santé (PMI, centre d’orthogénie et de planification...)
- la création de dispensaires de santé dans les quartiers, les petites communes rurales, capables d’assurer consultations, prévention, suivi des soins, gratuits pour toutes et tous – Français et immigrés – et financés par la Sécurité sociale

Pour un service public de la petite enfance
Aujourd’hui en France près de 60 % des enfants de moins de 3 ans sont gardés par leur mère et moins de 50 % des enfants de 3 ans bénéficient d’un mode de garde collectif. Ce manque de structures d’accueil est une situation inacceptable qui pénalise particulièrement les femmes toujours en charge majoritairement de l’éducation des tout-petits. On doit offrir des moyens et des lieux d’accueil adaptés aux besoins des parents. Cela nécessite un nombre suffisant de personnels avec un statut et une véritable formation à l’inverse de la tendance de ces dernières années qui conduit à la construction de véritables « usines à bébés » telles que les a dénoncées le collectif « pas de bébé à la consigne ».
Nous nous battons pour :
- la création d’un service public national de la petite enfance, gratuit et accessible sur l’ensemble du territoire
- l’ouverture de structures et de places en crèche selon les besoins
- la reconnaissance des métiers de la petite enfance (statut professionnel, formation, rémunération)

Pour une régie publique de l’eau
La distribution de l’eau et l’assainissement appartiennent à 80 % à trois  groupes privés : Veolia, Suez et la Saur, ce qui leur permet de s’offrir des empires financiers sur le dos des usagers. L’eau est une nécessité vitale, elle doit donc être considérée comme un bien commun de l’humanité et non comme une marchandise. L’accès à l’eau doit être reconnu comme un droit au même titre que celui à la santé ou à l’éducation.
Nous nous battons pour :
. l’expropriation des trusts de l’eau et la mise en place d’un service public national de l’eau et de l’assainissement
. le retour en régie directe pour toutes les communes
. la fourniture d’un minimum gratuit pour les besoins domestiques (40 litres par jour et par personne) et au-delà pour un tarif progressif pour les gros consommateurs
. en finir avec les coupures d’eau qui touchent les plus démunis
. la création d’instances démocratiques de contrôle de la gestion de l’eau, avec participation des usagerEs et des syndicats de salariéEs

Pour une politique culturelle au service de toutes et tous
La marchandisation du monde n’épargne pas la culture. Le transfert par l’État de nombreuses missions sur les collectivités locales accentue les inégalités. Les privatisations sont insidieuses et la logique de rentabilité tend à devenir la règle dans ce secteur aussi. 
Nous voulons :
- un service public de la culture avec les moyens correspondants pour rompre avec le mécénat
- une politique culturelle, émancipatrice, respectueuse des diversités (de langues, de cultures, d’expressions, de formes et de supports artistiques)
- le développement de l’éducation populaire et le libre accès démocratique
- la gratuité pour les conservatoires, musées, médiathèques, cours municipaux et ateliers d’écriture
- la précarité des personnels des différents secteurs de la culture doit être supprimée

Une ville écologique et solidaire
Pour une ville véritablement écologique

Villes écologiques, écoquartiers, transports durables, habitat écologique... Des expressions de plus en plus courantes mais bien éloignées de la réalité... Nous revendiquons une démarche écosocialiste, à la fois au service des besoins sociaux et respectueuse de l’environnement. 
Cela signifie :
- revoir les plans locaux d’urbanisme (PLU) pour sanctuariser des terres pour l’agriculture vivrière, pour ouvrir des zones vertes en ville pour le jardinage, la biodiversité, les friches
-stopper tous les grands projets inutiles : hôtels de luxe, hyper centres commerciaux
- construire en hauteur plutôt qu’étaler les villes, construire des bâtiments producteurs d’énergie
- développer des commerces et des services de quartier 
- favoriser les initiatives populaires autogérées : jardins partagés, Amap, habitat solidaire inter-générationnel...
- encourager les productions au plus près des consommateurs, afin d’éviter la multiplication des transports de marchandises

Pour des transports collectifs, publics et gratuits 
Avec 27 % des émissions de CO2, les transports sont parmi les premiers contributeurs de gaz à effet de serre qui participent à l’accélération du changement climatique. Ils polluent et engendrent beaucoup d’accidents, et sont désastreux pour la santé publique. Il faut donc réduire drastiquement l’utilisation des déplacements motorisés de personnes et de marchandises. L’allongement des trajets domicile/travail et domiciles/services dope l’utilisation de la voiture. Et ceux qui habitent le plus loin des centres villes et qui sont souvent les plus défavorisés paient le plus cher.
Nous luttons pour :
. des transports collectifs, publics et gratuits en nombre suffisant (augmentation du réseau, plages horaires et fréquence adéquates, ponctualité, confort). C’est une mesure de justice sociale, écologique et de partage convivial d’un bien commun.
Pour cela il faut :
. transférer les sommes colossales investies pour la voiture (routes, autoroutes, parkings, rocades) et les coûts externes (traitement du bruit, de la pollution, des accidents, des bouchons) sur les transports collectif
. stopper les dépenses pour les grands projet comme les nouvelles lignes à grande vitesse (LGV), les aéroports inutiles, voire nuisibles, et les réaffecter aux transports collectifs publics
. obtenir l’augmentation du versement transport payé par les entreprises de plus de 9 salariéEs.
L’organisation de ces transports doit se faire dans le cadre d’un service public autogéré, associant travailleurEs et usagerEs, dans le but de répondre au plus près à la demande sociale.

Pour une ville solidaire
Nous sommes opposés au développement des politiques sécuritaires.
Nous militons pour :
- le démantèlement des installations de vidéosurveillance, le désarmement de la police et la dissolution des unités d’exception, comme la BAC
- l’arrêt de la stigmatisation des quartiers populaires, encore renforcée par les zones de sécurité prioritaires créées par Valls et dont nous exigeons la suppression
- la suppression des polices municipales et le reversement de leurs effectifs dans les nombreux emplois socialement utiles.

Les éluEs anticapitalistes
- seront activement solidaires des travailleurs en lutte et se prononceront pour un fonds de soutien financier aux grévistes.
-  appuieront les luttes des salariés communaux, notamment pour la résorption des emplois précaires de la fonction publique territoriale, la création d’emplois socialement utiles, ainsi que  pour la mise en place de quotas d’avancement à 100 %. 
- se prononceront pour la création et l’entretien des aires d’accueil pour les gens du voyage. Avec les associations de soutien aux Roms, ils militeront contre toutes les expulsions et pour la mise en place de logements décents.
- Enfin, des élus anticapitalistes doivent aussi développer des solidarités internationales, en particulier avec la Palestine.

Une démocratie réelle et l’égalité des droits !
Pour une véritable démocratie

Les communes seraient le premier étage de la démocratie, un lieu de prise de décision au plus près de la population... une jolie légende ! Quels moyens réels a la population de décider des politiques fiscales et budgétaires ? Sans parler de l’absence de représentation de l’ensemble de la population dans les conseils : combien de jeunes, d’habitants des quartiers populaires et/ou issus de l’immigration ? Pour rappel, seulement un maire sur sept est une femme.
Nous nous battons pour :
. l’élaboration des budgets avec l’ensemble des habitantEs pour que toutes et tous se mêlent de ce qui les concerne grâce notamment à la mise en œuvre d’assemblées de quartier
. le non-cumul des mandats, des éluEs révocables et élus à la proportionnelle intégrale
. le droit de vote et d’éligibilité pour tous les résidentEs, quelle que soit leur nationalité, et la régularisation de tous les sans papierEs
. des assemblées démocratiques de quartier, avec un budget propre, en favorisant la participation de tous : jeunes, femmes, immigrés

Pour le droit au logement
C’est la logique du profit et de la spéculation qui guide la politique du logement. Les conséquences sont terribles : le nombre de personnes sans logement et de travailleurEs pauvres survivant dans des logements insalubres et dangereux ne cesse d’augmenter. Aujourd’hui des bidonvilles s’étendent aux abords des villes, imposant à leurs habitantEs des conditions de vie inhumaines et scandaleuses. Pourtant ce n’est pas une fatalité...
Nous nous battons pour :
- construire et réhabiliter plutôt que démolir
- construire des logements en quantité suffisante, et de manière écologique pour limiter les frais de chauffage, et dont le loyer soit accessible aux demandeurs
- utiliser la loi de réquisition des immeubles et logements vacants
- interdire toutes les expulsions sans relogement ainsi que les coupures d’eau, de gaz, d’électricité
- instaurer la transparence dans l’attribution des logements sociaux 

Pour une ville accessible à touTEs !
Nous luttons contre toutes les discriminations, nous nous prononçons donc pour une politique qui permettent la justice et l’égalité de droit pour tous, ce qui nécessite des moyens. 
Nous voulons :
- des transports publics accessibles à tous
- l’extension de la loi sur l’accessibilité à l’ensemble des structures : les bâtiments publics et privés doivent sans exception permettre l’accessibilité à tous
- les logements sociaux doivent être aménagés en quantité et qualité suffisante pour satisfaire la demande
- de même, les services publics doivent être accessibles à tous

Contre les violences faites aux femmes et contre l’homophobie : des solutions !
En France, tous les deux jours et demi, une femme meurt sous les coups de son compagnon ou de sa  famille, et entre 2012 et 2013 les actes homophobes ont augmenté de 27 %.
Nous militons pour une loi cadre et des moyens pour lutter contre les violences faites aux femmes, l’ouverture de lieux d’accueil pour soutenir et/ou héberger les femmes, les jeunes et tous ceux qui sont victimes de violences sexistes, racistes et homophobes.
Au-delà de ces mesures d’urgence, pour faire disparaître à long terme les violences sexistes et homophobes, il nous faut construire dès le plus jeune âge une éducation non sexiste, respectueuse des autres et qui permette à chacunE de s’épanouir et de vivre librement sa sexualité.

Pour la reconnaissance des jeunes dans la cité
Il faut en finir avec la répression, le harcèlement policier, les contrôles au faciès, l’instauration de couvre-feu... La jeunesse doit être écoutée et pouvoir s’organiser : nous demandons la reconnaissance du droit de grève dans les lycées et les universités, et le droit de vote dès 16 ans, âge auquel on peut devenir salarié ou aller en prison !
Nous soutenons les luttes actuelles de la jeunesse, des révoltes dans les quartiers populaires aux mouvements lycéens, comme à l’automne dernier contre les expulsions de sans papierEs scolarisés.
La reconnaissance des jeunes, cela passe aussi par la création de lieux dans les quartiers, gérés par eux. Dans les centres de santé municipaux, un espace doit leur être consacré, avec des moyens et du personnel compétent sur les problématiques santé-jeunes.

Plus d'informations :
http://npa2009.org/content/municipales-des-listes-anticapitalistes

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.