Des idées de cadeaux de dernier moment...

Voici des suggestions de nos "collaborateurs"...

Léon :

Cher petit papa Anticapitaliste,

pour les fêtes de fin d’année, je souhaiterais pousser mon engagement militant contre le consumérisme et le gaspillage en t’adressant cette modeste liste de cadeaux. Je ne te commanderai pas de jouets sexistes et stéréotypés allant de la poupée pour les petites filles aux jouets de construction pour les petits garçons, je ne céderai pas à l’envie d’objets souvent superflus et high-tech qui se cassent et se démodent au fil de l’année suivante, je me détournerai de tout objet imposé par la propagande publicitaire et produits par des enfants et des travailleurs sous-payés. Je souhaite simplement quelques ouvrages de grande qualité provenant de la librairie La Brèche, car comme tu le sais « le savoir est une arme ».

-Missak, de Daeninckx (Éditions Perrin. 16,90 euros), roman en mode policier qui décrit l’histoire des résistants du groupe Manouchian.
- Une histoire populaire de l’empire américain de Zinn (Vertige graphique, 22 euros) BD adaptée de son œuvre majeure sur l’histoire américaine vue par les travailleurs.
- Marx mode d’emploi de Bensaïd (Zones, 13 euros) qui présente de façon ludique la pensée de Marx.
- Le temps des catastrophes de Stengers (La découverte, 13 euros) qui prend acte de la situation déplorable de l’environnement pour proposer une alternative qui ne soit pas le capitalisme vert.
Going Underground de Hurchalla (Rytrut, 21 euros), beau livre qui invite au voyage musical en plein milieu de la scène alternative punk américaine des années 1979 à 1992.
- Trois petits films contre le grand capital de Carles (20 euros), DVD qui s’invite chez les possédants dont l’ego et la suffisance nous paraît que plus ridicule et drôle.
- Un nouvel art de militer de Porte et Cavalié (Editions Alternatives, 25 euros) livre photos sur la contestation militante apparue ces dernières années dans l’espace médiatique comme Jeudi Noir, les Déboulonneurs, la Brigade activiste des clowns...

- Dînette dans le tractopelle de Christos et Grandgirard (Talents hauts, 11,50 euros) livre pour enfants qui dénonce de façon fantaisiste le sexisme dans les catalogues de jouets.
Je comprendrais que tu ne puisses pas tout m’acheter puisque c’est la crise. De plus, si tu n’as pas le temps, car tu es trop occupé à construire les luttes sociales, tu peux aussi me faire parvenir un chèque cadeau de la librairie d’un montant de ton choix. Je te remercie beaucoup par avance. Sache qu’à la place des guirlandes énergivores du pauv’sapin sacrifié, t’attendra un verre de vin chaud.

Gilles Bounoure :
Le catalogue de Michel Lequenne chez Syllepse (30€)
Sous-titrées Pour Mémoires, ces quelque 800 pages forment probablement le livre le plus révolutionnaire de ces dernières années, pour la méthode, le ton et la portée. C’est à travers ses lectures, présentées alphabétiquement, et ses rencontres les plus marquantes que Michel Lequenne, figure historique du trotskisme français et international, fait part de son expérience aussi variée que longue, près de 90 ans, dont 70 de combats politiques et culturels. L’un des tours de force de ce livre est d’offrir à la fois l’histoire de ces dernières décennies vues « du monde d’en bas », la relation d’une émancipation intellectuelle exemplaire du point de vue révolutionnaire, et des récits alertes, curieux, émouvants et passionnés, qui exaltent la vie dans ce qu’elle a de plus désirable et concret.

Gabriel Gérard :
Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours – le vrai visage du capitalisme français. Sous la direction de David Servenay et Benoît Collombat/ avec Martine Orange, Frédéric Charpier et Erwan Seznec/éditions La Découverte/Collection Cahiers libres/720 pages/25 euros.
Découpée en cinq grandes périodes historiques – « De la collaboration à l'anticommunisme, la reconstruction d'un système (1945-1968) » ; « L'émancipation sauvage du capitalisme français (1969-1981) » ; « Le socialisme patronal (1981-1987) » ; « La mondialisation en marche (1988-1997) » ; « L'ère des tueurs (1998-2009) » –, cette nouvelle Histoire secrète 1 est un travail d'enquête qui va bien au-delà de la façade respectable qu'aimerait nous montrer le patronat français. Riche, documentée, assortie de sélections d'ouvrages par articles et d'un index détaillé, cette somme d'informations brosse le portrait de nombreux patrons français, nous remet en mémoire les bonnes affaires des uns dans la « Françafrique », les opérations juteuses des autres dans l'immobilier ou l'industrie, la constitution des « caisses de solidarité » patronales et l'aide aux officines de contrôle et de répression anti-ouvrières. On découvre ou l'on redécouvre comment s'est opéré le recyclage d'une génération de « jeunes loups » ambitieux issues de l'extrême droite (Alain Madelin, Xavier Raufer, Anne Méaux, Hervé Novelli…) via les réseaux du Conseil national du patronat français (CNPF, l’ancêtre du Medef), comment se sont faites la plupart des grandes fortunes françaises d'hier et d'aujourd'hui : subventions extorquées à l'État, entreprises publiques bradées, rachats de sociétés dans des conditions obscures, montages financiers aux marges de la légalité, fraude fiscale… Si ce n’était déjà le cas, à la lecture de cet ouvrage, on ne peut qu'être renforcé dans la conviction que toutes les déclarations sur la moralisation du capitalisme, depuis l'automne 2008, ne sont que poudre aux yeux.

1. En 2006, les éditions La Découverte publiaient Histoire secrète de la Ve République.


Thibault Blondin  :

- Les amis de Pancho Villa/9 euros/L’homme aux pistolets/ 10,40 euros/Crépuscule sanglant/10,40 euros/Rivage noir
Crépuscule sanglant, L'homme aux pistolets ou encore Un monde de voleurs, vous n'êtes pas dans un western spaghetti mais on s'en approche. James Carlos Blake est un auteur américain tout imprégné du sud des États-Unis.
Ces romans sont de véritables westerns avec une trame de fond historique passionnante et très enrichissante pour un lecteur français.
Le plus connu de ses romans est les Amis de Pancho Villa, où l'auteur retrace l'épopée du révolutionnaire mexicain et de son bras droit exécuteur des basses œuvres. Vous aurez mal aux doigts d'avoir trop appuyé sur la gâchette tout comme le personnage clé du roman, qui est loin des clichés de la brute épaisse. Ce roman, en plus d'être jubilatoire, permet de suivre pas à pas la révolution mexicaine comme John Reed a dû la voir.
Autre roman essentiel à dévorer juste après la fameuse dinde de Noël : l'Homme aux pistolets. Ici, Blake reste dans la biographie mais en se démarquant une fois de plus par son style et sa narration exceptionnelle.
En effet l'histoire du héros américain John Wesley Hardin est racontée par toutes les personnes qui ont pu croiser son chemin. C'est ainsi qu'à chaque chapitre un narrateur différent nous raconte l'histoire de ce voyou qui commit son premier crime à l’âge de 15 ans. Blake a dû rechercher dans des lettres de prison, une autobiographie, la presse d'époque, des correspondances pour écrire cette histoire avec tant de brio.
Enfin je finirai par vous recommander un dernier ouvrage de James Carlos Blake qui est certainement son récit le plus sombre, à l'image de son titre : Crépuscule Sanglant dont la trame historique est des plus passionnantes.

À la lecture de ce roman, l'envie vous prend d'appeler Clint Easwood pour le supplier de porter sur grand écran ce fantastique récit comme il avait réalisé le ténébreux l'Homme des hautes plaines. Deux frères parcourent ensemble puis séparément un sud états-unien en guerre contre le Mexique (pays de naissance de l'auteur) et contre les Indiens, après avoir assassiné leur père. L'histoire peut paraître horrible mais ces deux personnages ne sont que des figurants au service d'une fresque historique palpitante. On découvre ici comment un bataillon Saint-Patrick s'est constitué au sein de l'armée mexicaine qui avait su faire déserter des Irlandais du camp américain, ou encore comment les Indiens furent exterminés par d'autres Indiens utilisés par les blancs pour suivre leur trace. Cette histoire compte bien d'autres surprises tout comme l'œuvre de Blake, que nous vous encourageons à dévorer au plus vite.
- Pawn Shop/Zenzile
Voilà tout juste dix ans que Zenzile (nom d’un poète sud-africain engagé contre l’apartheid), sévit sur la scène Dub française.
Dès le premier titre Histoire de papiers, on retrouve Jamika au micro, une ligne de basse qui vous scotchera aux enceintes.
Zenzile se joue des étiquettes et si la basse rappelle encore parfois les origines Dub du groupe, il est difficile de les classer derrière un genre et d’ailleurs pourquoi tenter de le faire ici.
Que l’on soit plus porté par le rock, la pop, le reggae ou le trip hop, il y en a pour tous les goûts dans cet album. Tout en gardant cette sonorité qui fait du groupe angevin une des formations musicales les plus créatives de la scène indépendante française (treize albums en dix ans !), Zenzile explore de nouveaux univers et nous surprend une nouvelle fois.
Le groupe est en tournée en ce moment dans toute la France, courez vers vos billetteries au plus vite. Un avant-goût de leur performance comme de leur album est disponible sur leur
site : www.zenzile.com/ 

Sylvain Pattieu :
- La Fabrique d’une génération, Georges Valero, postier, militant et écrivain/Christian Chevandier/Les Belles lettres/
31 euros
À l’heure où le gouvernement veut privatiser la poste, voici un ouvrage qu’il est bon de lire. Christian Chevandier est historien. Lorsqu’il entreprend d’écrire une brève note pour le Maîtron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, sur la vie de Georges Valero, il se rend compte que c’est bien trop court pour rendre justice à ce militant anonyme, qu’il a eu la chance de connaître. Il décide alors de consacrer une biographie complète à celui qui n’a pas été un dirigeant ou un personnage connu, mais qui a été toute sa vie un militant prolétaire et un écrivain. Postier, syndicaliste, Georges Valero consacre en effet une partie de sa vie à écrire, en plus de ses autres activités, des romans. À travers cette histoire, Christian Chevandier retrace tout d’abord une trajectoire : celle d’un fils d’ouvriers immigrés, soldat en Algérie bien qu’antimilitariste, qui travaille ensuite de nuit dans un centre de tri postal et milite à la CFDT. Politiquement, cet anticolonialiste commence au Parti communiste, a ensuite des sympathies trotskistes et maoïstes, et se rapproche à la fin de sa vie des libertaires. Mais l’historien évoque aussi une époque et un milieu, dans lequel la culture fait partie du combat militant. À partir de sources très diverses, à la fois privées, journalistiques, issues des renseignements généraux et de la police, mais aussi à partir des propres romans de Valero, Christian Chevandier retrace une vie riche en engagement et livre un apport passionnant à l’histoire sociale.

- Algérie, Les années pieds-rouges, des rêves de l’indépendance au désenchantement (1962-1969
)/Catherine Simon/La Découverte/22 euros
Dans le numéro de décembre de la Revue internationale des livres et des idées, l’historienne Sylvie Thénault porte un jugement critique sur cet ouvrage, lui reprochant son manque de rigueur dans les limites de la chronologie, et la tendance à considérer l’action des « pieds-rouges » uniquement à travers le prisme des illusions et du désenchantement. Ces reproches sont justifiés, mais l’ouvrage de Catherine Simon constitue néanmoins un livre de journaliste intéressant sur un thème qui a été peu abordé. Elle y retrace l’histoire des Français qui, par militantisme pour une partie d’entre eux, ont choisi d’aller vivre en Algérie indépendante après 1962. Elle rend compte de trajectoires passionnantes et sa description des débuts de l’indépendance algérienne est très intéressante. L’auteure s’est livrée à un véritable travail d’enquête par entretiens et elle décrit l’atmosphère qui régnait chez les Européens présents en Algérie par militantisme. Le chapitre consacré au démantèlement du « maquis » maoïste du Dra-el-Mizan, et les manipulations qui se sont ensuivies, est également très intéressant. Il est certain que l’ouvrage n’évite pas un regard rétrospectif, mais l’ensemble présente l’intérêt de donner un panorama de la grande diversité des hommes et des femmes qui ont fait preuve d’un internationalisme en acte, pour construire le socialisme, pour des raisons humanitaires ou même religieuses.

- Blast Grosse carcasse, tome 1/Manu Larcenet/ Dargaud/
22 euros
Dans la veine du Combat ordinaire, Manu Larcenet livre un nouvel album oppressant et à l’intrigue tenace. Il renoue avec la noirceur pour un ouvrage à la frontière entre polar et fantastique. Polza Mancini, dont le prénom est la contraction de « Souviens-toi des enseignements de Lénine », en russe, est un homme obèse qui a voulu devenir écrivain. Quand le récit commence, il est en garde à vue, cuisiné par deux flics qui essayent d’obtenir ses aveux. Ce qu’il a fait, on ne le sait pas, mais une certaine Carole Oudinot est dans un état très grave à cause de lui. Dans ce huis-clos nocturne, il commence à parler et raconte l’histoire de sa vie agrémentée de ses propres réflexions. Ce premier tome reste très mystérieux : on comprend juste que ce personnage principal est alcoolique, qu’il est soumis à de violentes crises, les « blasts », et qu’il a choisi de vivre dans la forêt à l’écart du genre humain. On retrouve des thèmes récurrents chez Larcenet, le rapport au père, dont l’agonie est ici le facteur déclenchant de l’errance de Polza Mancini, au frère également. Mais ce qui avait une tonalité humoristique dans le Retour à la terre, sociale dans le Combat ordinaire, prend ici une coloration très inquiétante à mesure qu’on s’interroge sur le personnage principal. Graphiquement, c’est un des albums de Larcenet les plus aboutis, avec un crayonné en noir et blanc et quelques instants de couleurs, lors des blasts justement. Une fresque qui devrait compter cinq volumes.

- Magasin général/Loisel et Tripp/Casterman
Il y a des romans qui s’intéressent à la vie des petites gens, à des histoires par en bas caractéristiques d’une époque. Il en est de même en BD, et Loisel et Tripp dessinent dans cette œuvre en plusieurs volumes le quotidien d’un village du Québec dans les années 1920. Les séquelles de la guerre sont visibles et le récit suit le parcours de Marie, une veuve qui essaye tant bien que mal de faire vivre une petite épicerie. L’hiver, la plupart des hommes partent couper du bois dans la forêt et ne reviennent qu’au printemps. Et voilà qu’un étranger au village, un homme venu de Montréal, qui a fait la guerre et qui connaît la France, vient au village et se met en tête d’y créer un restaurant gastronomique. Jalousies et incompréhensions se déchaînent, surtout quand l’homme s’établit chez Marie. À travers cette chronique tendre de la campagne québécoise, Loisel et Tripp n’évoquent pas seulement la vie rurale des années 1920, mais aussi le statut des femmes, l’homosexualité, les querelles liées à la religion, l’irruption d’une modernité et les résistances qu’elle rencontre. Sans compter une dose de mystères et de secrets dévoilés petit à petit pour tenir le lecteur en haleine. C’est un véritable plaisir de se plonger dans ce monde populaire outre-atlantique.

King Martov :
- Marge(s)/Yann Levy/éditions libertalia
Issu de la scène punk et libertaire, collaborateur à de nombreux journaux (des magazines classiques aux fanzines radicaux), le jeune photographe Yann Levy n'a jamais cessé d'élargir son champ de vision, pour saisir in situ, au gré de ses pérégrinations urbaines, skinheads antifa du RASH, musiciens underground, rappeurs conscients, grapheurs engagés, comédien(ne)s burlesques, filles tatouées, icones queer, combattants free fight et autres vagabonds ou vétérans du temps présent. Son œil s’est ensuite décalé, au fil de périples s'immisçant des souterrains de la RATP au appartements délabrés de Cuba, pour se porter en Ulster, cette guerre civile européenne sans fin, en Inde ou en Israël versus Palestine, où il shoote sous les lacrymos les manifs contre le Mur. Rassemblés en 200 clichés, la petite maison d’édition Libertalia nous propose ainsi des fragments de notre histoire contemporaine, du clair obscur de la sueur des rings de banlieue aux yeux lumineusement tristes des gamins cramés de Derry, sans oublier les backstages héroïques de la culture populaire. Un mélange des genres et des sujets qui casse les habituelles représentations clivant militantisme et art en deux champs hermétiques, tout en reconnaissant la spécificité de chacun. Quand la curiosité se veut discours politique du regard.

- L’intégrale de la musique de Paris dernière
/Naïve
Paris dernière, émission phare de câble pour dandy branchés, créé par Thierry Ardisson, possède au moins une immense qualité : sa bande sonore. Depuis près de quatorze ans, les ballades de trois animateurs successifs furent « ambiancées » par une sélection de reprises improbables des classiques « historiques » de la pop music ou des hits radios du moment. Le tout fut ensuite idéalement mis en valeur par une série de compilations, dont le septième opus offre l’occasion, Noël sert au moins à cela, de les réunir dans un coffret de 120 morceaux, en éditions limitées (sinon qui achète encore des disques ?). Dans ce déferlement de parodies de Britney Spears ou encore d’hommage jazzy aux Beastie Boys, surnage toujours des perles surréalistes tels qu’un Shaft à la sauce arabisante d’Isaac Hayes.  On préférera d’ailleurs aux remix électro, un peu convenus et déjà trop entendus, les véritables « covers » comme la transfiguration rocailleuse de Joe le Taxi ou le easy listenning velouté de Barbie girl.  Les défenseurs de la francophonie y trouveront surement aussi matière à débat avec par exemple la reprise  sensuelle et presque à l’identique, mais dans la langue de Molière, du Ain’t mountain High enough de Diana Ross par Claudine Longet (pour mémoire, la jeune femme qui chante dans The Party de Peter Sellers). Mais personnellement, je ne me lasse pas du dépucelage soviétique (avec chœur de l’Armée Rouge) de Happy Together par les Leningrad Cowboys.

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