De la crise des subprime à la crise bancaire (par Stéphanie Treillet)

Les prêts subprime étaient des prêts immobiliers consentis par les banques et les organismes de crédit hypothécaire à des ménages à faibles revenus aux Etats-Unis. La plupart des prêts subprime étaient à taux d’intérêt révisable : faible au début, la charge de remboursement supportée par l’emprunteur augmentait très vite considérablement au point de représenter la presque totalité des revenus de la famille. Les risques de défaut de remboursement n’étaient pas alors considérés comme un problème par les banques, car la hausse continue des prix de l’immobilier constituait pour elles une garantie avec la vente du bien. La « bulle immobilière » avait en effet constitué une nouvelle occasion de placements lucratifs pour les capitaux  disponibles après la crise de la « Nouvelle économie » de 2001.

Cette politique a brutalement montré ses limites en 2007. Le ralentissement de l’économie américaine a suscité une multiplication des saisies immobilières. Dans l’incapacité de rembourser leurs échéances, les emprunteurs ont vu leur maison saisie. On estime aujourd’hui à 3 millions le nombre de familles jetées à la rue aux Etats-Unis. Le nombre de biens mis en vente a généré à son tour une explosion de l’offre provoquant une baisse des prix de l’immobilier, et un éclatement de la « bulle » en juillet, qui s’est conjugué à la hausse des taux d’intérêt par Réserve fédérale des Etats-Unis (FED). L’insolvabilité des débiteurs s’est traduite alors par la faillite des organismes de crédit hypothécaire qui avaient consenti ces prêts.

Mais ce qui a transformé ces événements en crise de l’ensemble du système, c’est la révélation de la dissémination d’ « actifs toxiques » dans tout le système bancaire et financier. En effet, les banques avaient mis en œuvre des procédés de « titrisation » : la transformation de ces crédits risqués en titres de type « obligataire » mélangés à d’autres titres plus solides à l’intérieur de paquets négociés ensuite sur les marchés financiers. Ces titres adossés à des actifs ont pu à leur tour être retitrisés dans de nouveaux titres, commercialisables eux aussi, et ainsi de suite. De plus, afin d’essayer de limiter les aléas de ces produits issus de la titrisation, les banques se sont assurées contre le risque de défaut de paiement de leurs débiteurs auprès de rehausseurs de créances moyennant le paiement d’une prime, ce qui a introduit les assurances dans le circuit.

En fait la titrisation, qui est censée garantir les risques en les répartissant, a produit au contraire leur dispersion totalement incontrôlée à presque tous les établissements financiers et d’assurances, en disséminant ces créances douteuses dans tout le système et en les dissimulant, renforçant ainsi l’opacité et la crise de confiance de tous les spéculateurs. Quand la crise  a éclaté, elle a révélé des pertes considérables pour nombre d’établissements financiers, pertes qu’ils ont fait en sorte de faire supporter par la collectivité.

On a donc assisté à un effondrement du marché interbancaire (les banques ont cessé de se prêter les unes aux autres), et à une crise de liquidité des banques.

A partir de septembre 2007, compte tenu de l’internationalisation des systèmes bancaires, la crise est sortie des Etats-Unis et a franchi l’Atlantique. En quelques mois plusieurs grandes banques on fait faillite (Lehmann Brother) ou sont arrivées au bord de la faillite (Northern Rock, Dexia, Fortis…). Les Etats ont alors mis en place des plans de sauvetage des banques de plusieurs centaines de milliards de dollars (plan Paulson aux Etats-Unis, plan Brown en Europe).
 

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