De Bamako à Bruxelles, Hollande dans les pas de Sarkozy

Revenu de Bamako, Hollande a abandonné son casque colonial pour se hisser au niveau de l'Europe, devant les députés réunis au Parlement de Strasbourg, juste avant le sommet de Bruxelles des 7 et 8 février. De la guerre à l'austérité, une continuité…
Posant en preux défenseur de l'héritage… colonial et impérialiste de l'Europe, Hollande a déclaré : « L’Europe, c’est un continent de paix et de démocratie, qui ne cherche rien pour lui-même, mais qui apporte au reste du monde son héritage, ses valeurs, ses principes. […] C’est la raison pour laquelle j’ai décidé au nom de la France d’intervenir au Mali. »
Puis d’enchaîner, « l’Europe doute d’elle-même » et « hésite sur ses choix […] Elle laisse sa monnaie, l’euro, vulnérable, à des évolutions irrationnelles, dans un sens ou dans un autre […] La croissance est trop faible » et « un chômage de masse révèle la profondeur de la crise ».
« S’il est vrai que la crise de la zone euro est désormais largement derrière nous, nous sommes loin d’en avoir tiré toutes les conséquences, et ce qui nous menace aujourd’hui n’est plus la défiance des marchés, c’est celle des peuples, et qui ne voit, à travers une suite de déclarations, que l’intérêt national est en train de prendre le pas sur l’intérêt européen. »
Un budget d'austérité

Dans son élan, Hollande aborde la question du budget pour s'engager à refuser qu'il y ait une restriction des dépenses parce que « le budget, le cadre financier qui doit être proposé, doit prolonger le pacte de croissance adopté en juin dernier, ce qui suppose d’augmenter les moyens prévus pour l’innovation, les infrastructures, les nouvelles énergies, car où serait la cohérence d’avoir défini au mois de juin un pacte de croissance et de faire ensuite un pacte de déflation à travers le cadre financier européen ».
Pourtant, vendredi soir à Bruxelles, le même Hollande justifiait son « bon compromis », en fait l'acceptation d'un « pacte de déflation » avec une baisse de 3 % pour la période 2014-2020 par rapport aux sept années précédentes, la suite logique de la règle d'or de l'austérité. « Mon troisième principe, prétendait Hollande, c’est que le budget doit soutenir les Européens les plus fragiles et les plus exposés à la crise. » Le discours n'arrive pas à cacher la réalité politique des coupes budgétaires.
« L’Europe, parce que c’est son histoire, parce que c’est son destin, est avant tout une volonté politique […] J’ai plaidé pour une intégration budgétaire, fiscale, sociale, elle est là », se félicite Hollande pour justifier sa participation aux politiques d'austérité. En effet, au-delà des rivalités entre Cameron, ­Merkel et Hollande, tous sont d'accord pour imposer l'austérité aux peuples. Il est dores et déjà certain que le Parlement européen va refuser le budget de Bruxelles qui « ne renforcera pas la compétitivité de l’économie européenne », comme l'écrivent dans un communiqué commun la droite, les socialistes, les libéraux et les Verts.
Les faux-semblants et le compromis de Hollande ne sortiront pas leur Europe de la crise, conséquence des exigences des classes capitalistes et des rivalités des États auxquelles il se soumet.
Yvan Lemaitre

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