Cours de l’euro : l’arbre qui cache la forêt de l’austérité

Début février, l’euro s’est établi à son niveau le plus élevé depuis 14 mois à 1,37 euro pour 1 dollar. En juillet dernier, il était à 1,21. Le monde vit en régime de changes flottants, cela veut dire que le cours des grandes monnaies 
(en dehors de la monnaie chinoise) fluctue au gré des humeurs des banques et des spéculateurs…
De 1945 à 1971 a existé un régime de changes fixes où les cours des monnaies étaient définies les unes par rapport aux autres et par rapport à l’or. Ce système a été emporté par la crise monétaire et économique des années 70. Le cours des monnaies varie en fonction de données économiques (comme le commerce extérieur), du niveau des taux d’intérêt (qui rend intéressant les placements dans une devise plutôt qu’une autre) et des spéculations des marchés. 
Avec leur libéralisation, la spéculation sur les monnaies s’est développée de façon exponentielle. Aujourd’hui le montant des transactions internationales sur les monnaies est bien supérieur aux montants nécessaires au commerce international.
L’anarchie monétaire
Pourquoi l’euro monte-t-il par rapport au dollar ? Parce que la politique menée en Europe rassure les financiers. Ils changent donc leurs dollars contre des euros. Le taux de base de la Banque fédérale américaine est de 0,25 %, celui de la Banque centrale européenne de 0,75 % malgré la récession de l’économie. Il est donc plus rentable de placer ses liquidités en euros qu’en dollars. Les politiques d’austérité plaisent aussi aux financiers, de même que la garantie illimitée accordée aux banques européennes par la BCE et les États européens. Ceci dit, tout cela est instable et l’euro pourrait rebaisser dans un mois, par exemple en cas de grave crise bancaire en Italie.
Ces fluctuations anarchiques des monnaies pèsent sur les entreprises. Si l’euro monte par rapport au dollar, cela fait monter le prix des exportations françaises. Et les salariés paient les pots cassés : les patrons leur expliquent que leurs salaires sont trop hauts, leur productivité trop faible, etc. Alors que c’est l’anarchie capitaliste qui est en cause. De plus, particularité européenne, la BCE a comme seul mandat la stabilité des prix, alors que d’autres pays n’hésitent pas à agir sur le cours de leur monnaie. Enfin, les différents pays européens ressentent différemment la hausse de l’euro : l’Allemagne vend des produits plus « haut de gamme » que la France, ses exportations s’accommodent donc d’un euro plus haut.
Face à cette situation, Marine Le Pen a ressorti son couplet nationaliste contre l’euro, responsable de tous les maux de l’économie française. En réalité, la question n’est pas celle de l’euro : une France avec sa propre monnaie, des politiques d’austérité et la liberté des mouvements de capitaux connaîtrait les mêmes problèmes.
Baisser d’un tiers les salaires !
Ce qu’il faut, euro ou pas, c'est mettre en œuvre une politique qui en finisse avec la liberté des spéculateurs et rompe avec la logique mortifère du capitalisme en crise. Autrement, celle-ci s’approfondira : le 25 janvier, l’économiste en chef de Goldman Sachs déclarait qu’il faudrait en France une baisse générale des salaires « d’environ un tiers » ! Les décisions du dernier sommet européen du 8 février participent de cette fuite en avant des gouvernements qui accentue la crise.
Henri Wilno

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