Copenhague, la grande arrestation (par Pauline Imbach, www.cadtm.org)

Si les peuples du Sud, les militant-e-s et les ONG n’attendaient rien des négociations de Copenhague, sachant que le compromis final serait largement en dessous des enjeux, ils ne s’attendaient pas à une telle forme de répression, à un tel rapport de force institutionnel contre toutes celles et ceux qui avaient décidé de contester ce sommet en défendant un autre message : le système capitaliste est responsable des crises environnementales, il faut sortir de ce système pour sauver la planète. A Copenhague, tout porteur de ce message était suspect et pouvait faire l’objet de répression.

Des militant-e-s traqué-e-s, des ONG bâillonnées

La ville s’est transformée le temps du sommet en une immense souricière, où tout était mis à disposition pour traquer, arrêter, mettre la pression sur des manifestant-e-s venu-e-s du monde entier. A Copenhague, manifester n’était plus un droit mais un délit. Ce qui s’est déroulé n’est que l’expression d’une répression autoritaire. Celle-ci a pris à la fois un visage violent lorsque la police matraquait ou gazait les manifestant-e-s, mais également un visage « routinier » avec une répression systématique qui s’est installée dans le quotidien de chacun-e. Ce qui s’est joué ici est une stratégie de non-droit, avec comme toile de fond barrages de police, contrôles d’identité, fouilles (avec parfois confiscation de banderoles, haut-parleurs et autre attirail du joyeux militant) et arrestation « préventive ». A Copenhague, il fallait empêcher la contestation de masse de s’exprimer pour masquer les échecs du système actuel, aujourd’hui flagrants, et largement reconnus au-delà des clivages politiques classiques.

La première manifestation a été la grande arrestation, plus de 900 « sauvages » ont été transférés dans des cages, après avoir passé plusieurs heures assis, menottes dans le dos, dans un froid terrible. Les jours qui ont suivi ont offert le même spectacle, dans lequel la démocratie n’avait pas eu de rôle… Certains slogans rappelaient son existence comme un souvenir lointain de salle de classe, une leçon lénifiante qui nous a empêchés de nous révolter depuis longtemps. On se raccroche à ce qu’on peut, à Copenhague il n’y avait plus rien. La police danoise a interpellé plus de 1 700 personnes dans les premiers jours du sommet !

Cette répression ne s’est pas uniquement exercée dans la rue sur les manifestant-e-s. Les mouvements sociaux ont également été dégagés des négociations. Mercredi 16 décembre, de nombreuses ONG se sont vu refuser leurs accréditations. Selon l’AFP, le nombre de badges donnés aux ONG, déjà réduit de 7 000 à 1 000 entre lundi et mercredi, a été encore réduit à 300 jeudi 17 décembre. Cette décision, qui relèverait de « mesures de sécurité », va à l’encontre de l’article 6 de la Convention Cadre des Nations unies qui demande aux États parties de « promouvoir et faciliter la participation du public dans la lutte contre le changement climatique ».

Reclaim power ! Les pays du Sud ont leur mot à dire

Ces « mesures de sécurité » répondaient, entre autres, à l’action « Reclaim power » du 16 décembre. Différents blocs d’affinités envisageaient de converger à l’intérieur du Bella Center, où se tenaient les négociations, pour y organiser une assemblée des peuples. Projet en effet extrêmement dangereux, nécessitant des mesures de sécurité privant les trois quarts des ONG de leurs droits. L’ensemble des militant-e-s du green block se sont fait arrêter, certains ont été expulsés du Danemark, alors que les manifestant-e-s du blue block, après avoir été encadré-e-s tout au long de la manifestation légale par des fourgons et violemment bloqué-e-s aux grilles par une armée de policiers, ont tenu devant le Bella Center une assemblée des peuples dénonçant la responsabilité des pays riches et appelant à un véritable accord contraignant pour la justice climatique. Comme l’a rappelé le président vénézuélien Hugo Chavez, dans un discours à l’ouverture du sommet, « les 500 millions de personnes les plus riches, qui représentent 7% de la population mondiale, sont responsables de 50% des émissions mondiales, alors que les 50% des plus pauvres ne sont responsables que de 7% des émissions » |1| .

Pendant ce temps, les personnes accréditées qui se trouvaient à l’intérieur du Bella Center ont organisé une manifestation dénonçant le « blabla » ambiant et les fausses négociations dont les pays du Sud ont été exclus. Selon les Amis de la Terre, « Les ONG exigent que les pays riches assument leurs responsabilités, en réduisant radicalement leurs émissions et en remboursant leur dette écologique, avec un transfert massif d’argent public. (...) Les pays pauvres (...) n’ont pas été invités à certaines réunions du sommet de Copenhague. Le principe ‘un pays égale une voix’ n’a pas été respecté. Que les pays pauvres et les ONG ne puissent pas s’exprimer démocratiquement constitue une violation flagrante des principes des Nations unies » |2| . Dans un même temps deux activistes ont interrompu la réunion des ministres en revenant sur ces mêmes enjeux, ils ont quitté la salle, embarqué manu militari par la police, mais sous les ovations des représentants des pays du Sud.

Le sommet de Copenhague est un échec : rien de nouveau sous la neige, tout le monde le savait avant de partir. L’accord final, non contraignant, visant l’objectif général de ne pas dépasser deux degrés est une nouvelle farce cynique des dirigeants des pays riches. Malgré la répression, la contestation a bel et bien été entendue, et l’échec criant du système capitaliste, les inégalités qu’il engendre en termes, entre autres, de justice climatique, sont apparus de manière très claire. La criminalisation des mouvements sociaux et des militant-e-s montre une fois de plus que les peuples sont bâillonnés et qu’il est tant qu’ils agissent ensemble car ils ne peuvent pas s’en remettre à leurs dirigeants.

Le 26 décembre 2009.

Notes

|1| http://www.marianne2.fr/Chavez-Si-l...

|2| http://www.europe-solidaire.org/spi...

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.