Contre l'OTAN, meeting anticapitaliste européen à Strasbourg

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Le 60e anniversaire de l’Otan, fêté en grandes pompes les 3 et 4 avril à Strasbourg, doit être l’occasion de se mobiliser contre l’un des instruments clés de la domination des grandes puissances.

 

Le 17 mars, l'Assemblée nationale a voté, par 329 voix contre 238, la confiance au gouvernement sur sa politique étrangère et le retour complet de la France dans le commandement intégré de l'Otan. Vote sans surprise après un faux et terne débat entre Fillon vantant une France « alliée mais pas vassale, fidèle mais insoumise » et Fabius vantant l’indépendance nationale et la défense européenne… Faux débat car, à aucun moment, les véritables enjeux de la politique extérieure n’ont été ni énoncés ni contestés, pas plus que le rôle de l’Otan.

« La France sait aussi qui sont ses alliés et qui sont ses amis : nos amis et nos alliés, c'est d'abord la famille occidentale », avait déclaré Sarkozy pour justifier sa décision négociée avec les Etats-Unis avant même le débat parlementaire. Il reprenait ainsi à son compte l’idée au relent colonialiste du « choc des civilisations ». Cette famille, c’est celle des grandes puissances impérialistes qui dirigent l’Otan, instrument politique et militaire de leur domination sur le monde au service des multinationales. Le sommet de Strasbourg et de Kehl, les 3 et avril, sera pour elles l’occasion de proclamer à la face du monde leur stratégie. « Il est clair que les efforts pour continuer de rechercher les extrémistes qui veulent du mal à notre patrie sont en tête de nos priorités », déclarait Obama au lendemain de son élection.

La défense de « la famille occidentale », « la guerre contre le terrorisme », sont les piètres et cyniques justifications de cette politique expansionniste et dominatrice. Nous serons à Strasbourg, en état de siège pour la circonstance, afin de dénoncer cette politique qui nie le droit des peuples, dilapide des milliards dans les guerres, à l’heure où les classes populaires paient les frais de la crise capitaliste. Dehors les troupes impérialistes d’Afghanistan, oui à une Europe des travailleurs et des peuples, une Europe de la paix, de la coopération et de la solidarité internationale !

6 raisons d'être contre l'OTAN :

1) Un instrument impérialiste

Dès sa fondation, le 4 avril 1949 au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (Otan), qui regroupe alors douze Etats, fait partie, avec le plan Marshall et l’ONU, des instruments dont se dotent les Etats-Unis dans le cadre de leur projet mondial d’hégémonie. Son premier objectif sera d’impliquer les Etats d’Europe de l’Ouest. Il s’agit, au nom de la « défense du monde libre » et de la lutte contre l’URSS, d’imposer un rapport de force avec le bloc dit des pays de l’Est et cela bien avant que ceux-ci ne se regroupent, six ans plus tard, au sein du Pacte de Varsovie. Tout au long de la guerre froide, l’Otan ne cessera de provoquer une course aux armements insensée, dont l’apogée sera, en 1979, le déploiement en Europe de missiles nucléaires Pershing. Cette page de l’histoire sera définitivement tournée en 1989, avec la fin de l’Union soviétique, la décomposition du Bloc de l’Est et la dissolution du Pacte de Varsovie. Loin de mettre fin à ses activités, l’Otan affirme sa vocation d’instrument militaire des puissances impérialistes. Elle intègre, les uns après les autres, les pays de l’Est et intervient directement dans les conflits armés qui ont suivi l’éclatement de la Yougoslavie. Membre fondateur de l'Otan, la France ne l'a jamais quittée et en est aujourd'hui le quatrième contributeur budgétaire et le cinquième en troupes. Depuis 1995, des milliers de soldats français ont été engagés dans les trois grandes opérations militaires menées par l'Alliance atlantique, en Bosnie, au Kosovo et en Afghanistan.

2) Le pilier de la guerre en Afghanistan

L’Otan, loin d’être une « alliance de défense », comme le prétend François Fillon, est bien un instrument du militarisme. La guerre en Afghanistan, ce bourbier dans lequel s’enlisent ses soldats, en est la démonstration. L’objectif de l’opération « Liberté immuable » n’est ni la paix, ni la démocratie, ni la liberté, encore moins la fin du terrorisme qu’elle alimente tous les jours. Il s’agit bien de faire de l’Afghanistan une base militaire des grandes puissances dans le cadre des luttes d’influence internationale. Le pays est devenu le principal théâtre des rapports de force internationaux, face à la Russie, la Chine et l’Iran. Obama l’a souligné, durant sa campagne électorale : il souhaite en finir avec la guerre en Irak pour concentrer les forces en Afghanistan, où il a d’ores et déjà envoyé 17000 soldats supplémentaires. 2800 soldats français y sont engagés. L’accentuation de l’effort militaire est devenue un enjeu diplomatique entre les Etats-Unis et les autres alliés de l’Otan.

Loin d’instaurer la démocratie, les grandes puissances ont mis en place un pouvoir fantoche et livré le pays aux seigneurs de guerre. Le sort des femmes a empiré. A l’oppression féodale, s’ajoutent les souffrances de la guerre. L’aide à la reconstruction est, pour l’essentiel, détournée dans la corruption qui gagne jusqu’aux sommets de l’Etat. L’économie la plus florissante est celle du pavot. Et, aujourd’hui, les troupes d’occupation sont prêtes à négocier avec les talibans qui l’accepteraient. Aucun argument ne justifie le maintien des troupes d’occupation, bien au contraire. Il n’y aura d’issue pour les peuples d’Afghanistan qu’avec la fin de l’oppression impérialiste.

3) Un outil pour diviser les peuples

«Nous allons perdre le privilège précieux qui est le nôtre : décider au cas par cas les conditions d'engagement de nos forces», tel est l’argument de Jospin au nom du PS contre la décision de Sarkozy de participer au commandement militaire de l’Otan. Pour ajouter : «Nous pouvons rester amis des Américains sans leur être subordonnés. » Fabius s’est indigné devant le Parlement d’«une rupture du consensus national», pendant que Chevènement protestait : «Nous sommes tributaires d'une alliance qui obéit au tropisme de la politique américaine.» Ce sont là les principaux arguments de l’opposition parlementaire, y compris du PCF, qui met en avant l’indépendance nationale, sans jamais critiquer le fond, la politique des puissances impérialistes, France comprise. Le PS n’hésite pas à faire référence à De Gaulle, alors que ce parti combattait sa politique de « la chaise vide » lorsqu’il décida que la France devait quitter le commandement militaire. Mal placé aussi, quand on se rappelle qu’il a approuvé le traité de Lisbonne, signé par Jospin aux côtés de Chirac, qui stipule que la défense européenne s’inscrit dans la politique de l’Otan et le respect des accords passés dans ce cadre. Mal placé encore, lui qui était au gouvernement quand a été décidée l’intervention militaire en Afghanistan. Nous ne combattons pas, pour notre part, la politique de Sarkozy au nom de l’indépendance nationale ou d’une défense européenne tout autant au service des multinationales que l’est l’Otan. Nous combattons la politique des puissances impérialistes, au nom d’une politique internationaliste visant à l’unité des opprimés par delà les frontières.

4) Le garant de l’ordre impérialiste

Pour les peuples opprimés, l’élection à la présidence des Etats-Unis d’un président noir, se démarquant de la brutalité de son prédécesseur est apparue comme l’espoir d’un changement. Rien n’indique cependant que Barack Obama s’écarte des choix fondamentaux de défense des intérêts impérialistes. Sa mission est de « restaurer le leadership des Etats-Unis dans le monde », en essayant, dans ce but, de rompre l’isolement des Etats-Unis. Cette politique de dialogue, accompagnée de gestes de rupture avec l’administration Bush (fermeture du camp de Guantanamo, amélioration des relations avec Cuba, ouverture de discussions avec l’Iran), ne saurait constituer un changement fondamental.

Rompant avec les discours agressifs de l’administration Bush, de nouvelles relations diplomatiques sont initiées avec l’Iran. Ainsi, cette nation a-t-elle été officiellement invitée par la secrétaire d’Etat à la maison Blanche à participer à une conférence internationale sur l’Afghanistan prévue pour la fin mars. Mais cette «ouverture » en direction de Téhéran n’a d’autre but, si elle est poursuivie, que de permettre à l’administration américaine d’accroître sa domination sur la région, au détriment de la Russie et, indirectement, de la Chine. Cette continuité s’exprime au Moyen-Orient, vis-à-vis d’Israël, en Irak, en Afghanistan. Rien ne dit que la promesse de retirer les troupes d’Irak à partir en 2010 ne sera tenue. Elle ne pourrait bien être qu’un argument pour justifier l’envoi de renforts en Afghanistan. La paix dont parlent les dirigeants impérialistes, c’est le maintien de leur domination sur le monde. Nous, nous, défendons le droit des peuples à l’autodétermination.

5) L’Alliance atlantique… jusqu’au Moyen-Orient

Les relations de l’Otan avec l’Etat d’Israël, pour le moins éloigné de ce qui est censé être le théâtre des opérations de l’Alliance atlantique, sont une brutale démonstration de ses visées expansionnistes. Tzipi Livni, ex-ministre des Affaires étrangères d’Israël, déclarait juste avant d’engager l’agression cyniquement appelé « Plomb durci » contre la Bande de Gaza, en décembre 2008 : « L'Otan et Israël sont des partenaires naturels et des alliés stratégiques. La civilisation occidentale et la communauté atlantique, que défend l'Otan, sont l'habitat naturel d'Israël. » On est loin de la géographie, mais bien dans la géostratégie des grandes puissances, dont Israël est, depuis sa construction, un avant-poste au Moyen-Orient et dans le monde arabe. A partir de 2001, débute la collaboration directe de l’Otan avec Israël, par un accord portant sur la sécurité et l’échange d’informations. En 2005, l’Otan et l’armée israélienne organisent des manœuvres navales dans les eaux nationales israéliennes. En 2006, Israël obtient le statut d’observateur permanent au sein de l’Otan. Ces liens militaires ont accompagné le développement d’une coopération économique, en particulier dans le cadre de l’Union pour la Méditerranée.

Pour les Etats-Unis et l’Europe, Gaza et la Cisjordanie deviennent un terrain d’expérimentation pour le matériel militaire. Israël est le seul pays du Moyen-Orient qui possède des armes nucléaires et interdit tout contrôle des autorités nucléaires internationales (AIEA). Israël a les mains libres, dans la mesure où sa politique correspond à celle de la « civilisation occidentale », les vieilles puissances dominantes.

6) Un pivot du militarisme

« Notre sécurité sera d'autant mieux garantie, et nos chances de succès face aux crises seront d'autant plus grandes, que le réseau de nos partenariats se développera et que nos capacités d'action, politiques, économiques, d'aide au développement et militaires seront mises en commun », écrivaient, en janvier, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, dans une tribune parue dans Le Monde. C’est à ce souci des grandes puissances que prétendent répondre le G20, qui se tiendra le 2 avril à Londres, et le sommet de l’Otan. Face à la crise globale, il leur est nécessaire de redéfinir une réponse globale. Mais leur incurie s’affiche derrière les grands discours. Ils sont tout autant incapables d’enrayer la crise financière, économique, qu’ils sont incapables de maîtriser l’exacerbation des tensions internationales qu’elle entraîne. Les nouvelles tensions avec la Russie en sont un exemple. Les politiques de relance sont un échec, et la priorité donnée lors des préparatifs du G20 est de renflouer les banques, c’est à dire les profits. La lutte pour l’appropriation des richesses, le contrôle des sources d’énergie ou de matières premières va s’intensifier. La nécessité de faire face aux révoltes des peuples devient de plus en plus préoccupante pour les maîtres du monde. Le redéploiement global de l’Otan, la montée du militarisme sont leur réponse pour le maintien de leur hégémonie, alors que les rapports de force internationaux sont bousculés par la crise mondiale. Le combat contre les conséquences dramatiques de la crise est indissociable du combat contre la guerre et le militarisme, pour la démocratie et la paix.

 

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