CONGRES NATIONAL : Le NPA en débat

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Vie interne
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Dans le cadre de la préparation du deuxième congrès du NPA qui se tiendra du 1er au 3 février, nous ouvrons nos colonnes aux quatre plates-formes électives soumises au vote de l'ensemble des militantEs du NPA.

Tribune W
Politiser le débat sur le fonctionnement
A quinze jours du congrès, les militants réunis dans la W souhaitent revenir sur deux aspects essentiels des débats:
1) D'abord, la W ne proposerait aucune orientation. Cet argument relève de la mauvaise foi. Il suffit de lire notre texte pour y trouver au moins quatre points défendant une ligne politique claire et originale :
– Dans le contexte actuel de forte abstention et de défiance envers les organisations politiques traditionnelles, nous souhaitons relativiser le rôle des échéances électorales. Nous ne devons pas forcément nous y présenter systématiquement, mais plutôt le faire en fonction du contexte politique et social. Cela permettrait de développer davantage les luttes sur l'écologie, la précarité et l’anti­racisme, de les lier à notre projet de société, tout en réinterrogeant aussi nos pratiques militantes.
– Nous insistons sur l'intersectionnalité et la pluralité des formes d'oppression, et donc sur l'égale importance des résistances qui y font face. Nous refusons une orientation « ouvriériste » qui, si elle a raison de souligner le manque d'implantation de notre parti, subordonne à tort les luttes écolo/antiracistes/LGBTI aux luttes « économiques ».
– Nous invitons à regarder au-delà du programme d'urgence, en mettant en avant notre projet de société. Dans nos apparitions publiques, nous devons présenter davantage que les 300 euros en plus. Il nous faut développer concrètement nos rêves d’autres sociétés, les partager, les mêler aux autres rêves.
– Sur le problème du FdG, qui a beaucoup trop polarisé nos débats : nous choisissons de ne pas en faire une question centrale et clivante et de l’aborder par le bas, en fonction des réalités locales, et non par le haut, comme le font actuellement PX et la PY, pour qui la question semble se résumer à un enjeu de directions.
Enfin, l'orientation du NPA doit rester une question ouverte. À moins de penser détenir à ce sujet une vérité ultime, il nous faut continuer à réfléchir et reconnaître que les temps sont incertains. Par conséquent, le Congrès doit apporter des perspectives sans pour autant tout figer. 
2) Par ailleurs, nous regrettons la tournure du débat sur le fonctionnement : trop de camarades réduisent ce débat à une question de modification des statuts. Or la mise en place de statuts écrits ne garantit pas leur propre application : les dysfonctionnements vont bien au-delà d’un déplacement de virgule ou d’une simple amélioration ; cela doit s'accompagner d'évolutions concrètes et tangibles dans nos manières d'être, de militer. Ne nous trompons pas d'objectif : le fonctionnement n'est pas qu’un problème « administratif », « technique » ou « statutaire ». C’est une question politique essentielle, en écho au projet d'auto-émancipation, au droit à l'expérimentation, à la réappropriation du parti par ses militantEs et ses comités, à la mise en œuvre de nouvelles pratiques, plus respectueuses des individus et des principes démocratiques.

TRIBUNE X
Une orientation pour agir
L’ampleur de la crise actuelle du capitalisme donne à toute exigence sociale, démocratique, écologique une dimension politique qui pose la question du pouvoir. Nous ne pouvons nous contenter d'une simple proclamation révolutionnaire ni invoquer les rapports de forces actuels pour nous dérober.
Notre réponse s'appuie sur les mobilisations, vise à les favoriser, car nous savons bien qu’une autre répartition des richesses ne peut être qu’imposée aux possédants, à leur État. Dans la situation actuelle, pour se mettre en mouvement, ceux d’en bas ont besoin d’une perspective politique unifiant toutes celles et tous ceux qui veulent combattre l’austérité en se confrontant à la bourgeoisie et à la politique libérale du gouvernement.
C’est pourquoi nous proposons de construire une opposition de gauche au gouvernement, qui combatte la droite et l’extrême droite qui cherchent à dévoyer le mécontentement populaire pour mieux le museler. Nous sommes convaincus que toute avancée dans cette unité permettrait un changement d’état d’esprit pour les mobilisations.
Pour cela nous nous adressons, sans aucune exclusive, à toutes les organisations politiques qui ne participent pas au gouvernement, aux syndicats, aux associations militantes.
Nous ne mettons d'autre condition à cette unité pour les luttes que la commune volonté d'agir ensemble pour la défense des droits des travailleurs, de la population, de la jeunesse. Mais nous défendons en même temps la perspective d'un gouvernement anti-austéritéqui, en s’appuyant sur les mobilisations, remette en cause la règle d’or du pacte budgétaire, suspende le paiement de la dette en mettant en œuvre un audit citoyen et populaire en vue de son annulation, garantisse les droits du monde du travail, interdise les licenciements, répartisse le travail entre toutes et tous, exproprie sans indemnité ni rachat les banques pour créer un service public bancaire, socialise les grands groupes industriels et substitue les besoins sociaux au tout-profit et au productivisme.
Nous militons pour la convergence des luttes vers un mouvement d’ensemble pour inverser le rapport de forces. Préparer un tel affrontement ne peut se faire sérieusement sans politique vis-à-vis des autres organisations qui ne participent pas au gouvernement, combinée à une perspective politique d'ensemble.
Œuvrer à nous donner les moyens de notre politique, c'est d'abord et avant tout nous rassembler sur une orientation politique qui soit réellement celle d'un parti anticapitaliste, pour la transformation révolutionnaire de la société. C'est bien là l'enjeu principal de nos discussions pour relancer le NPA et en faire un instrument utile aux luttes.

TRIBUNE Y 
Affronter les difficultés au lieu de les contourner
Il y a de réelles difficultés dans la situation : la crise s’accélère, comme on le voit cette semaine avec l’accord syndicats-patronat sur la « compétitivité » voulu par le gouvernement socialiste, l’intervention française au Mali, ainsi que les logiques d’éparpillement et d’isolement auxquelles restent confrontées de nombreuses boîtes en lutte contre les licenciements. Dans cette situation, les réponses des révolutionnaires ne sont pas forcément immédiatement audibles. Mais il n’y aura pas de raccourci pour gagner en influence et crédibilité.
La tentation de contourner les obstacles.
Sous prétexte d’appeler à l’unité du parti, les camarades de la PX pratiquent l’évitement en renonçant à discuter du bilan du NPA et de la politique menée par la direction. Ils proposent un « gouvernement contre l’austérité », formule qui loin de nous faire gagner en crédibilité entretient surtout une ambiguïté sur la possibilité de gouverner avec les réformistes, orientation qui a mené la GA au Front de gauche, bien plus crédible justement sur ce terrain…
La plate-forme Z de son côté s’en tient à des ­formules où la préoccupation d’être compris par le plus grand nombre n’est manifestement pas la priorité, transformant l’idée d’une démarche transitoire en une série de proclamations qui ne peuvent qu’en rester au niveau de la seule propagande.  
Nous partageons avec les camarades de la W l’idée que c’est d’en bas que peut venir un nouveau souffle pour le NPA. Mais peut-on résoudre quoi que ce soit sans discuter de l’orientation, tout en renonçant à faire du parti un outil qui gagne en cohésion ?
Une orientation militante et révolutionnaire
Ces différents raccourcis sont d’autant plus problématiques qu’il est absolument indispensable de nous tourner vers l’extérieur. Cela suppose que nous cherchions à intervenir à différents niveaux qui sont liés sans les confondre : construire les luttes à partir des problèmes concrets ; travailler à construire une opposition politique ouvrière et populaire au gouvernement et au patronat ; poser la question du gouvernement en lien avec les luttes et l’auto-organisation des travailleurs et de la population, et non principalement les interpellations ou débats avec la gauche réformiste. 
Oui, l’organisation doit se rassembler, au moment du congrès national et après, pour agir. Mais c’est le vote pour la position Y qui permet d’aller dans ce sens en renforçant l’idée d’un parti militant qui discute des problèmes parce que c’est le seul moyen de les résoudre.
L’équipe d’animation PF-Y

Tribune Z 
Les contre-réformes avancent avec la complicité des directions syndicales : donnons-nous une orientation politique et pratique pour les combattre !
La contre-réforme du marché du travail est une attaque frontale. Hollande et le patronat peuvent se frotter les mains. La CFDT, la CFTC, la CGC ont paraphé un accord qui, loin d’être un « accord gagnant-gagnant » autorise les capitalistes à baisser les salaires et à licencier plus facilement. C'est odieux. La CGT et FO ont refusé de signer mais en participant en amont à la négociation, elles ont contribué à légitimer ce cadre, et à permettre ainsi une victoire politique de Hollande et du patronat. Aujourd’hui, elles ne proposent aucun plan de mobilisation pour empêcher la transcription de cet accord dans la loi. C’est scandaleux.
Les travailleurEs sont trahiEs par les directions des organisations censées défendre leurs intérêts. La liquidation des acquis s'opère avec l'accord ou l'attentisme de ces bureaucrates. Sans initiative forte face à cette trahison, cela ne peut qu'alimenter le désespoir et faire le lit de l'extrême droite.
Il est donc crucial que notre congrès décide d'une orientation à la hauteur de la situation :
– en mettant au centre de notre activité l’intervention dans la lutte de classes et l’implantation sur les lieux de travail, à commencer par les secteurs stratégiques où nous proposons de concentrer nos diffusions et d’élaborer des bulletins politiques avec les travailleurEs ;
– en construisant un courant lutte de classe dans les syndicats, pour redonner un espoir et des perspectives aux militantEs combatifs contre les appareils bureaucratiques, pour la convergence des luttes et la grève générale ;
– en menant un combat politique contre les directions syndicales : rupture avec le gouvernement, arrêt des « concertations », front unique pour mobiliser notre classe
– en défendant un véritable programme de rupture avec le capitalisme : nous ne voulons pas taxer les capitalistes mais les exproprier ; nous n’en appelons pas à un « gouvernement anti-austérité » dans le cadre de l’État bourgeois pour trouver des solutions, mais relions les revendications à l’objectif du pouvoir des travailleurEs auto-organiséEs ; nous ne voulons pas en dire le moins possible sur notre projet de société, mais au contraire avancer (et mettre en discussion) une véritable alternative au capitalisme, le communisme.
Il ne sert à rien de se lamenter sur le recul de la conscience de classe, pour justifier la crise du NPA et ne tirer aucun bilan permettant de redresser le parti. Les travailleurEs ont besoin d'un parti qui a un projet de société, qui propose des moyens pour l'atteindre et qui prenne des initiatives concrètes pour soutenir les luttes, aider à leur auto-organisation et à leur coordination.
Daniela (93), Ludivine (75), Ludovic (75), Manu (28), Marie (75) et Vincent (68), membres du CPN.

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