Congo : la longue marche sanglante de Sassou

 

La nouvelle édition du livre «Sassou Nguesso ou l’irrésistible ascension d’un pion de la Françafrique» (1) écrit par la Fédération des Congolais de la Diaspora nous donne l’occasion de dire tout le bien que l’on pense de cet ouvrage. Sa première qualité, et non la moindre, est qu’il donne une vision claire de l’histoire récente du Congo Brazzaville en étant accessible aux non initiés.

Il met en lumière une période méconnue, le début de l’indépendance où régnait une situation révolutionnaire. En effet après quelques années du premier gouvernement indépendant, celui de l’abbé Fulbert Youlon, entièrement aux ordres de l’ex puissance coloniale, la jeunesse et les populations des quartiers pauvres vont mettre à bas ce régime le jour où il tenta d’arrêter trois syndicalistes en août 1963. Un nouveau gouvernement dirigé par Massamba-débat se met en place, renversé par l’aile dite progressiste de l’armée, conduit par Ngouabi, dans lequel on trouvera Sassou Nguesso; ils fonderont le Parti Congolais du Travail et orneront leur pouvoir de slogans révolutionnaires, de drapeaux rouges et d’internationale, mais derrière le rideau rouge se cache une réalité bien différente.

«La faiblesse de la classe dirigeante congolaise, sorte de lumpen-petite bourgeoise, lui impose cet espèce de centralisme bureaucratique incongru. La hiérarchie du parti, le Parti Congolais du travail (PCT) est en quelque sorte l’échelle des priorités pour le partage du pactole, d’autant que l’essentiel du personnel politique est issu des régions du Nord et se reproduit suivant les clientèles tribales.» (2) En effet cette révolution par le haut donne naissance à un gouvernement bureaucratique, qui tourne le dos aux aspirations d’un véritable changement, et qui se rendra coupable de la répression des révolutionnaires du M22 qui tenteront d’ouvrir un maquis dans le pays. Ces assassinats perpétrés par Sassou ouvriront une nouvelle période, toujours en vigueur, dont la soumission à l’impérialisme français et la politique de corruption tribaliste sont les traits marquants

Le livre raconte comment Sassou cherchera à se maintenir au pouvoir, coûte que coûte, en tissant des alliances, en trahissant et éliminant physiquement ses adversaires, en ourdissant mains complots et en structurant une milice, les cobras qui se distinguèrent par leur cruauté lors des deux guerres civiles terriblement meurtrières pour les populations. La thèse de ce livre, qui nous permet de mieux comprendre la situation politique du Congo, est que les différentes oppositions sont, soit sous la coupe du Sassou, soit une création de ses services à l’image de l’opposition armée menée par le pasteur Ntumi prétendant défendre les populations du Pool. Des populations qui vivront un véritable martyr, coincées entre les miliciens de Ntumi et l’armée de Sassou obsédée à casser toutes velléités de révolte de cette population, connue pour son indépendance. Ainsi les dernières élections congolaises ne peuvent représenter un quelconque signe démocratique, sauf à considérer que les trucages, les tricheries électorales et les partis d’opposition aux ordres ont leur place pour les démocraties africaines, comme à l’air de le penser Toubon qui déclara, en tant qu’observateur, que ces élections «correspondent à l’état de la démocratie dans un pays comme le Congo» (3)

Le livre décrypte la complicité entre les différents gouvernements français, qu’ils soient d’ailleurs de gauche ou de droite, avec Sassou qui proclame à qui veut l’entendre son attachement aux intérêts français. Joignant le geste à la parole, il laissera quartier libre aux multinationales pétrolières françaises pour piller, en toute impunité, le sous-sol congolais se contentant de prélever sa dime, source de sa fortune personnelle. Mais cet ouvrage ne s’arrête pas à la simple dénonciation du pouvoir de Sassou et du soutien des autorités françaises, il relate les luttes tant au Congo qu’en France pour mettre fin à cette sinistre dictature. Il montre l’importance des combats de la société civile, leur succès et encourage à la lutte:«Il est important que {les africains de la diaspora} s’engagent notamment dans les groupements politiques et/ou associatifs et qu’ils y prennent toute leur part et, en définitive des responsabilités. Cela est nécessaire. Car on ne peut à la fois se plaindre qu’un pays comme la France maintienne une politique néo-coloniale dans son pré-carrré, et ne pas essayer de l’infléchir par des individus qui pensent différemment et prennent des responsabilités politiques.» (4) Là aussi nous ne pouvons que partager cette profession de foi.

Paul Martial

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(1) Collection Points de vue, édition l’Harmattan, 312 p., 30 €.

(2) Claude Gabriel, in Quatrième internationale, 39ème année, 3ème série, n°5, septembre 1981.

(3) http://www.rue89.com/2009/07/20/toubon-e...

(4) Op. cité, page 186.

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