COMPÉTITIVITÉ À RENAULT - Un chantage sans fin, ni frontières

Le 14 novembre, les principales centrales syndicales d’Espagne, du Portugal et de Grèce avaient appelé à la grève le même jour. Le moyen de rappeler que c’est aussi à cette échelle – celle de l’Europe – et tous ensemble que les travailleurs doivent agir pour construire un rapport de forces capable de briser les politiques gouvernementales et patronales.

Et c’est bien cette leçon qu’il faudra aussi tirer si on veut mettre en échec les méthodes mises en œuvre par le groupe Renault afin d’imposer augmentation du temps de travail, flexibilité et déréglementation 
du contrat de travail, tout en diminuant les salaires dans ses usines européennes.
En disant aux syndicats français qu’elle attendrait l’issue des négociations engagées sur un « accord de compétitivité » le 6 novembre, pour décider l’affectation ou non de nouveaux véhicules dans les usines françaises, la direction de Renault étend à la France le chantage expérimenté en Espagne avec succès. 
Là-bas, pour aboutir à l’« accord de compétitivité » signé le 9 novembre, après celui déjà signé en 2009, la direction avait agité la référence à l’usine roumaine de Pitesti pour convaincre les syndicats que l’augmentation de la charge de travail des usines espagnoles dépendrait de leur signature. Et contre la promesse de 1 300 embauches au rabais, Renault a réussi à imposer une violente régression à ses salariés, avec notamment un gel des salaires de 2014 à 2016 compris, une augmentation du temps annuel de travail, et la mise en place d’un « roulement » pour produire sept jours sur sept dans n’importe quel site espagnol du groupe. Avec en prime des embauches dans le cadre d’un nouveau type de contrat de travail, à durée déterminée de 18 mois, avec un salaire « équivalent à 72,5 % de celui d’un agent de production qualifié ».

Après l’Espagne, la France !
Ce sale boulot arrivé à son terme, c’est aux syndicats des usines françaises que la direction propose maintenant quatre réunions pour parvenir à la signature d’un « accord de compétitivité » avant fin janvier. Et pour que l’enjeu des discussions soit bien assimilé par ses « partenaires » syndicaux, le directeur général de Renault, Carlos Tavares, avait pris soin d’en fixer la cible au Mondial de l’auto : « amener l’appareil industriel [français] au niveau de compétitivité de l’Espagne et de l’Angleterre en qualité, coût, délais et imaginer le plan d’action ».
Après l’accord signé en Espagne, il n’y a pas besoin de forcer l’imagination pour voir « le plan d’action » que s’assigne Renault en France. Sans s’engager pour autant à renoncer à des fermetures de sites, comme Carlos Tavares l’avait précisé au journal allemand Automobilwoche : « Renault n’exclut pas la fermeture d’usines en raison de la morosité du marché automobile en Europe ». Une menace sérieuse quand on sait qu’il exclut tout retour à un marché « florissant » en Europe avant 2018, voire 2020.
Contre cette mise en concurrence sans fin qui vise à opposer les travailleurs de la même entreprise, il y a évidemment urgence à créer les conditions de résistances communes.
Régis Louail

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