Cirque : « Voleurs de poules ! »

Comme une insulte balancée en pleine tête, tout le monde sait de qui on parle, des gitans bien sûr, appelés aussi indifféremment tsiganes ou Roms. Pourtant c’est le nom qu’a choisi de donner à son dernier spectacle le cirque tsigane Romanès.

Faisant ainsi fi de tous les préjugés, le cirque fait un vrai pied de nez à la politique du gouvernement menée par Valls contre les Roms. Sous un petit chapiteau installé porte de Champerret, la famille Romanès vous accueille : Délia, la femme d’Alexandre Romanès, le chef de famille, est à la caisse, leurs filles répètent ou font leurs assouplissements devant les spectateurs qui s’installent sur les gradins.
Les huit musiciens se placent autour de la piste : trompette, violons, accordéon, contrebasse, saxophone, guitares, et à côté d’eux, assis sur des chaises, toute la famille est là. La lumière s’éteint. La fête commence ! La musique entraînante accompagne tous les numéros, on se croirait plongé dans un film de Kusturica.
Bien sûr, comme dans tout bon cirque, il y a des équilibristes, des acrobates, des jongleurs, des dresseurs… mais ici le fil est tendu à 50 cm au-dessus du sol, l’animal dressé est un chien qui n’obéit pas à son maître… Les artistes brillants ne cherchent pas la performance, ils nous offrent des numéros plein de poésie, d’humour, de grâce, de générosité.
Alexandre Romanès invente un autre cirque, loin des numéros à sensation des gros cirques traditionnels. Il veut nous faire partager sa culture, la richesse du peuple gitan. Il joue sur les clichés et les rumeurs qui l’entourent. C’est un message politique qu’il délivre, humaniste et anticapitaliste. Chez Romanès, il n’y a pas d’entracte pour vous vendre des cornets de glace et autres friandises. Avant qu'on se quitte, il présente ses trois livres de poésie, ainsi que l’album de chants de Délia. Il vous invite ensuite à partager des beignets faits par sa belle-mère. Difficile de quitter le chapiteau, on a envie de continuer à faire la fête, de rester avec eux !

Béatrice Walylo

Jusqu’au 23 février, 42 Bd de Reims 75017 Paris. Réservations au 01 40 09 24 20.

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